A pied au pays des volcans de Musanze à Rubavu
| colline près de Musanze |
La pluie avait, à plusieurs reprises, abondamment martelé les tôles du toit et le tonnerre s’était fait entendre pendant la nuit. L’air du petit matin était chargé d’humidité et l’on se demandait si la brume qui entourait les volcans allait se transformer en pluie. Sur ces prémices, nous partons sac au dos, pour trois jours de marche à travers les collines et les champs jusqu’à Rubavu, le nouveau nom de Gisenyi, ville frontière avec la République Démocratique du Congo qui jouxte avec Goma.
Ferdinand nous conduit au volant de son RAV4 de 1997 de Musanze à Muko, le point de départ de la marche, une dizaine de minutes au Sud-Est de Musanze. On retrouve Patrick qui a participé avec Ferdinand au repérage des deux derniers jours de ce nouvel itinéraire. Patrick parle d’une voix grave, il est bavard et à l’écouter parler avec les gens sur le chemin, toujours prêt à raconter une anecdote rigolote en kinyarwanda. Il parle également le français, l’anglais et le swahili.
Patrick me dira plus tard dans la journée qu’il aime bien mener la marche. C’est peut-être une façon pour lui de revendiquer ses capacités de guide du fait que Ferdinand l’a engagé comme porteur. Patrick est un gars de la région, né dans un village que nous traverserons à mi-parcours. Selon Ferdinand, il essaie d’avoir une activité de guide en plus de celle de cultiver ses champs près de Mukamira, mais cela ne marche pas fort. Ferdinand de son côté est guide touristique à temps plein et habite au centre de Musanze. Il nous confie qu’il ne voit pas comment il pourrait gérer ses affaires sans être à proximité des hôtels et de ses clients potentiels. Cela lui permet également d’entretenir son réseau.
La piste que nous empruntons est pierreuse mais assez large pour être utilisée par d’occasionnels voitures et camions mais surtout par des vélos et des motos. Les habitations s’espacent à la sortie du village pour laisser place aux cultures. En chemin, nous traversons de petites agglomérations de commerces (trading centers) installés dans des bâtiments serrés les uns contre les autres de chaque côté de la piste et dont les façades sont fréquemment utilisées comme surface publicitaire peinte intégralement aux couleurs d’une marque. Cela me rappelle le temps passé en Ouganda où pour le lancement d’Orange plusieurs centaines de façades avaient été repeintes en orange, noir et blanc le long des routes pour gagner en visibilité. Compétition acharnée avec le jaune de MTN et le rouge d’Airtel. Ici le jaune semble avoir été préempté par Skoll, une bière. C’est une façon originale d’apporter un peu de gaieté à ces carrefours où l’animation bat son plein les jours de marché et la musique permet de repérer les bars qui servent de la bière de banane ou d’autres sortes de bière sous licence. L’ambiance y varie en fonction de l’heure, du jour et du volume de bière déjà bue.
Ferdinand nous conduit au volant de son RAV4 de 1997 de Musanze à Muko, le point de départ de la marche, une dizaine de minutes au Sud-Est de Musanze. On retrouve Patrick qui a participé avec Ferdinand au repérage des deux derniers jours de ce nouvel itinéraire. Patrick parle d’une voix grave, il est bavard et à l’écouter parler avec les gens sur le chemin, toujours prêt à raconter une anecdote rigolote en kinyarwanda. Il parle également le français, l’anglais et le swahili.
Patrick me dira plus tard dans la journée qu’il aime bien mener la marche. C’est peut-être une façon pour lui de revendiquer ses capacités de guide du fait que Ferdinand l’a engagé comme porteur. Patrick est un gars de la région, né dans un village que nous traverserons à mi-parcours. Selon Ferdinand, il essaie d’avoir une activité de guide en plus de celle de cultiver ses champs près de Mukamira, mais cela ne marche pas fort. Ferdinand de son côté est guide touristique à temps plein et habite au centre de Musanze. Il nous confie qu’il ne voit pas comment il pourrait gérer ses affaires sans être à proximité des hôtels et de ses clients potentiels. Cela lui permet également d’entretenir son réseau.
La piste que nous empruntons est pierreuse mais assez large pour être utilisée par d’occasionnels voitures et camions mais surtout par des vélos et des motos. Les habitations s’espacent à la sortie du village pour laisser place aux cultures. En chemin, nous traversons de petites agglomérations de commerces (trading centers) installés dans des bâtiments serrés les uns contre les autres de chaque côté de la piste et dont les façades sont fréquemment utilisées comme surface publicitaire peinte intégralement aux couleurs d’une marque. Cela me rappelle le temps passé en Ouganda où pour le lancement d’Orange plusieurs centaines de façades avaient été repeintes en orange, noir et blanc le long des routes pour gagner en visibilité. Compétition acharnée avec le jaune de MTN et le rouge d’Airtel. Ici le jaune semble avoir été préempté par Skoll, une bière. C’est une façon originale d’apporter un peu de gaieté à ces carrefours où l’animation bat son plein les jours de marché et la musique permet de repérer les bars qui servent de la bière de banane ou d’autres sortes de bière sous licence. L’ambiance y varie en fonction de l’heure, du jour et du volume de bière déjà bue.
| à chacun son fardeau |
Marcher au Rwanda c’est s’insérer dans la cohorte des piétons qui se rendent ou reviennent des champs ou de leur ferme, chargés de fardeaux sur la tête ou sur l’épaule et de leurs outils de jardinage. Il y a aussi les enfants qui vont à l’école et les paysans qui accompagnent leur bétail, des vaches, quelques cochons, des moutons à la laine salie par la terre sur laquelle ils sont souvent couchés.
Ferdinand nous a prévenu, nous avons deux heures de montée devant nous sur un itinéraire plus ou moins pentu selon que l’on emprunte des pistes praticables en voiture ou des sentiers de traverse qui épousent le relief sans détour car les habitants n’ont pas de temps à perdre dans leur trajets quotidiens. Les collines sont vertes et boisées. Nous profitons souvent de l’ombre des eucalyptus qui est l’essence majoritaire des arbres plantés parce qu’ils poussent rapidement, grâce à la pluie abondante, avec un tronc droit bien pratique comme matériau de construction. De plus, si l’on ne coupe pas le tronc à la racine, il repousse facilement en plusieurs branches.
Ferdinand nous a prévenu, nous avons deux heures de montée devant nous sur un itinéraire plus ou moins pentu selon que l’on emprunte des pistes praticables en voiture ou des sentiers de traverse qui épousent le relief sans détour car les habitants n’ont pas de temps à perdre dans leur trajets quotidiens. Les collines sont vertes et boisées. Nous profitons souvent de l’ombre des eucalyptus qui est l’essence majoritaire des arbres plantés parce qu’ils poussent rapidement, grâce à la pluie abondante, avec un tronc droit bien pratique comme matériau de construction. De plus, si l’on ne coupe pas le tronc à la racine, il repousse facilement en plusieurs branches.
| la soeur de Francine |
Au bout d’une heure, quelque peu suant d’un passage étroit et abrupte, j’aperçois Françine, en surplomb, assise sur une pierre au pied d’un arbre avec sa soeur. Francine est vêtue avec une simplicité étudiée qui n’a pas vraiment grand chose de commun avec la façon dont les paysannes s’habillent. Elle porte des sandales fines en cuir doré, une jupe plissée colorée de motifs géométriques noirs et blancs et un chemisier noir orné de quelques paillettes et d’un sage petit col blanc. Ses cheveux sont arrangés en tresses épaisses qui épousent le contour de son crâne. Son visage jeune a quitté l’enfance. Ses traits réguliers, son teint rayonnant, sa bouche ample, ses pommettes hautes et son nez droit lui confèrent une beauté naturelle sans phare. Elle porte un sac à main en cuir marron tout simple. Sa plus jeune soeur a encore un peu d’enfance en elle, et le sérieux d’une éducation traditionnelle de jeune fille. Elle porte un petit sac au dos et son parapluie en équilibre sur la tête. Elle est également chaussée de sandalettes.
Francine et sa soeur se rendent chez leur mère à Gatovu. Nous allons donc dans la même direction et le hasard du chemin, plus ou moins escarpé et étroit, fait que l’on avance soit en file indienne soit en groupe plus dispersé. Le rythme des pas ouvre la voie à la conversation entre Ferdinand, Patrick et Francine en kinyarwanda. La soeur de Francine reste silencieuse et précède sa grande soeur. Ferdinand s’étonne que les deux soeurs aillent à pied à Gatovu, soit près de quatre heures de marche. Pourquoi n’ont elles pas pris les transports? Francine explique qu’elle est contente d’aller à pied. Est-ce pour économiser le prix du transport ou pour profiter de la nature pendant le trajet? On ne connaitra pas la réponse.
Francine est institutrice en école primaire et selon Ferdinand n’a pas encore vingt-cinq ans. En haut d’un passage particulièrement rude, notre groupe s’arrête à l’ombre quelques minutes devant le paysage des collines verdoyantes. Plusieurs crêtes sont mises en exergue par le scintillement des toits de tôles sous les rayons du soleil.
Ferdinand offre une bouteille d’eau à Francine qui l’accepte et en boit une gorgée avant de la ranger sans son sac. Sa soeur est assise sur ses talons un peu plus loin sans manifester l’envie ou le besoin de boire. Alors que nous repartons je perçois comme une gêne ou une forme de reticence de la part de la soeur vis à vis de l’attitude de Francine qui poursuit le chemin au côté de Ferdinand à quelques pas derrière Patrick. Francine s’exprime d’une voix enjouée qu’elle accompagne de gestes qui marquent la liberté et la réflexion dans ses propos.
Francine et sa soeur se rendent chez leur mère à Gatovu. Nous allons donc dans la même direction et le hasard du chemin, plus ou moins escarpé et étroit, fait que l’on avance soit en file indienne soit en groupe plus dispersé. Le rythme des pas ouvre la voie à la conversation entre Ferdinand, Patrick et Francine en kinyarwanda. La soeur de Francine reste silencieuse et précède sa grande soeur. Ferdinand s’étonne que les deux soeurs aillent à pied à Gatovu, soit près de quatre heures de marche. Pourquoi n’ont elles pas pris les transports? Francine explique qu’elle est contente d’aller à pied. Est-ce pour économiser le prix du transport ou pour profiter de la nature pendant le trajet? On ne connaitra pas la réponse.
Francine est institutrice en école primaire et selon Ferdinand n’a pas encore vingt-cinq ans. En haut d’un passage particulièrement rude, notre groupe s’arrête à l’ombre quelques minutes devant le paysage des collines verdoyantes. Plusieurs crêtes sont mises en exergue par le scintillement des toits de tôles sous les rayons du soleil.
Ferdinand offre une bouteille d’eau à Francine qui l’accepte et en boit une gorgée avant de la ranger sans son sac. Sa soeur est assise sur ses talons un peu plus loin sans manifester l’envie ou le besoin de boire. Alors que nous repartons je perçois comme une gêne ou une forme de reticence de la part de la soeur vis à vis de l’attitude de Francine qui poursuit le chemin au côté de Ferdinand à quelques pas derrière Patrick. Francine s’exprime d’une voix enjouée qu’elle accompagne de gestes qui marquent la liberté et la réflexion dans ses propos.
| l'arrivée de Francine à Gatovu |
Nous franchissons la frontière du district pour entrer dans celui de Kintobo. Un peu plus loin les deux soeurs bifurquent à droite tandis que nous poursuivons à gauche, pour mieux se retrouver dix minutes plus tard et reprendre une route commune. Ferdinand et Francine marchent désormais côte à côte assez proches mais sans contact et puis nous arrivons devant l’école de Gatovu. Cette fois Francine et sa soeur bifurquent vers la gauche, arrivées à leur destination, tandis que nous longeons l’école par la droite en empruntant un sentier encaissé. En nous quittant Francine se retourne vers Sylvie et moi pour nous saluer discrètement. Ferdinand raconte ensuite que Francine doit être brillante car elle a eu 60 sur 75 à son examen de mathématiques pour devenir professeur.
L’heure avance et nous cherchons un endroit pour déjeuner. Ferdinand propose un coin d’herbe humide juste en bordure de piste tandis que Patrick a été chargé d’acheter des mandasi. Il s’agit de beignets de pâte un peu sucrée. Sylvie n’est pas emballée par la proximité de la piste, nous poursuivons donc jusqu’à trouver une zone plane plantée d’eucalyptus en surplomb du chemin. Cela met un peu de distance avec les curieux qui ne manquent pas de s’arrêter pour nous regarder manger. Notre picnic est simple: un oeuf dur, un avocat, une carotte et quelques amandes et des noix de cajou.
L’heure avance et nous cherchons un endroit pour déjeuner. Ferdinand propose un coin d’herbe humide juste en bordure de piste tandis que Patrick a été chargé d’acheter des mandasi. Il s’agit de beignets de pâte un peu sucrée. Sylvie n’est pas emballée par la proximité de la piste, nous poursuivons donc jusqu’à trouver une zone plane plantée d’eucalyptus en surplomb du chemin. Cela met un peu de distance avec les curieux qui ne manquent pas de s’arrêter pour nous regarder manger. Notre picnic est simple: un oeuf dur, un avocat, une carotte et quelques amandes et des noix de cajou.
| le lac Bihinga |
Le ciel s’emplit de nuages dans la chaleur du midi. Nous arrivons maintenant à proximité des lacs Bihinga et Karago. Patrick qui marche à côté de moi après s’être rendu compte que je parle Français m’explique que le lac est couvert d’herbes qui se déplacent au gré du vent et changent l’apparence de la surface. Les collines de l’ouest en contre-jour offrent un panorama superbe, le plus beau de la journée avec les nombreuses collines qui s’entremêlent en dégradé de gris mis en exergue par un horizon lumineux. C’est à ce moment là que Patrick me dit qu’il aime bien marcher en tête de file comme pour s’excuser de partir en courant lentement pour reprendre la tête du groupe. Je lui réponds mentalement que je suis aussi content de prendre mon temps et de me laisser distancer pour avoir l’impression être devant en étant derrière. On suit le pourtour du lac par le nord ouest avant de rejoindre une large piste, d’où émergent des roches volcaniques. Elle mène à l’une des agglomérations de commerces les plus pauvres que nous ayons traversées. Les façades sont couleur béton. Ici les annonceurs publicitaires n’ont pas proposé de les repeindre. Les villageois nous observent du coin de l’oeil, en particulier les buveurs de bière de banane un peu éméchés en cette fin d’après-midi. Nous passons notre chemin et arrivons bientôt auprès d’un marché de bétail. L’odeur des animaux, des moutons pour la plupart, se sent de loin. Le son d’une chanson au refrain de “bonne année” se détache de plus en plus nettement du bruit ambiant. Il s’agit d’un bar sur le bord du chemin devant lequel des fauteuils ont été installés en rangées face à un grand écran abrité à l’intérieur du bâtiment. Zone VIP qui doit être apprêtée en prévision du match de football de la demi-finale de la Coupe d’Afrique des Nations.
Le chemin débouche sur un grand chantier de maisons mitoyennes en briques. Pour les pauvres nous dit-on. Il n’y aura que des pièces avec un toit, sans plomberie ni électricité cablées à l’intérieur. A proximité il reste des pâtures parsemées de pierres volcaniques où des vaches profitent de l’herbe abondante et verte sous l’oeil plus ou moins vigilants des bergers.
Le chemin débouche sur un grand chantier de maisons mitoyennes en briques. Pour les pauvres nous dit-on. Il n’y aura que des pièces avec un toit, sans plomberie ni électricité cablées à l’intérieur. A proximité il reste des pâtures parsemées de pierres volcaniques où des vaches profitent de l’herbe abondante et verte sous l’oeil plus ou moins vigilants des bergers.
| au bar du Village du Bonheur |
On rejoint rapidement Mukamira aux abords de la laiterie, Mukamira Dairy. Plus que quelques centaines de mètres pour parvenir au “Village du Bonheur” alias Mukamira Guesthouse qui est annoncée par un grand panneau faisant l’éloge de la bière Skoll en montrant trois visages en noir et blanc chaussés de montures de lunettes rouges ou jaunes, tout sourire devant les bouteilles de bière au premier plan.
Le Village du Bonheur appartient au district. Il occupe un grand terrain sur lequel quelques bâtiments sont dispersés assez loin les uns des autres. Au centre le bar-resto couplé à la salle de conférence et quelques centaines de mètres plus loin les bâtiments contenant des chambres. Nous disposons d’une pièce de séjour avec une table et des chaises, de deux toilettes dont une avec une douche, et d’une chambre proprement dite avec un grand lit décollé du mur et une grande armoire dont une porte est démontée et coincée à l’intérieur. L’orage gronde au loin et une belle averse arrose les massifs plantés de choux-pommés. Nous avons commandé notre dîner bien à l’avance en arrivant. 18h30 est l’horaire fixé avec Ferdinand pour se retrouver au restaurant. Finalement nous sommes prêts un peu plus tôt et sortons de notre chambre vers 18h sous un ciel nuageux teinté d’une lumière diffuse rose orangée.
Dans le restaurant, la télé relaye en français le match de foot de la CAN à pleins décibels diffusé sur Canal+. On nous a préparé une table au fond de la salle face à la télé. Le bar est bien pourvu en bière, en apéritifs et en alcools, il y a même un Cubitainer de vin rouge. Exceptionnellement je commande une Heineken fraîche puisqu’on a le choix. La serveuse m’en apporte deux en même temps car ici les bières sont traditionnellement servies en grand format (0,65 litre) et s’il n’y a que des demi-formats, on les amène par deux à la fois. J’insiste pour n’en commander qu’une seule. A ce moment là, la serveuse du bar me demande de lui offrir la seconde. Amusé par la demande, je regarde Sylvie qui ne semble pas s’offusquer de la requête. J’acquiesce auprès de la serveuse en sweat-shirt capuche à moitié avachie sur le bar. Ferdinand nous rejoint à table et je lui propose de commander une boisson. Il opte pour une seule Mützig. L’autre serveuse récupère la deuxième bière au motif que sa collègue a déjà eu droit à ma seconde.
Je me demande si ce genre de pratique est une habitude. Soudain la clameur du foot s’interrompt. Panne de courant générale. On passe à l’éclairage des lampes de téléphone et d’une lampe sur batterie. Heureusement notre dîner a été servi chaud juste avant la panne, nous dînons, dans la pénombre certes, mais nous dînons dans la calme relatif d’un monde sans électricité. Un groupe d’hommes entre et se dirige au bar, ce sont les jeunes élégants de Mukamira. Au centre un type élancé est coiffé d’un chapeau noir qu’il garde en buvant un verre de vin rouge. Nous suivons de loin l’activité du bar, centre lumineux et sonore de la pièce où nous nous trouvons. Ferdinand peine à terminer son kaunga, une boule de farine de maïs un peu molle dont on prélève une partie pour le tremper dans une sauce de ragout. A son crédit, il a déjà partagé mon poulet avec pommes de terre rôties et des dodos (une sorte d’épinard). La panne électrique se prolonge, elle affecte visiblement toute la région. Nous rentrons nous coucher en nous éclairant à la lumière de notre téléphone.
La nuit est calme. On ne s’aperçoit pas du retour du courant mais le chant des oiseaux et le jour nous réveillent. Il me semble que quelques insectes nous ont rendu visite pendant la nuit, comme le suggère des piqûres sur mon épaule droite. Le petit déjeuner est copieux tout comme le dîner de la veille. Patrick nous rejoint, il était rentré chez lui pour la nuit, et il bénéficie par ricochet de l’abondance du petit déjeuner.
Dehors le soleil est là, évaporant l’humidité résiduelle des pluies de la veille. L’atmosphère est lourde. Nous quittons le Village du Bonheur et bifurquons après la gare routière sur un sentier qui mène à travers les champs et gravit bientôt une colline d’où l’on peut admirer le relief des champs et des villages qui s’étalent au pied du Karisimbi. Nous mettons le cap vers l’Ouest au Nord de la route qui relie Musanze à Gisenyi.
Le Village du Bonheur appartient au district. Il occupe un grand terrain sur lequel quelques bâtiments sont dispersés assez loin les uns des autres. Au centre le bar-resto couplé à la salle de conférence et quelques centaines de mètres plus loin les bâtiments contenant des chambres. Nous disposons d’une pièce de séjour avec une table et des chaises, de deux toilettes dont une avec une douche, et d’une chambre proprement dite avec un grand lit décollé du mur et une grande armoire dont une porte est démontée et coincée à l’intérieur. L’orage gronde au loin et une belle averse arrose les massifs plantés de choux-pommés. Nous avons commandé notre dîner bien à l’avance en arrivant. 18h30 est l’horaire fixé avec Ferdinand pour se retrouver au restaurant. Finalement nous sommes prêts un peu plus tôt et sortons de notre chambre vers 18h sous un ciel nuageux teinté d’une lumière diffuse rose orangée.
Dans le restaurant, la télé relaye en français le match de foot de la CAN à pleins décibels diffusé sur Canal+. On nous a préparé une table au fond de la salle face à la télé. Le bar est bien pourvu en bière, en apéritifs et en alcools, il y a même un Cubitainer de vin rouge. Exceptionnellement je commande une Heineken fraîche puisqu’on a le choix. La serveuse m’en apporte deux en même temps car ici les bières sont traditionnellement servies en grand format (0,65 litre) et s’il n’y a que des demi-formats, on les amène par deux à la fois. J’insiste pour n’en commander qu’une seule. A ce moment là, la serveuse du bar me demande de lui offrir la seconde. Amusé par la demande, je regarde Sylvie qui ne semble pas s’offusquer de la requête. J’acquiesce auprès de la serveuse en sweat-shirt capuche à moitié avachie sur le bar. Ferdinand nous rejoint à table et je lui propose de commander une boisson. Il opte pour une seule Mützig. L’autre serveuse récupère la deuxième bière au motif que sa collègue a déjà eu droit à ma seconde.
Je me demande si ce genre de pratique est une habitude. Soudain la clameur du foot s’interrompt. Panne de courant générale. On passe à l’éclairage des lampes de téléphone et d’une lampe sur batterie. Heureusement notre dîner a été servi chaud juste avant la panne, nous dînons, dans la pénombre certes, mais nous dînons dans la calme relatif d’un monde sans électricité. Un groupe d’hommes entre et se dirige au bar, ce sont les jeunes élégants de Mukamira. Au centre un type élancé est coiffé d’un chapeau noir qu’il garde en buvant un verre de vin rouge. Nous suivons de loin l’activité du bar, centre lumineux et sonore de la pièce où nous nous trouvons. Ferdinand peine à terminer son kaunga, une boule de farine de maïs un peu molle dont on prélève une partie pour le tremper dans une sauce de ragout. A son crédit, il a déjà partagé mon poulet avec pommes de terre rôties et des dodos (une sorte d’épinard). La panne électrique se prolonge, elle affecte visiblement toute la région. Nous rentrons nous coucher en nous éclairant à la lumière de notre téléphone.
La nuit est calme. On ne s’aperçoit pas du retour du courant mais le chant des oiseaux et le jour nous réveillent. Il me semble que quelques insectes nous ont rendu visite pendant la nuit, comme le suggère des piqûres sur mon épaule droite. Le petit déjeuner est copieux tout comme le dîner de la veille. Patrick nous rejoint, il était rentré chez lui pour la nuit, et il bénéficie par ricochet de l’abondance du petit déjeuner.
Dehors le soleil est là, évaporant l’humidité résiduelle des pluies de la veille. L’atmosphère est lourde. Nous quittons le Village du Bonheur et bifurquons après la gare routière sur un sentier qui mène à travers les champs et gravit bientôt une colline d’où l’on peut admirer le relief des champs et des villages qui s’étalent au pied du Karisimbi. Nous mettons le cap vers l’Ouest au Nord de la route qui relie Musanze à Gisenyi.
A mesure que nous prenons de l’altitude le paysage gagne en volume. Nous navigons à flanc de colline au bord des champs de pomme de terre: celles aux fleurs blanches et celles aux fleurs violettes. Ces dernières ont la chair rose. Sur la crête nous apercevons au loin un lac qui borde la route Musanze - Gisenyi. C’est à cette altitude que nous trouvons les premiers champs de pyrèthre, dont les fleurs blanches aux allures de petites marguerites, sont cultivées et séchées avant d’en extraire la pyrèthrine, un puissant insecticide. Cette culture a fait la richesse de grandes exploitations au Congo et au Rwanda dans la première moitié du vingtième siècle. C’est ce qui va nous être raconté lors de notre étape du soir à Mugongo. En attendant, il nous reste quelques heures de marche et l’ardeur du soleil sur les reliefs transforme l’humidité en gros nuages choux-fleurs qui se teintent de gris à mesure qu’ils grossissent. Une fois le sommet de la colline conquis, il ne reste plus qu’à redescendre sur un sentier de terre foncée encore humide des pluies de la veille, ce qui le rend particulièrement glissant car la terre est compacte et lissée par le passage incessant des paysans qui semblent, eux, très bien s’en accommoder. On arrive dans la plaine à un village dont l’école primaire compte plus de mille élèves qu’il faut nourrir chaque midi. Aussi la cuisine est déjà en pleine préparation, chauffée par un feu de bois dont le foyer est à l’extérieur du bâtiment. On s’attaque à une autre colline assez raide qui nous permet d’avoir une vue panoramique sur l’ombre des volcans dont la partie supérieure a disparue dans une épaisse masse nuageuse. Nous redescendons sur le versant opposé et arrivons dans une autre plaine au sol jonché de pierre volcanique. C’est le pays où Patrick est né.
Le soleil disparaît et l’orage gronde au loin en direction du lac Kivu. La rencontre avec l’orage paraît plus une question de “quand” que de “si”. Nous arrivons au village de Basumba avec des rangées de maisons mitoyennes disposant de tout petits jardinets à l’avant et à l’arrière, dont certains sont plantés de haricots, de choux et de quelques plants de pomme de terre. Ces maisons ont été construites pour reloger les familles qui habitaient à la lisière du parc des volcans des Virunga dont la limite a été repoussée d’un kilomètre vers l’extérieur pour laisser plus d’espace aux gorilles qui habitent la forêt du parc sur les pentes des volcans. Ce processus de déplacement de populations qui cultivaient leurs terres dans ce qui est maintenant devenu espace du parc national fait débat. Certes leurs nouvelles maisons semblent correctes, même si elles sont relativement petites. Du moins elles sont neuves. Qu’en est-il de l’activité des paysans qui vivaient de leurs terres et quel est l’impact social de leur déplacement? Etablir un parallèle avec les camps de réfugiés victimes des conflits contemporains du Rwanda n’a pas de sens mais cela pointe du doigt la difficulté des changements de vie forcés. Une pancarte annonce l’existence d’un Model ECD center (un centre modèle de développement de la jeunesse) à Basumba.
Le soleil disparaît et l’orage gronde au loin en direction du lac Kivu. La rencontre avec l’orage paraît plus une question de “quand” que de “si”. Nous arrivons au village de Basumba avec des rangées de maisons mitoyennes disposant de tout petits jardinets à l’avant et à l’arrière, dont certains sont plantés de haricots, de choux et de quelques plants de pomme de terre. Ces maisons ont été construites pour reloger les familles qui habitaient à la lisière du parc des volcans des Virunga dont la limite a été repoussée d’un kilomètre vers l’extérieur pour laisser plus d’espace aux gorilles qui habitent la forêt du parc sur les pentes des volcans. Ce processus de déplacement de populations qui cultivaient leurs terres dans ce qui est maintenant devenu espace du parc national fait débat. Certes leurs nouvelles maisons semblent correctes, même si elles sont relativement petites. Du moins elles sont neuves. Qu’en est-il de l’activité des paysans qui vivaient de leurs terres et quel est l’impact social de leur déplacement? Etablir un parallèle avec les camps de réfugiés victimes des conflits contemporains du Rwanda n’a pas de sens mais cela pointe du doigt la difficulté des changements de vie forcés. Une pancarte annonce l’existence d’un Model ECD center (un centre modèle de développement de la jeunesse) à Basumba.
Nous rejoignons une route ancienne qui traverse des villages aux couleurs tristes dans la grisaille. Les pierres volcaniques hérissent la surface du chemin et rendent la progression plus pénible. Les vélos et les motos s’en accommodent au prix de grandes vibrations. Un garçon qui transporte de grosses courges dans une cagette à l’arrière de son vélo avance en serpentine, tout occupé qu’il est à téléphoner, son smartphone coincé entre l’épaule et l’oreille. On remarque plusieurs maisons ou granges qui sont bâties en pierre de lave. Elles sont appréciées pour leur solidité mais demandent une main d’oeuvre qualifiée pour tailler les pierres. Cela a un coût.
Un rideau de pluie chargé d’éclairs obscurcit l’horizon. La menace semble se préciser. Des vieilles femmes nous demandent de l’argent quand on les salue. Des enfants aussi, qui décident de nous suivre par curiosité. Ainsi à mesure que l’orage s’approche nous précédons une troupe de gamins en file indienne par taille décroissante : les plus grands nous suivent de près, suivis des plus petits. On quitte la route principale pour un sentier étroit coincé entre deux murets de pierre. Un homme pas très grand avec une béquille à la main s’adjoint à la caravane. Ferdinand discute avec lui. Il nous reste encore une bonne demi-heure de marche à travers une grande plaine et contre toute attente le ciel s’éclaircit et le soleil perce les nuages.
Un rideau de pluie chargé d’éclairs obscurcit l’horizon. La menace semble se préciser. Des vieilles femmes nous demandent de l’argent quand on les salue. Des enfants aussi, qui décident de nous suivre par curiosité. Ainsi à mesure que l’orage s’approche nous précédons une troupe de gamins en file indienne par taille décroissante : les plus grands nous suivent de près, suivis des plus petits. On quitte la route principale pour un sentier étroit coincé entre deux murets de pierre. Un homme pas très grand avec une béquille à la main s’adjoint à la caravane. Ferdinand discute avec lui. Il nous reste encore une bonne demi-heure de marche à travers une grande plaine et contre toute attente le ciel s’éclaircit et le soleil perce les nuages.
Ferdinand a renvoyé les enfants chez eux, sans succès pour l’homme à la béquille qui nous suit jusqu’à Mugongo. On se demande en réalité à quoi lui sert sa béquille. Sylvie et moi suivons Patrick tandis que Ferdinand reste à l’arrière avec l’homme. Nous sommes à présent sur la terre de la plantation de Mugongo qui fait les quatre-vingt-dix hectares et dont la moitié est donnée en fermage aux paysans des alentours.
Cette plantation a une histoire particulière car elle a été la propriété de Rosamund Halsey Carr, une américaine qui est arrivée en Afrique en 1949 en débarquant au Congo Brazzaville pour remonter le cours du fleuve Congo sur un petit bateau de marchandise avec son mari Kenneth Carr, un aventurier Anglais de 25 ans son aîné et leur fox terrier Sheila. A l’époque la traversée du Congo n’était pas plus facile qu’aujourd’hui, le seul moyen praticable est le bateau, si l’on ne veut pas prendre l’avion pour traverser la forêt équatoriale. Rosamund, suite à plusieurs expériences en tant que gestionnaire de plantation de pyrèthre s’est vu offrir la possibilité d’acquérir en 1955, un tiers de la plantation de Mugongo, un second tiers étant acheté par son mari Kenneth dont elle s’était séparée et qui était retourné vivre en Angleterre, et un dernier tiers à Gino Imeri, un Italien qui possédait la plantation avec son frère. Rosamund est décédée sur place à l’âge de 94 ans en 2006: une longue vie bien remplie d’aventures qu’elle raconte dans ses mémoires “Land of a thousand hills: My Life in Rwanda”. Elle retrace les évènements qui ont marqué la région en rappelant la hiérarchie entre trois groupes de population: les Tutsis, nomades pastoralistes, qui ont dominé le pays par le biais d’un système de monarchie féodale, les Hutus, paysans et serviteurs des Tutsis et les pygmées Batwa principalement chasseurs et potiers avec un rang inférieur aux Hutus.
La mort du dernier grand chef Tutsi Ruhadigwa en 1959 marqua le début de l’émancipation des Hutus: suite à la création de deux partis politiques, l’un formé de l’élite Tutsi sous le patronage de Kigeri, le successeur de Ruhadigwa, qui était hostile à l’administration belge et l’autre formé de membres représentant les intérêts des Hutus qui demandaient une égalité de traitement vis à vis des Tutsis.
En novembre 1959, l’agression d’un représentant Hutu par un groupe de jeunes Tutsis mis le feu aux poudres en engendrant des vagues de représailles d’une communauté sur l’autre. Aux premiers jours du conflits, plusieurs milliers de Tutsis s’enfuirent en Ouganda. Les Belges firent cesser la révolte tandis que Kigeri restait silencieux, lui qui aurait pu appeler au calme et à la réconciliation. La vengeance allait couver dans les coeurs pour les années à venir. L’émigration d’un grand nombre de Tutsis vers l’Ouganda, le Congo et le Burundi se poursuivit.
L’administration belge confia un grand nombre de postes de gouvernement aux Hutus, en lien avec leur représentation dans la population. Peu d’entre eux avaient eu la possibilité d’acquérir l’éducation nécessaire pour ces postes et il se trouvèrent pris au dépourvu quand les Nations Unies votèrent l’indépendance du Rwanda pour le 1er juillet 1962 et que les troupes belges devaient avoir quitter le sol rwandais au 1er aout 1962. Des bandes d’exilés Tutsis se formèrent. Elle firent des incursions répétées en territoire rwandais la nuit, des raids de pillage et de violence.
Cette plantation a une histoire particulière car elle a été la propriété de Rosamund Halsey Carr, une américaine qui est arrivée en Afrique en 1949 en débarquant au Congo Brazzaville pour remonter le cours du fleuve Congo sur un petit bateau de marchandise avec son mari Kenneth Carr, un aventurier Anglais de 25 ans son aîné et leur fox terrier Sheila. A l’époque la traversée du Congo n’était pas plus facile qu’aujourd’hui, le seul moyen praticable est le bateau, si l’on ne veut pas prendre l’avion pour traverser la forêt équatoriale. Rosamund, suite à plusieurs expériences en tant que gestionnaire de plantation de pyrèthre s’est vu offrir la possibilité d’acquérir en 1955, un tiers de la plantation de Mugongo, un second tiers étant acheté par son mari Kenneth dont elle s’était séparée et qui était retourné vivre en Angleterre, et un dernier tiers à Gino Imeri, un Italien qui possédait la plantation avec son frère. Rosamund est décédée sur place à l’âge de 94 ans en 2006: une longue vie bien remplie d’aventures qu’elle raconte dans ses mémoires “Land of a thousand hills: My Life in Rwanda”. Elle retrace les évènements qui ont marqué la région en rappelant la hiérarchie entre trois groupes de population: les Tutsis, nomades pastoralistes, qui ont dominé le pays par le biais d’un système de monarchie féodale, les Hutus, paysans et serviteurs des Tutsis et les pygmées Batwa principalement chasseurs et potiers avec un rang inférieur aux Hutus.
La mort du dernier grand chef Tutsi Ruhadigwa en 1959 marqua le début de l’émancipation des Hutus: suite à la création de deux partis politiques, l’un formé de l’élite Tutsi sous le patronage de Kigeri, le successeur de Ruhadigwa, qui était hostile à l’administration belge et l’autre formé de membres représentant les intérêts des Hutus qui demandaient une égalité de traitement vis à vis des Tutsis.
En novembre 1959, l’agression d’un représentant Hutu par un groupe de jeunes Tutsis mis le feu aux poudres en engendrant des vagues de représailles d’une communauté sur l’autre. Aux premiers jours du conflits, plusieurs milliers de Tutsis s’enfuirent en Ouganda. Les Belges firent cesser la révolte tandis que Kigeri restait silencieux, lui qui aurait pu appeler au calme et à la réconciliation. La vengeance allait couver dans les coeurs pour les années à venir. L’émigration d’un grand nombre de Tutsis vers l’Ouganda, le Congo et le Burundi se poursuivit.
L’administration belge confia un grand nombre de postes de gouvernement aux Hutus, en lien avec leur représentation dans la population. Peu d’entre eux avaient eu la possibilité d’acquérir l’éducation nécessaire pour ces postes et il se trouvèrent pris au dépourvu quand les Nations Unies votèrent l’indépendance du Rwanda pour le 1er juillet 1962 et que les troupes belges devaient avoir quitter le sol rwandais au 1er aout 1962. Des bandes d’exilés Tutsis se formèrent. Elle firent des incursions répétées en territoire rwandais la nuit, des raids de pillage et de violence.
L’indépendance du Congo et la guerre civile qui s’en suit rend ponctuellement difficile l’accès à Goma où le pyrèthre était transformé avant d’être expédié à l’étranger. Rosamund se trouve contrainte de convertir une partie de sa terre en culture de fleurs pour pouvoir subvenir aux besoins de son domaine. Au début des années 80, le prix d’achat du pyrèthre au Rwanda est trop bas pour se permettre d’en poursuivre la culture.
Le 1er octobre 1990, une attaque de soldats ougandais survient. Il s’agit d’une troupe d’exilés tutsis et de déserteurs, qui sont supérieurement armés et entraînés, et dont l’objectif est de rétablir la suprématie Tutsi au Rwanda. Ils font partie de la branche armée du Front Patriotique Rwandais (FPR). S’ensuit une guérilla et l’envoi de quelques centaines de troupes Belges et de la Légion Etrangère pour tenter de rétablir la paix. Le conflit s’étire sur plusieurs années avec plus d’un million de déplacés chassés de leurs terres. Le 6 avril 1994, le président Habyarimana est assassiné. Cet évènement suscite une soif de revanche de la part d’un groupe extrémiste de jeunes Hutus. C’est le début du génocide envers les Tutsis qui mettra l’ensemble du pays à feu et à sang. A la fin d’avril on compte plusieurs centaines de milliers de morts et plus de 2 millions de déplacés, Tutsis et Hutus chacun craignant pour sa vie et par peur de représailles. En juillet le FPR gagne la guerre avec la prise de Kigali. Deux millions de Hutus quittent du pays en fuyant, chiffre à mettre en regard des huit millions d’habitants du pays!
Après le génocide, à l’automne, Rosamund, avec l’aide Sembagare, son bras droit, transforme le bâtiment de séchage des fleurs en un orphelinat pour accueillir plusieurs centaines d’enfants jusqu’à sa fermeture en 2012. Malgré cela, les anciens de l’orphelinat se réunissent toujours chaque année sur place et rendent hommage à celle qui a contribué à leur fournir un toit, une éducation et une famille.
Aujourd’hui il possible d’être accueilli et de passer la soirée et la nuit dans la maison de Rosamund. La maison est toujours entourée d’un grand parc délimité par un mur et une haie d’arbres. L’entrée se fait par la route de Goma, route ou plus exactement une piste de terre battue mêlée de pierres volcaniques. L’avant de la maison est agrémenté d’un grand jardin fleuri, percé d’allées de gazon. Nous sommes accueilli par José, le jardinier en chef qui travaille là depuis une quarantaine d’année. Il nous installe dans le “jardin VIP”, une pelouse avec des bancs en bois peints en blanc et des tables recouvertes de tissus africains et de jolis bouquets de fleurs qui impressionnent: hortensia, arôme, agapanthe, alstroméria… Il est près de quinze heure, le cuisinier nous demande si l’on souhaite du café ou du thé et si l’on souhaite rester dans le jardin ou plutôt à l’intérieur. L’ombre de la maison me paraît une bonne idée car le soleil brûle. Pendant que l’eau est mise à chauffer dans la cuisine, je reste assis avec Patrick qui me demande pourquoi les gens font du trekking. Il me dit avoir posé la même question à Ferdinand pour comprendre les étrangers. Je lui réponds que c’est pour l’exercice, pour la beauté des paysages, pour découvrir le pays de l’intérieur, faire des rencontres au hasard des chemins. Et lui qu’en pense t-il? Il semble aimer être au grand air, toujours prêt à discuter avec le premier venu. La liberté du moment.
Nous entrons dans le cottage composé d’un grand séjour et d’une chambre spacieuse. Et puis il y a une extension accessible depuis la chambre ou depuis l’extérieur construite en prévision de la venue de la mère de Rosamund qui ne vint jamais. Il s’agit d’une pièce d’environ quarante mètres carrés avec une grande cheminée et une baie vitrée à carreaux sur deux côtés d’où l’on peut contempler le jardin et la hutte du gardien de nuit. L’extension dispose d’un grand lit dans lequel nous dormirons.
Le 1er octobre 1990, une attaque de soldats ougandais survient. Il s’agit d’une troupe d’exilés tutsis et de déserteurs, qui sont supérieurement armés et entraînés, et dont l’objectif est de rétablir la suprématie Tutsi au Rwanda. Ils font partie de la branche armée du Front Patriotique Rwandais (FPR). S’ensuit une guérilla et l’envoi de quelques centaines de troupes Belges et de la Légion Etrangère pour tenter de rétablir la paix. Le conflit s’étire sur plusieurs années avec plus d’un million de déplacés chassés de leurs terres. Le 6 avril 1994, le président Habyarimana est assassiné. Cet évènement suscite une soif de revanche de la part d’un groupe extrémiste de jeunes Hutus. C’est le début du génocide envers les Tutsis qui mettra l’ensemble du pays à feu et à sang. A la fin d’avril on compte plusieurs centaines de milliers de morts et plus de 2 millions de déplacés, Tutsis et Hutus chacun craignant pour sa vie et par peur de représailles. En juillet le FPR gagne la guerre avec la prise de Kigali. Deux millions de Hutus quittent du pays en fuyant, chiffre à mettre en regard des huit millions d’habitants du pays!
Après le génocide, à l’automne, Rosamund, avec l’aide Sembagare, son bras droit, transforme le bâtiment de séchage des fleurs en un orphelinat pour accueillir plusieurs centaines d’enfants jusqu’à sa fermeture en 2012. Malgré cela, les anciens de l’orphelinat se réunissent toujours chaque année sur place et rendent hommage à celle qui a contribué à leur fournir un toit, une éducation et une famille.
Aujourd’hui il possible d’être accueilli et de passer la soirée et la nuit dans la maison de Rosamund. La maison est toujours entourée d’un grand parc délimité par un mur et une haie d’arbres. L’entrée se fait par la route de Goma, route ou plus exactement une piste de terre battue mêlée de pierres volcaniques. L’avant de la maison est agrémenté d’un grand jardin fleuri, percé d’allées de gazon. Nous sommes accueilli par José, le jardinier en chef qui travaille là depuis une quarantaine d’année. Il nous installe dans le “jardin VIP”, une pelouse avec des bancs en bois peints en blanc et des tables recouvertes de tissus africains et de jolis bouquets de fleurs qui impressionnent: hortensia, arôme, agapanthe, alstroméria… Il est près de quinze heure, le cuisinier nous demande si l’on souhaite du café ou du thé et si l’on souhaite rester dans le jardin ou plutôt à l’intérieur. L’ombre de la maison me paraît une bonne idée car le soleil brûle. Pendant que l’eau est mise à chauffer dans la cuisine, je reste assis avec Patrick qui me demande pourquoi les gens font du trekking. Il me dit avoir posé la même question à Ferdinand pour comprendre les étrangers. Je lui réponds que c’est pour l’exercice, pour la beauté des paysages, pour découvrir le pays de l’intérieur, faire des rencontres au hasard des chemins. Et lui qu’en pense t-il? Il semble aimer être au grand air, toujours prêt à discuter avec le premier venu. La liberté du moment.
Nous entrons dans le cottage composé d’un grand séjour et d’une chambre spacieuse. Et puis il y a une extension accessible depuis la chambre ou depuis l’extérieur construite en prévision de la venue de la mère de Rosamund qui ne vint jamais. Il s’agit d’une pièce d’environ quarante mètres carrés avec une grande cheminée et une baie vitrée à carreaux sur deux côtés d’où l’on peut contempler le jardin et la hutte du gardien de nuit. L’extension dispose d’un grand lit dans lequel nous dormirons.
Nous nous asseyons autour d’une table basse devant la cheminée où un feu a été allumé. Un chat noir aux yeux vert, Zina, s’assoit à côté de Sylvie sur la banquette couverte d’une couverture en fourrure synthétique avec comme objectif de voir s’il n’y a pas quelque chose de mangeable à récupérer. De toute évidence les biscuits ne l’intéresse pas. Ferdinand déballe un gros gâteau en forme de coeur. Je le baptise “wedding cake” ce qui fait rire tout le monde, allusion inconsciente à Francine? Ferdinand nous raconte que l’homme à la béquille lui a demandé de l’argent. Ferdinand lui a acheté deux kilos de riz et peu après a vu l’homme essayer de les revendre probablement pour s’offrir de la bière de banane.
Un jeune homme nous a rejoint, qui doit nous faire une visite du domaine. Il s’agit le fils du superviseur de la plantation. On apprend qu’il s’occupe d’une équipe de football junior avec l’espoir de découvrir des talents même si le Rwanda n’a jamais vraiment réussi dans ce sport sur la scène internationale.
Après nous être installés, et avoir laisser passer une averse, nous visitons le bâtiment à un étage où l’on séchait les fleurs de pyrèthre au feu de bois. Les trois pièces du premier étage ont servi de dortoirs aux enfants de l’orphelinat. C’est maintenant un petit musée où une collections de vieilles photographies sont affichées.
Un jeune homme nous a rejoint, qui doit nous faire une visite du domaine. Il s’agit le fils du superviseur de la plantation. On apprend qu’il s’occupe d’une équipe de football junior avec l’espoir de découvrir des talents même si le Rwanda n’a jamais vraiment réussi dans ce sport sur la scène internationale.
Après nous être installés, et avoir laisser passer une averse, nous visitons le bâtiment à un étage où l’on séchait les fleurs de pyrèthre au feu de bois. Les trois pièces du premier étage ont servi de dortoirs aux enfants de l’orphelinat. C’est maintenant un petit musée où une collections de vieilles photographies sont affichées.
Le jour se termine par une visite du jardin avec le champ des agapanthes, celui des artichauts d’où l’on peut deviner la présence du Karisimbi et puis un peu plus loin le Mikeno plus visible. On passe devant d’autres champs de fleurs où l’on trouve des arômes, des hortensias, des dahlias et bien d’autres fleurs.
Une nouvelle panne de courant survient à la nuit tombée, ce qui nous pousse à s’asseoir devant la cheminée et à allumer des bougies. Rituel de tombée de la nuit sans doute, tous les rideaux de la maison sont tirés, on ne voit plus de l’extérieur ce qui ce passe à l’intérieur. C’est de nouveau une panne qui affecte toute la région. Le courant revient à temps pour le dîner. Le cuisinier s’est appliqué à faire des crudités, du poulet rôti, un boeuf assez coriace, des pommes de terre, des patates douces, des dodos, du riz nature, une sauce à la tomate, des pâtes.
Après dîner, nous restons un peu devant le feu de cheminée. Je lis les mémoires de Rosamund. Immersion dans le monde des années 1950. C’est une expérience saisissante de lire un récit sur le lieu de l’action. Assis au coin du feu, dans la chaleur du séjour, les mots prennent une autre dimension.
La maison de Mugongo a été immortalisée dans le film Gorilles dans les brumes en 1987, qui repris le nom du livre publié par Dian Fossey en 1983. Dans l’album photo du cottage, on peut voir des photos de Sigourney Weaver qui jouait le rôle de Dian.
Dian s’était lié d’amitié avec Rosamund suite à leur rencontre par l’intermédiaire de l’attaché militaire américain à Kigali en 1967. Dian s’était faite chassée du Congo et avait demandé à Rosamund de poursuivre ses recherches depuis la plantation de Mugongo, ce qui fut accepté. Dian a habité ponctuellement chez Rosamund en particulier pendant les périodes de convalescence de Dian qui était fréquemment malade du fait des conditions de vie difficiles dans son camp établi sur les pentes du volcan Karisoke où étudiait les gorilles des montagnes. Dans la chambre attenante au séjour, il y a deux lits simples qui nous dit-on étaient ceux dans lesquels Rosamund et Dian dormaient. Rosamund raconte que l’amitié de Dian n’était pas une affaire simple. Dian avait une force caractère qui ne supportait pas la contradiction même dans les situations les plus improbables. Les animaux passaient avant tout et si elle avait décidé de quelque chose, rien ne pouvait la faire changer d’avis. Elle fut assassinée dans son bungalow sur les pentes du Karisoke dans la nuit suivant Noël 1985, tuée à coups de machette sur la tête.
Finalement il faut se résoudre à aller dormir même s’il reste encore un peu de braise dans la cheminée.
Réveil de bonne heure, car il y a sept heures de marche jusqu’à Gisenyi. Le matin est radieux mais humide de la pluie de la nuit. Nous partons sans avoir fait le plein d’eau en espérant en trouver dans un village. Ferdinand nous promet d’en trouver au bout de deux heures de marche. La réalité s’avère différente. Ici les villageois n’achètent d’eau en bouteille. Patrick nous explique que comme il fait frais, personne n’a besoin de boire de l’eau. On devra se rabattre sur un soda “goût fruits-rouges” pour boire en chemin.
Une nouvelle panne de courant survient à la nuit tombée, ce qui nous pousse à s’asseoir devant la cheminée et à allumer des bougies. Rituel de tombée de la nuit sans doute, tous les rideaux de la maison sont tirés, on ne voit plus de l’extérieur ce qui ce passe à l’intérieur. C’est de nouveau une panne qui affecte toute la région. Le courant revient à temps pour le dîner. Le cuisinier s’est appliqué à faire des crudités, du poulet rôti, un boeuf assez coriace, des pommes de terre, des patates douces, des dodos, du riz nature, une sauce à la tomate, des pâtes.
Après dîner, nous restons un peu devant le feu de cheminée. Je lis les mémoires de Rosamund. Immersion dans le monde des années 1950. C’est une expérience saisissante de lire un récit sur le lieu de l’action. Assis au coin du feu, dans la chaleur du séjour, les mots prennent une autre dimension.
La maison de Mugongo a été immortalisée dans le film Gorilles dans les brumes en 1987, qui repris le nom du livre publié par Dian Fossey en 1983. Dans l’album photo du cottage, on peut voir des photos de Sigourney Weaver qui jouait le rôle de Dian.
Dian s’était lié d’amitié avec Rosamund suite à leur rencontre par l’intermédiaire de l’attaché militaire américain à Kigali en 1967. Dian s’était faite chassée du Congo et avait demandé à Rosamund de poursuivre ses recherches depuis la plantation de Mugongo, ce qui fut accepté. Dian a habité ponctuellement chez Rosamund en particulier pendant les périodes de convalescence de Dian qui était fréquemment malade du fait des conditions de vie difficiles dans son camp établi sur les pentes du volcan Karisoke où étudiait les gorilles des montagnes. Dans la chambre attenante au séjour, il y a deux lits simples qui nous dit-on étaient ceux dans lesquels Rosamund et Dian dormaient. Rosamund raconte que l’amitié de Dian n’était pas une affaire simple. Dian avait une force caractère qui ne supportait pas la contradiction même dans les situations les plus improbables. Les animaux passaient avant tout et si elle avait décidé de quelque chose, rien ne pouvait la faire changer d’avis. Elle fut assassinée dans son bungalow sur les pentes du Karisoke dans la nuit suivant Noël 1985, tuée à coups de machette sur la tête.
Finalement il faut se résoudre à aller dormir même s’il reste encore un peu de braise dans la cheminée.
Réveil de bonne heure, car il y a sept heures de marche jusqu’à Gisenyi. Le matin est radieux mais humide de la pluie de la nuit. Nous partons sans avoir fait le plein d’eau en espérant en trouver dans un village. Ferdinand nous promet d’en trouver au bout de deux heures de marche. La réalité s’avère différente. Ici les villageois n’achètent d’eau en bouteille. Patrick nous explique que comme il fait frais, personne n’a besoin de boire de l’eau. On devra se rabattre sur un soda “goût fruits-rouges” pour boire en chemin.
Ce matin le volcan Nyiragongo fume tranquillement à la façon une centrale nucléaire avec un gros nuage qui se développe en panache. Incarnation d’un danger latent, rendu presqu’idyllique par le soleil matinal dont les rayons mettent en valeur les couleurs du monde, celles naturelles de la végétation, de la terre, du bleu du ciel chargé de vapeur d’eau et celles parfois vives des vêtements des paysans dans leurs champs. Le volcan source de destruction et de fertilité indique la direction de Goma et somme toute, tout le monde s’accommode du danger en s’en remettant à la providence.
Le paysage, ouvert et dégagé, est émaillé de collines distantes et des fines silhouettes d’eucalyptus. Les champs sont aménagés en bandes de terre concaves pour éviter la stagnation de l’eau au pied des cultures. Tout cela forme un patchwork qui allie des lignes courbes et parallèles à des lignes droites. Les paysans travaillent déjà dans les champs d’arrache-pied. Patrick mène la marche en empruntant des voies bordées de murets de pierres ou en longeant le bord d’un champ dont la terre est tassée par le passage répété des paysans ou bien encore en coupant à travers champs: ll n’y a pas vraiment de chemin. Ainsi, nous slalomons entre les champs d’oignons, de pommes de terre, d’ignames, de carottes, de choux, de haricots, de maïs etc… Aujourd’hui beaucoup de gens ramassent des oignons. Parfois l’air révèle l’odeur des traitements appliqués après la pluie pour préserver les cultures du mildiou qui se régalerait des feuilles de pommes de terre et de haricots.
Le paysage, ouvert et dégagé, est émaillé de collines distantes et des fines silhouettes d’eucalyptus. Les champs sont aménagés en bandes de terre concaves pour éviter la stagnation de l’eau au pied des cultures. Tout cela forme un patchwork qui allie des lignes courbes et parallèles à des lignes droites. Les paysans travaillent déjà dans les champs d’arrache-pied. Patrick mène la marche en empruntant des voies bordées de murets de pierres ou en longeant le bord d’un champ dont la terre est tassée par le passage répété des paysans ou bien encore en coupant à travers champs: ll n’y a pas vraiment de chemin. Ainsi, nous slalomons entre les champs d’oignons, de pommes de terre, d’ignames, de carottes, de choux, de haricots, de maïs etc… Aujourd’hui beaucoup de gens ramassent des oignons. Parfois l’air révèle l’odeur des traitements appliqués après la pluie pour préserver les cultures du mildiou qui se régalerait des feuilles de pommes de terre et de haricots.
En fin de matinée, on parvient au pied d’une colline dont le sol est constitué de sable volcanique, un amas de gravillons gris foncé, très meuble et drainant. Malgré la pente, l’espace est entièrement cultivé. Des paysans, que nous rencontrons au sommet, nous disent que c’est une très bonne terre pour les pommes de terre. De là on peut contempler derrière nous la grisaille brumeuse qui enveloppe les collines du nord et les volcans et de l’autre côté on aperçoit déjà au loin le lac Kivu et la ville de Goma qui s’étend entre le lac et le Nyiragongo. Il ne nous reste plus qu’à dévaler la pente sévère de cet autre versant de la colline pour rejoindre le tapis de bananeraies d’où émergent deux collines dont celle de Rubavu que nous devrons franchir pour arriver à Gisenyi. La descente est relativement aisée car les gravillons s’avèrent être un excellent frein pour les pieds qui s’y enfoncent. On peut presque courir corps face à la pente. C’est assez amusant. Une fois en bas, sous le couvert des bananiers, il ne reste plus qu’à se déchausser pour se débarrasser des gravillons qui se sont infiltrés dans nos chaussures. Un homme s’affaire à tailler ses bananiers en enlevant les feuilles extérieures du tronc. Il nous dit que ce sont des bananiers pour faire de la bière, localement appelée “pombi”.
La température a augmenté, ce qui rend l’atmosphère quelque peu étouffante à cause de l’humidité entretenue par le toit de verdure des feuilles de bananiers. On constate que l’on a quitté les hautes terres et que l’on arrive au pays des bouteilles d’eau. On en trouve dans l’épicerie d’un village tout proche. Nous voilà rassurés! Il nous reste encore deux bonnes heures de marche. Nous suivons Patrick dans ce dédale de verdure. On arrive enfin au pied de la colline de Rubavu reconnaissable à la haute antenne qui la surplombe. C’est d’ailleurs un site militaire interdit au public et un point d’observation naturel sur la frontière avec le Congo toute proche.
Patrick s’est trouvé un nouvel ami qui nous montre le sentier de terre pour gravir la colline. L’ascension est plutôt rude car le sentier est dimensionné pour une personne et la terre est lisse et glissante. On croise quelques paysans chargés de troncs de bananiers sur l’épaule qui dévalent le sentier à toute vitesse. Il vaut mieux se garer. On passe près d’un petit enclos où trois vaches disposent d’un point de vue superbe sur la plaine et le volcan, mais en profitent-elles vraiment? A force de transpirer nous finissons par rejoindre la route qui mène au sommet. De l’autre côté, nous longeons la crête avec Rubavu en contrebas et le lac devant nous. Quelques centaines de mètres plus loin nous passons sur un autre versant qui lui offre une vue panoramique sur le Nyiragongo, Goma et à nos pieds la partie frontalière de Rubavu. On repère deux bandes vertes: celle de l’aéroport de Rubavu et un peu plus lointaine la frontière qui longe l’aéroport de Goma. C’est impressionnant de voir cette étendue urbaine après avoir passé trois jours à flanc de colline et dans les champs en ne traversant que de maigres villages.
Patrick s’est trouvé un nouvel ami qui nous montre le sentier de terre pour gravir la colline. L’ascension est plutôt rude car le sentier est dimensionné pour une personne et la terre est lisse et glissante. On croise quelques paysans chargés de troncs de bananiers sur l’épaule qui dévalent le sentier à toute vitesse. Il vaut mieux se garer. On passe près d’un petit enclos où trois vaches disposent d’un point de vue superbe sur la plaine et le volcan, mais en profitent-elles vraiment? A force de transpirer nous finissons par rejoindre la route qui mène au sommet. De l’autre côté, nous longeons la crête avec Rubavu en contrebas et le lac devant nous. Quelques centaines de mètres plus loin nous passons sur un autre versant qui lui offre une vue panoramique sur le Nyiragongo, Goma et à nos pieds la partie frontalière de Rubavu. On repère deux bandes vertes: celle de l’aéroport de Rubavu et un peu plus lointaine la frontière qui longe l’aéroport de Goma. C’est impressionnant de voir cette étendue urbaine après avoir passé trois jours à flanc de colline et dans les champs en ne traversant que de maigres villages.
Le sentier pour redescendre vers Rubavu demande de la concentration car il s’agit d’un étroit sentier de terre souvent recouvert de végétation et cette fois la gravité nous dessert. Un quart d’heure plus tard nous sommes en ville au milieu des voitures, des motos et des bus qui ne nous ont pas tellement manqué. Direction la gare routière qui se trouve quelques rues plus loin dans une zone commerçante où l’on peut se procurer des lits, des matelas, des casseroles ou des sacs de ciment. Nous poursuivons jusqu’au portail de la gare routière qui est un territoire à part avec son armée de rabatteurs qui vous happent si vous leur en donnez la chance. Ferdinand a déjà en tête le type de bus qu’il recherche et nous lui emboitons le pas en formation rapprochée. Une fois dans le bus, un grand bus, j’ouvre un peu la vitre pour regarder dehors. Quelques secondes plus tard arrivent des handicapés pour mendier sous la fenêtre que je referme à moitié. Signal compris, ils partent vers d’autres opportunités. Nous profitons du calme relatif du bus pour déjeuner car nous n’avons fait qu’une petite pause banane à midi. Ferdinand et Patrick se partagent avec satisfaction un paquet de cacahuètes que nous leur avons donné.
De retour à Kigali, nous assistons au vernissage d’une exposition photo d’Elisha Abumba, un jeune photographe congolais de Goma, intitulée “Entre la lave et les armes” qui met en images accompagnées de textes la situation des réfugiés qui vivent toujours dans des camps près du volcan Nyiragongo. Résultat de la folie des hommes et de la violence du volcan: les conflits des trente dernières années et les éruptions successives du volcan ont poussé des millions de personnes à fuir la mort et la destruction. Elisha explique que les gens dans les camps survivent en surmontant la colère, le désespoir et la haine par l’amour et l’espoir et quelle meilleure illustration que la mère qui porte la vie en son sein.
Je m’aperçois que je suis toujours sous le coup de cette vue panoramique sur le Nyiragongo et Goma.
De retour à Kigali, nous assistons au vernissage d’une exposition photo d’Elisha Abumba, un jeune photographe congolais de Goma, intitulée “Entre la lave et les armes” qui met en images accompagnées de textes la situation des réfugiés qui vivent toujours dans des camps près du volcan Nyiragongo. Résultat de la folie des hommes et de la violence du volcan: les conflits des trente dernières années et les éruptions successives du volcan ont poussé des millions de personnes à fuir la mort et la destruction. Elisha explique que les gens dans les camps survivent en surmontant la colère, le désespoir et la haine par l’amour et l’espoir et quelle meilleure illustration que la mère qui porte la vie en son sein.
Je m’aperçois que je suis toujours sous le coup de cette vue panoramique sur le Nyiragongo et Goma.
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