Cap sur la vallée de Baliem - Papouasie Occidentale
| comme au bon vieux temps au festival de Baliem |
30 juillet 2024, Sentani
Le soleil levant caresse un matelas de nuages cotonneux qui s’effilochent peu à peu au dessus du lac Sentani et révéle le relief de la Papouasie occidentale, appelée Irian Jaya, jusqu’en 2002. Irian signifie “au dessus des nuages” dans la langue de l’île de Biak d’où les montagnes de Papouasie apparaissent souvent comme émergent au dessus des nuages. Jaya signifie “victorieux” en Indonésien. La victoire est celle de l’”indépendance” prononcée au profit de l’Indonésie en 1962 sous la pression des Américains qui craignaient que l’Indonésie ne tombe dans le bloc soviétique et qui forcèrent les Néerlandais à renoncer à la domination de la Papouasie occidentale. Quelques années plus tard, en 1967, les Américains obtinrent le droit d’exploiter les importants gisements de cuivre et d’or d’Ersberg et de Grasberg par le biais de Freeport Sulphur.
Depuis le transfert vers l’Indonésie, la résistance Papoue, représentée par l’Organisation pour la Papouasie Libre, a régulièrement mis en place des actions de contestation qui ont occasionné de nombreux morts. Elles ont notamment été réprimées dans le sang par les militaires indonésiens déployés en nombre sur ce territoire depuis le début des années soixante.
En 1969, un referendum, qui impliquait le vote d’un millier de chefs de tribus sous la contrainte de l’armée indonésienne, a abouti à confirmer la décision de garder l’Irian Jaya au sein de l’Indonésie. Décision aussitôt contestée par les indépendantistes Papous qui aspirent, encore aujourd’hui, à leur autonomie en dépit des mécanismes géopolitiques de contrôle des territoires et des ressources qui ne sont pas en leur faveur.
La province fut renommée Papua par les Indonésiens en 2002, à la suite de la reconnaissance d’un statut d’autonomie spéciale en 2001. A l’époque le gouvernement indonésien faisait face à de nombreux mouvements indépendantistes qui mis bout à bout menaçaient le pays d’éclatement.
| Irian Jaya, la montagne au dessus des nuages |
Depuis mon hublot, j’observe les collines dentelées tapissées de jungle à l’exception de celles qui se jettent directement dans le lac et qui sont recouvertes d’une herbe courte, là où la jungle a disparu. Le bois a été coupé par les habitants des bords du lac qui vivent dans des maisons sur pilotis. Sous la lumière dorée, on distingue, parmi les toits, des clochers et plus rarement des minarets. Tout paraît serein, rien ne laisse soupçonner la violence de l’histoire des hommes qui s’affrontent entre tribus voisines depuis des millénaires et de celle des autres nations conquérantes voulant s’emparer de cette contrée. C’est l’image trompeuse de la surface d’une eau calme sous laquelle des crocodiles attendent, avec une patience infinie, qu’une onde trahisse la présence d’une proie qu’ils tenteront de saisir en un éclair.
L’avion atterrit à l’aéroport de Sentani construit pour desservir la ville de Jayapura à une trentaine de kilomètre plus à l’Est. L’air du petit matin est tiède et humide. Dans ce petit aéroport nous récupèrons rapidement nos bagages. Nous faisons connaissance avec notre guide, Nicky, qui attend, une pancarte à la main. Il appartient à la tribu des Sentani. Il est guide en Papouasie depuis plus de trente ans. Dans les années 90, il a participé à la première édition du festival de la vallée de Baliem auquel nous sommes venus assister. Nicky a l’allure d’un pilier, avec son ventre rond, sa corpulence solide, casquette au front et sacoche en bandoulière. Nous sentons qu’il est ici chez lui à l’aéroport.
Nous retrouvons nos amis Robin et Hughes en train de petit-déjeuner à l’hôtel qui est bien climatisé. Une petite sieste précédée d’une douche nous permet de récupérer du vol de nuit. Je m’aperçois que mon gros doigt de pied gauche n’a pas apprécié les 30 heures de voyage enfermé dans une chaussure. L’ongle s’est décollé d’un côté et semble déchiré près de la racine. Et sur les bords des pustules blanches semblent préfigurer un panari. C’est embêtant juste avant un trek de plusieurs jours dans la vallée de Baliem. J’adopte aussitôt mes sandales afin de garder les pieds à l’air. Nous nous rendons à la pharmacie, située sur l’artère principale de Sentani, en longeant le trottoir entrecoupé d’obstacles et de trous. Mieux vaut regarder où l’on met les pieds!
Une grande mosquée à coupoles voisine une église encore plus grande. Il convient de revendiquer la puissance de façon concrète.
| la campagne flambante de Paulus Waterpauw, Sentani |
L’avenue est émaillée de grands panneaux publicitaires qui mettent en avant les candidats aux prochaines élections locales. Les publicités se doivent d’être explicites, comme l’affiche du politicien Paulus Waterpauw, militaire en retraite, qui apparaît sur un fond de flammes et de collines verdoyantes.
Je montre mon doigt de pied à la pharmacie. Chacun suggère un remède différent. Une cliente mentionne du curcuma pour faire tomber l’ongle. Nous ressortons avec quelques pansements qui pourront être utiles pour protéger l’ongle dans les chaussures de marche. J’achète de l’eau de javel dans un supermarché pour désinfecter ce maudit doigt de pied et prévenir un panari.
Après déjeuner, je demande à Nicky si l’on peut se rendre à un centre de santé. Nous arrivons au dispensaire. Nous sommes loin d’être seuls, mais Nicky fait en sorte qu’assez rapidement une femme docteur examine mon doigt de pied. Elle propose d’extraire l’ongle. Cette perspective ne m’enchante guère. J’explique que nous avons prévu de faire plusieurs jours de marche et que sans ongle et qui plus est une plaie, il me sera impossible de marcher. Sur ce point nous sommes d’accord. Elle me propose des antibiotiques pour le temps de la marche et de revenir ensuite pour enlever l’ongle. Partons pour les antibiotiques! J’observe les jours suivants que le panari semble sous contrôle quand le doigt de pied reste à l’air libre. Croisons les doigts!
Au retour, nous nous arrêtons près d’un sentier de crête qui surplombe le lac Sentani. On y accède par un escalier en béton, peint aux couleurs arc-en-ciel , et qui débute sous un portique qui porte curieusement l’inscription “Tung Uwiri Teletabies”. Nous prenons de l’altitude sur l’arc-en-ciel jusqu’à atteindre un premier point de vue. D’un côté, un village sur pilotis avec un élevage de poisson et de l’autre des collines herbeuses qui plongent dans le lac. Le soleil encore très chaud de cette fin d’après-midi est un peu rafraîchit par la brise.
| ponton reliant une île du Lac Sentani à la terre ferme |
Nicky nous conduit ensuite, pour le coucher du soleil, à un village installé sur une petite île reliée à la terre par un long ponton de bois sur pilotis, suffisamment solide pour être emprunté par des scooters chargés de marchandises. Des jeunes gens discutent sur le ponton tandis que trois femmes pêchent, assises, sur le bord du ponton. Elle attrapent des poissons rouges qui ont apparemment colonisé cette partie du lac. Nous passons à côté de la maison des anciens, bâtisse sur pilotis ouverte aux quatre vents et dont le toit permet d’être à l’ombre quand le soleil est au zénith. Pour l’heure, l’endroit est illuminé par les reflets du lac. Un peu plus loin, sur la place principale, un match de football rassemble les jeunes du village. Nous faisons la connaissance d’un homme qui vient de l’île d’Assey, connue pour ses peintures sur écorce de ficus. Nous convenons de nous y rendre le lendemain.
Le soleil a disparu derrière les collines, colorant d’oranger les quelques nuages qui s’accrochent au relief. En rentrant à l’hôtel, nous faisons une halte pour acheter des bananes et des papayes. Le marché, fort animé, s’étend des deux côtés de la rue et remonte vers la montagne. L’oranger du ciel s’assombrit et finit par virer au violet en laissant les lumières des boutiques et des véhicules prendre le relais. Nous choisissons nos fruits sur un étal installé sur une bâche à même le sol. Les vendeuses, assises au milieu de leurs marchandises, les éclairent de leurs lampes frontales.
31 juillet 2024, Ile d'Assey, Jayapura
Un taxi loué à la journée nous conduit jusqu’à l’embarcadère de l’île d’Assey. Nous y trouvons un vendeur ambulant qui a décoré le guidon de sa moto avec la tête d’une Barbie aux cheveux blonds et passablement ébouriffés: conséquence conjuguée de la conduite sans casque et de l’ardeur du soleil. L’arrière de la moto est équipé d’un meuble vitré qui révèle les ingrédients des soupes de nouilles que l’homme concocte à l’abri d’un parasol fixé au meuble: un restaurant sur deux roues. Il est stationné à côté d’une plateforme en bois qui avance sur l’eau. Elle est entièrement décorée d’un soleil stylisé et psychédélique aux couleurs arc-en-ciel.
Nous mettons le cap sur l’île d’Assey sur un petit bateau à moteur en bois, tout en longueur. Le ciel bleu est chargé de vapeur d’eau et déjà les premiers nuages ouatés s’accrochent aux reliefs de la terre. On accoste à un ponton, coincé entre deux bâtiments sur pilotis. Nicky nous suggère de faire le tour de l’île, qui n’est pas bien grande, le temps que les femmes étalent leurs peintures sur écorce à même le sol de l’esplanade ombragée qui sert de place de village, à deux pas du débarcadère.
Les maisons de l’île sont construites en bois à l’exception des toits en tôles ondulées. Elles sont toutes sur pilotis, peintes de différentes couleurs et estampillées de motifs propres aux familles qui les occupent et que l’on pourra retrouver sur les peintures sur écorce. A l’ombre, sur le chemin qui fait le tour de l’île, deux porcelets tachetés de noir et de rose font la sieste. Ils nous ignorent en proie à un sommeil malgré tout vigilant. Les chiens maigres ne semblent pas intéressés à les déranger: ici, on cohabite en bonne intelligence. Chaque maison ou presque dispose de son canot creusé dans un tronc d’arbre. L’église, qui domine la petite île, est entourée d’un cimetière. Elle date des années 1950. Les tombes ressemblent à des maisons longues avec un toit en tôle ondulée. Sur une stèle on apprend que la première bible est arrivée sur l’île en 1928.
Un peu plus loin deux enfants s’amusent avec deux gros pneus couchés sur le flanc. Le jeu consiste à courir en rond sur le pneu, ce qui demande un bon équilibre. De retour à la place du village, on se sent obliger de passer en revue les centaines de peintures sur écorce et d’en acheter quelques unes. Les couleurs principales sont le noir, le blanc, le rouge et plus rarement un peu de jaune.
Nous quittons l’île sous un soleil piquant, quelque peu rafraîchis par un léger vent. Je demande à Nicky s’il y a des crocodiles dans le lac. Oui, répond-il, mais plus loin vers la mer. On évoque la croyance des pouvoirs particuliers conférés aux crocodiles et aux sorciers qui ont la faculté de les appeler pour faire disparaître des ennemis à qui ils auraient jetés un sort.
Nicky nous le dit avec force: le sorcier a le pouvoir de convoquer le crocodile!
J’ai lu que la tribu Sepik, côté oriental de la Papouasie, vénère le crocodile. Le rite d’initiation des hommes adultes consiste à se faire inciser la peau du corps de petites encoches enduites d’un produit qui fait enfler la scarification et laisse un relief sur la peau qui rappelle les écailles du crocodile. Ce rituel fort douloureux serait en voie de disparition.
Nous déjeunons rapidement dans un restaurant de poisson, au bord du lac, avant de prendre la route pour Jayapura. On s’arrête au musée de l’Université qui abrite la collection d’art tribal Asmat, réunie par Michael Rockefeller dans les années 60 et qui devait servir pour une exposition à New York. Le mystère reste entier sur la disparition de Rockefeller dont le corps n’a pas été retrouvé après avoir été emporté au large par la marée dans un canot depuis l’embouchure d’une rivière du pays Asmat. Selon son compagnon de voyage, qui lui a survécu, Rockefeller aurait décidé au bout de vingt-quatre heures de rejoindre la côte à la nage. Des rumeurs courent qu'il aurait pu être victime d’un acte de cannibalisme ou encore être victime d’un crocodile. Le saura t-on un jour?
| photo d'un chef Asmat, Musée de l'Université de Jayapura |
Nicky nous parle d'un trek qui part de Wamena, dans la vallée de Baliem, pour se rendre chez les Korowai qui bâtissent leurs maisons dans les arbres à trente mètres au dessus du sol marécageux qui est souvent inondé. Cette tribu se nourrit de gibier et de légumes d'eau. Le trek se poursuit en canoë en descendant la rivière qui arrive chez les Asmat. Une photo du musée montre un homme Asmat utilisant comme repose-tête le crâne d'un autre dont il aurait dévoré la cervelle afin d’absorber les qualités de son propriétaire. Monde singulier où le meurtre d'un ennemi est interprété comme un acte de bravoure qui permet de gagner en prestige au sein de sa tribu. A l’époque, le choix d'un chef Asmat pouvait être influencé par le nombre de crânes qu’il possédait.
La jungle presse Jayapura contre la mer. Au sommet d’une colline qui surplombe la ville, le nom de Jayapura est érigé face à la mer en lettres géantes. Le panorama permet d’apprécier le relief de la ville qui épouse la côte, le port containers et les îles de la baie. On remarque les bâtiments de l’administration locale qui tranchent pompeusement, de par leur taille, avec le reste.
| pêcheur livrant des thons au port de Jayapura |
Vers 16h, le marché au poisson est en pleine effervescence. Il y a des thons partout, à même le sol carrelé ou bétonné par endroit. On les stocke dans des bassines ou des seaux en plastique. Ils viennent juste d’être débarqués des bateaux et attendent un acquéreur. De grandes glacières en polystyrène sur les abords du quai permettent également de stocker le poisson. Les machines à glace ne doivent pas être loin, en tout cas l’approvisionnement par scooters à remorque est incessant. Les hommes discutent et fument en attendant d’être sollicités.
Le retour vers Sentani, sur une route sinueuse, prend près d’une heure. Une lumière dorée presque palpable peint Sentani quand nous y entrons. On dîne dans un café restaurant dont l’intérieur minimaliste blanc tranche avec les tables et chaises aux couleurs sombres et détonne avec les magasins alentours. Les propriétaires ne sont pas d’ici.
1er août 2024, Wamena
L'ATR fend les nuages qui dissimulent les montagnes. A l’approche de la vallée de Baliem, des trouées laissent deviner, par petites touches, la végétation dense qui recouvre les flancs de la vallée. L’avion finit par sortir de son isolement ouaté et laisse apercevoir la plaine verdoyante qui entoure Wamena. Elle est traversée par des cours d'eau limoneux dont les multiples méandres permettent d’irriguer les cultures largement.
A 1600m d’altitude, l’air est frais en comparaison à la moiteur tropicale de Jayapura. Une vingtaine de degrés. La pluie tombe légèrement le temps d'arriver à l'hôtel puis le soleil revient quelques minutes plus tard. Nous sommes un peu désorganisés. Nicky nous annonce que notre trek dans le sud en territoire Lani est suspendu. Deux semaines plus tôt, un Dani a tué un Lani en ville et depuis le risque de revanche est exacerbé. Nos porteurs Danis ne peuvent pas aller en zone Lani sans risquer pour leur vie. Mieux vaut se plier aux exigences de sécurité d’autant qu’ici les tribus s’affrontent facilement, c’est d’ailleurs le thème principal des représentations du festival de Baliem auquel nous sommes venus assister.
C’est rageant de n’avoir pas été prévenu plus tôt. D’autant que nous devrons changer d’hôtel pour les premiers jours du festival car notre itinéraire ne prévoyait pas de dormir à Wamena pendant ces quatre jours. Nicky se défile de toute responsabilité sur le choix de l’hôtel. Il repousse la chose sur l’agent de Jakarta qui a fait la réservation.
Nous faisons la connaissance de Brury qui sera notre guide de randonnée. C’est mieux ainsi car Nicky a attrapé une grippe ou une angine qui l’empêche de marcher et l’essouffle au moindre effort. Brury est également là pour préparer une ascension du Mont Trikora trois semaines plus tard. Il culmine à 4750m d’altitude. Brury nous dira plus tard que l’ascension n’est pas particulièrement technique, même s’il faut des équipements d’escalade pour la dernière partie. Les principaux risques viennent des conflits entre tribus, des rebelles indépendantistes et du temps qui peut rapidement devenir exécrable à cette altitude. C’est de plus une vraie expédition car il faut emporter tout avec soi, à dos de porteurs.
Après avoir pris possession de nos chambres, nous nous retrouvons pour un déjeuner rapide au Café Pilarmo où j'oublie mon chapeau. Je ne le retrouverai pas, il a sans doute été emprunté par un crocodile!
| l'arbre solitaire |
Nous partons pour une promenade au Sud-Est de Wamena. Il y a un joli promontoire au sommet duquel un arbre isolé domine les environs défrichés. De là, on a une belle vue sur cette partie de la vallée. Le ciel est menaçant plus au Sud et le soleil souligne de manière dramatique le relief des nuages qui bourgeonnent comme des choux-fleurs. Nous empruntons un sentier boueux, on voit qu'il pleut beaucoup en ce moment, comme tout le reste de l’année d’ailleurs. En s’éloignant davantage de la route on approche d’une première ferme. Deux cochons gardent les lieux en l’absence des habitants. L’entrée de la ferme est matérialisée par une clôture de branchages avec une échancrure à mi-hauteur qui sert de porte. Un petit cours d’eau pourvoit à l’approvisionnement de la ferme avec un coin pour laver la vaisselle et le linge. Au centre de l’enclos se trouvent deux cases circulaires couvertes d'un toit de chaume arrondi, tel un champignon. Elles sont réservées aux hommes. Il y a aussi une longue bâtisse au toit pentu en chaume pour les femmes. A la lisière du bois, se trouve un tronc d'arbre érigé et ceint de marches en tressage qui permettent de monter, comme à une échelle, jusqu’au sommet pour scruter l’horizon et vérifier si un ennemi approche: c’est une forme de tour de guet.
Brury propose de nous faire passer par le sommet de la colline qui surplombe le cours d’eau que nous traversons sur un pont fait d’un tronc d’arbre bordé d’une rambarde en bambou. Le sentier s’enfonce ensuite sous les arbres sur un sol détrempé. C’est l’éternel dilemme: aller pieds-nus ou avec des bottes en caoutchouc? En tout cas, certainement pas avec des chaussures de randonnée. Nous décidons de faire demi-tour car le sol est complètement inondé.
Nous nous rendons dans un village qui s’est spécialisé dans l’accueil de touristes. On doit d’abord franchir un premier enclos de jardins, puis une seconde clôture pour arriver au village proprement dit.
Le soleil de fin d’après-midi projette une lumière dorée qui emplit le village d’une atmosphère sereine, avec l’eau couleur chocolat qui s’écoule sans friction apparente dans le méandre qui définit l’espace où sont bâties les cases circulaires où sont hébergés les touristes.
| l'heure est venue d'en griller une |
La paix du soir est propice à une communion en fumant. Le coin fumeur s’est improvisé autour d’une table en bois. Quelques villageois se sont regroupés là.
Tout le monde fume ici, les femmes aussi volontiers que les hommes. Un gaillard est en train de se rouler un mini-cigare avec une feuille séchée dans laquelle il a saupoudré un peu de bois de la même plante qui pousse sur place. Un autre adulte plus jeune, en short et torse-nu, est absorbé par un jeu sur son téléphone portable. Il s'installe à l'entrée d'une case toute proche, cigarette et portable à la main pour jouer bien sagement. Il est bien venu d'offrir des cigarettes à son hôte, à un euro le paquet. La marque Scorpion semble appréciée car plusieurs paquets vides jonchent le sol.
Arrive le moment où l'on nous présente des souvenirs à acheter: colliers ornés de cauris, bracelets tressés en fibres végétales, sacs à provisions faits au crochet., etc.. Il est temps de faire nos adieux et de rentrer au pas de course car l'orage menace. La pluie ne tarde d'ailleurs pas et nous arrivons trempés à la voiture.
2 août 2024, Jivika, collecte de sel dans une source de montagne
Au petit déjeuner, Robin apporte Indonesia etc..., le livre d'Élisabeth Pisani, journaliste anglaise, qui raconte ses voyages à travers l’Indonésie. Je l'ouvre au hasard et tombe sur la phrase "I resolved to return to Ahoban to talk to the crocodile whisperer". Décidément, il y a du crocodile dans l’air en Indonésie! Dans ce cas précis, le sorcier appelle pour le punir le crocodile qui a mangé un pêcheur sur la côte occidentale de Sumatra. Le livre de Pisani est très riche en explications sur l’histoire récente de l’Indonésie depuis l’Indépendance, avec la phase centralisatrice de Suharto suivie d’une rapide décentralisation au début des années 2000 sous l’impulsion de Sukarno. On y débat du concept d’être Indonésien dans un archipel qui compte plus de 17500 îles avec une multitude de dialectes, de croyances et d’arts de vivre. Comment cela peut-il mener à forger une identité commune et multiple à la fois? Ce qui est sûr, c’est que la Papouasie dispose de ressources naturelles qui aiguisent l’appétit de beaucoup d’entrepreneurs et que les habitants vivent très différemment des Indonésiens musulmans des grandes îles.
Le contact relativement récent avec les tribus de Papouasie, dont la découverte de celles de la vallée de Baliem au début du 20ème siècle par des missionnaires protestants, explique que ces tribus soient loin de coller au modèle de développement promu par le gouvernement indonésien.
D’abord à cause de leur mode de vie collectif et de leur habitude à se faire la guerre pour un rien entre tribus. Leurs coutumes vestimentaires sont aux antipodes avec le modèle encouragé par Jakarta: l’étui pénien comme vêtement principal pour les hommes, des parures de plumes et des atours de coquillages et de dents, occasionnellement de petits morceaux de fourrure, et le pagne seins à l’air pour les femmes. Il y a donc eu des campagnes de civilisation lancée avec un certain succès puisqu’en ville on ne voit quasiment plus personne en tenue traditionnelle et que le festival de Baliem a été créé dans les années 90 pour commémorer les traditions des tribus de la vallée avec le sous-entendu qu’elles appartenaient au passé et qu’il fallait désormais apprendre à vivre autrement.
Le tourisme, grâce à l’argent qu’il procure, encourage la démonstration, et peut-étre la préservation, de certaines traditions. Ainsi nous partons en quête de sel au village de Jivika. La source se situe dans la montagne au nord de Wamena. On y accéde à pied depuis ce village qui s’est également consacré à l’accueil des touristes.
Nicky refuse de nous faire entrer dans le village proprement dit car le chef demande une somme exorbitante pour la visite. Il nous prévient, par la même occasion, de ne pas photographier ostensiblement les hommes en tenue traditionnelle qui sortent de l'enceinte à travers l’ouverture qui sert de porte d’entrée au village. Le chef, lui, est habillé d'un short et d'un polo. Les négociations débutent pour que quatre hommes et deux femmes nous escortent à la source salée. Au bout du compte nous partons avec quatre femmes et deux hommes. L'ascension vers la source débute par un étroit sentier pierreux et très boueux qui serpente dans la jungle.
Les femmes sont vêtues d'une couronne de plumes rousses et d'un pagne en fibre végétale. Elles portent dans le dos un “noken”, une large besace en mailles dont on passe l’anse autour du front pour répartir la charge sur tout le corps. Après avoir accepté des cigarettes de Brury, l’une des femmes enfourne dans sa besace le lourd sac de fruits que nous avons apporté. Elle s’élance avec une de ses compagnes, sur le sentier, sac au front. Les deux hommes nous rejoignent un peu plus tard au pas de course, silencieux et pieds-nus, le corps gracieux et affûté par l'exercice.
| un homme de Jivika en chemin vers la source salée |
Ils se montrent très attentifs en aidant Robin et Hugh à ne pas glisser sur les pierres et les racines recouvertes de boue. Après une petite heure d’ascension, nous parvenons à une clairière. Les femmes s'assoient dans l'herbe et le guide nous propose de déjeuner. Voilà qui nous laisse un peu sur notre faim, vu que nous sommes venus pour voir la préparation du sel. Finalement, je demande à voir où est la source et tout le monde suit.
Les femmes Dani ont apporté avec elles des coeurs de bananiers pour collecter le sel de la source par un mécanisme ingénieux. Les feuilles tendres, qui sont enroulées de façon concentriques au centre du tronc de bananier, ont la capacité, une fois froissées, d'absorber les cristaux de sel. Ensuite les fibres réduites en cendre sont utilisée comme sel.
Les femmes nous montrent comment s'y prendre dans un bassin naturel sous le regard des hommes qui ne participent pas à cette tâche ménagère. On goûte aux fragments de fibres, imbibées de l'eau de la source, qui sont effectivement très salés. On en profite pour partager le sac de fruit qui contient des marquisats, sorte de gros fruits de la passion dépourvus d’acidité, des bananes, des clémentines et des cacahuètes. Brury procède à la distribution de rigueur de cigarettes.
L'ambiance est détendue, on prend la pause ensemble, clope au bec pour les femmes, le temps de quelques photos.
| la collecte du sel sous l'oeil vigilant de Marcus |
On retourne s'installer dans la clairière où les Danis sortent de leur besaces des souvenirs à vendre qu’ils étalent sur le sol. Chacun à sa propre collection et les profits restent individuels. J’achète un collier à Marcus qui a également une hache formée d’un manche en bois et d’une pierre noire aiguisée à l’une ses extrémités. Il l’avait exhibée près de la source assis sur ses talons sur un rocher, argument de vente subliminal. J’ai droit en remerciement de mon achat à un grand sourire qui s’épanouit sous sa courte moustache.
Estomac rassasié, affaires faites, c'est l'heure de rentrer. La descente se passe sans encombres malgré la boue. Le premier Dani a pris un peu d’avance, il est presque arrivé au parking quand nous arrivons à la lisière de la forêt. Marcus le rattrape, fendant d’un trait la prairie marécageuse sans se soucier des parties boueuses, c’est l’avantage d’être pieds-nus. On l’imagine aisément en guerrier muni d'un javelot ou d'un arc traversant la plaine à l'assaut d’un ennemi.
| en route vers Wamena |
L'orage gronde au loin alors que nous rentrons à Wamena. Nous nous arrêtons au marché encore éclairé par le soleil de fin d’après-midi. Nicky s’occupe d’un type saoul, qui nous tourne autour, en lui mettant le bras autour du cou et en lui parlant gentiment comme un père qui tâche de raisonner un adolescent un peu trop grand pour être engueulé. Le bras empêche l’homme d’aller errer dans notre direction. Nous achetons des marquisats et des bananes à une vendeuse en bonnet, t-shirt et jupe-culotte. C’est la tenue classique des vendeuses du marché qui apportent leurs récoltes dans leurs nokens. Les hommes s’occupent des vélos taxis.
3 août 2024, chez les Danis de l'Est
Sous un soleil déjà ardent en ce début de matinée, nous faisons un crochet par le marché central pour acheter des vivres pour un picnic et un dîner. Les femmes, qui viennent vendre leurs fruits et légumes au marché, les étalent sur des bâches à même le sol sur le trottoir ou sur les étals à l’intérieur du marché, là où l’ombre protège mieux les légumes verts et les herbes. Les femmes à l’extérieur s’abritent souvent sous de grands parasols colorés.
A défaut d’un trek de quatre jours, nous irons pendant une journée et demie marcher au nord-est de Wamena. La veille, Nicky a rencontré Sadrak au restaurant de l’hôtel. Ils se connaissent de longue date et Sadrak a accepté de nous servir de guide sur son territoire. Voilà qui arrange tout le monde, Nicky le premier qui se demandait bien comment il allait pouvoir nous occuper le temps du trek annulé.
Nous quittons Wamena en empruntant la route du premier jour vers le Sud. On retrouve en chemin Sadrak et nos porteurs qui montent avec nos bagages dans un taxi 4x4 hors d’âge mais toujours capable d'affronter le hors-piste grâce à sa mécanique robuste. Le propriétaire du taxi doit être un fan de Bob Marley pour en avoir décoré l'arrière de son véhicule. Une étoile blanche au bord orange est peinte sur le capot noir: y a t-il là une allusion révolutionnaire?
On tourne à gauche sur une piste qui traverse une zone de maquis et de galets.
Un glissement de terrain a emporté tout un pan de montagne en balayant tout sur son passage jusqu’à la rivière. Le versant est mutilé par une grande faille en forme de V qui expose la roche claire.
| taxi increvable au point de départ du trek |
Peu à peu la nature reprend ses droits. Notre voiture, qui n’est pas tout-terrain, s’arrête devant un obstacle infranchissable pour elle. Impossible de gravir une pente de galets. Heureusement nous ne sommes plus très loin du point de départ de la marche et le taxi qui a été déposer les porteurs revient nous chercher. Les porteurs se répartissent les bagages et nous partons sous la direction de Sadrak, bouteille d’eau à la main, à travers les jardins qui bordent la rivière dans des parcelles délimitées par des murets de galets et ombragées par de grands arbres. Le soleil pique et l’air est humide.
Nous parvenons à un pont suspendu qui enjambe la rivière de Baliem rugissante et blanche d’écume et dont on perçoit la fraîcheur. Un peu plus loin dans une zone plus calme du bord de la rivière, des femmes se lavent et nettoyent leur linge. Nous détournons le regard car elles ne sont pas habillées. Sur l’autre rive, nous croisons des enfants qui ont attrapé des caméléons qu’ils exhibent fièrement devant nous en les tenant par la queue, tête en bas.
Nous longeons la rivière sur un sentier en balcon qui va vers le sud-est jusqu’à un premier village. C’est l’occasion d’une distribution de cigarette auprès d’un petit groupe de villageois avec qui notre équipe échangent quelques mots. L’église est fraîchement repeinte et des missionnaires protestants ont financé une petite piste d’atterrissage recouverte d’une herbe bien verte grâce à la pluie abondante. C’est la fierté du village. Nous poursuivons notre marche sur le sentier étroit et qui, par endroit, est directement en surplomb de la rivière qui coule quelques dizaines de mètres plus bas.
Sadrak, tel Lucky Luke, vit avec une cigarette collée à la lèvre. Il tousse méchamment et s’essouffle facilement.
| la rivière de Baliem au niveau de Sogokmo |
De l’autre côté de la rivière, en territoire Lani, on aperçoit Sogokmo, qui a tout l’air d’un village paisible, installé au milieu de plantations verdoyantes, avec son école et quelques bâtiments administratifs aux toits en tôles ondulées comme tous les autres toits. Sogokmo n’a pas grand chose de différent de Seyma, le village où nous nous arrêtons pour déjeuner. Seul un pont les sépare ainsi que désormais la querelle issue du meurtre d’un Lani par un Dani deux semaines plutôt à Wamena. Traverser le pont c’est s’aventurer en territoire potentiellement ennemi.
Sadrak nous invite à s’asseoir à l’ombre d’un arbre sur une petite plateforme en bois tandis que le reste de la famille que Sadrak connaît se regroupe côte à côte sur un banc, à l’ombre du toit d’une maison, face à nous. Il a sans aucun doute été convenu de partager avec nous une collation pour déjeuner. Un groupe d’enfants nous rejoint à l'ombre. Ils jouent avec un chiot. Une assiette plastique remplie de riz et de légumes est distribuée à chacun. Puis vient le tour de la photo de famille élargie avec les étrangers. Une femme s’approche, elle a une cheville enveloppée dans un sac plastique, qu’elle l’ouvre pour révéler une plaie de quelques centimètres de diamètre et nous demande des médicaments.
| la famille avec qui nous avons déjeuné à Seyma |
Nous quittons le village en grimpant à travers une série de jardins entourés d’un mur en pierre sèche. De là-haut on a un joli panorama sur la vallée, la rivière couleur chocolat, les collines en patchwork de verts et des nuages choux-fleurs qui enflent sous l’effet de la chaleur humide: à quand l’orage? C’est la question qui commence à devenir de plus en plus prégnante dans mon esprit. Nous rattrapons une route non goudronnée qui suit la vallée en balcon.
Le reste de la marche est facile, tout droit jusqu’à un virage qui nous laisse apercevoir le village de Sadrak avec son église au fronton décoré d’une croix, d’un calice, d’une couronne et d’un autre symbole que je ne reconnais pas. Nous allons passer la nuit dans une maison qui doit servir de guesthouse. Les aménagements sont rudimentaires comme c’est souvent le cas sous les tropiques. Sol en linoléum, moustiquaires aux fenêtres, matelas à même le sol, néon au plafond et des clous aux murs qui s’avérent bien utiles pour suspendre ses affaires.
| Sadrak dans la cuisine extérieure de la guesthouse |
La cuisine se trouve à l’extérieur. Elle s’improvise autour d’un bidon qui sert de point d’eau posé à côté d’un grand arbre au pied duquel un banc invite à s’asseoir. Les sanitaires sont dans une spacieuse cabane en tôle construite dans un coin du terrain derrière la maison. Toilettes à la turc et du linoléum au sol pour se laver avec une bassine et une écope. Un fil à linge donne l’espoir de faire sécher son linge jusqu’à l’arrivée de la pluie. C’est agréable de faire la sieste dans un t-shirt propre. Le dîner est simple, cuisiné à la lampe frontale, mais on a faim: du riz, des pommes de terre, des légumes et du poulet.
L’orage éclate pendant le dîner. Durant la nuit, nous sommes heureux d’avoir un toit et des moustiquaires, nous profitons pleinement d’un paysage sonore peuplé d’insectes, d’aboiements de chiens et d’activités humaines au petit matin, Dieu inclus.
4 août 2024, Wamena, cuisine dani
Le retour à Wamena est simple: on suit l’unique route qui épouse le relief en une succession de virages montants et descendants. Le ciel du petit matin est clair, l’air encore un peu frais et le soleil darde sur les traces de l’orage de la veille. L’évaporation et la condensation en altitude forme rapidement une couche de nuages qui ralentit le phénomène d’évaporation. Je marche d’un bon pas laissant mes camarades à leur rythme. L’ennui causé par la route toute tracée m’incite à ne pas m'attarder. Heureusement une fois passé un col, le paysage gagne un peu en attrait avec Wamena au loin et une mare boueuse au fond d’un trou de verdure. Je m’arrête à l’ombre d’un rocher pour attendre le reste de la troupe, et suis bientôt rejoint par les premier porteurs qui s’arrêtent pour se reposer, fumer et deviser sur le temps présent.
| le rocher-gorille au dessus de la rivière de Baliem |
On reprend la route jusqu’à un village où des enfants jouent une partie de cricket, ou quelque chose d’approchant sur un terrain plat. On bifurque ensuite vers la rivière en descendant le long du versant accompagné d’une bande de jeunes du coin. Une nouvelle pause est proposée et tout le monde s’arrête en s’asseyant sur des pierres dans un endroit dégagé. On partage des noix et des biscuits avant de repartir sous un ciel tristement gris. Un rocher sur le bord du chemin attire mon attention, il a la forme d’un gorille.
Il nous reste encore un ou deux kilomètres à parcourir en traversant un nouveau village avant d’arriver au niveau du pont où il avait été convenu de retrouver la voiture. Nicky vient nous accueillir. Nous faisons nos adieux aux porteurs et à Sadrak en les remerciant.
La pluie s’abat juste à la traversée du pont et dure jusqu’au soir: voilà qui est idéal pour un après-midi de sieste, content d’écouter l’orage faire rage derrière les vitres et d’être au sec sous la couette.
Le soir venu, Nicky nous emmène en ville dans une rue où les femmes indigènes viennent vendre de la viande de poulet et de porc cuite à l’étouffée dans un lit de fougères. L’occasion d’essayer la vraie cuisine Dani, vendue sur le trottoir. On choisit une belle côte de cochon avec une impressionnante couche de gras, des patates douces à l’étuvée et à la braise ainsi que de l’igname. La dame rajoute une belle quantité de fougères cuites. Un peu plus loin un stand de satay permet de compléter notre dîner que nous ramenons à l’hôtel. Nicky s’occupe d’obtenir la permission de nous installer dans un coin du restaurant. On se régale. La fougère à un goût citronné qui apporte beaucoup à la viande.
5 août 2024, Jivika, immersion culinaire : poulet à l'étouffée dans son lit de fougère
Forts de notre introduction à la cuisine Dani de la veille au soir, Nicky nous propose d’assister à une expérience culturelle et culinaire dans un village, celui de Didimus, fils de chef de village et ambassadeur de la culture Dani. Nous commençons par faire les courses en ville: des légumes et six ou sept poulets congelés qui seront à partager avec tous les habitants du village. Une fois les emplettes terminées, dont une jolie portion de noix de bétel et de cigarettes, nous partons vers le nord.
On s’arrête en chemin près du village de Jivika dans une enceinte qui abrite la momie du chef Wimontok Mabel, un guerrier du 18ème siècle toujours célébré en tant qu’ancêtre illustre: les Papous savaient pratiquer la momification pour honorer leurs chefs les plus valeureux. Nicky se charge des tractations en discutant avec l’homme le plus âgé, a priori le chef du village, qui fume assis sous le portique végétal qui sépare la cour du jardin. Il porte une casquette, un short en nylon et un blouson de sport. Dans le village tout le monde est habillé selon les codes du monde moderne avec un goût marqué pour les vêtements sportifs: T-shirts, pantalons de jogging, bottes plastiques, sweat-shirt etc… Une petite fille porte un t-shirt noir avec le drapeau cubain. C’est devenu le symbole de la résistance des indépendantistes Papous.
| la momie du chef Vimontok Mabel |
Nicky et le chef du village parlent de la momie de l’ancêtre et d’autres choses vu qu’ils se connaissent depuis longtemps. Une fois les discussions conclues, l’homme installe un large fauteuil en bois verni devant la hutte où la momie est entreposée. Il va ensuite chercher l’ancêtre momifié pour l’assoir sur son trône. La vision est saisissante, la momie n’a plus que sa peau noire lustrée sur les os et la chair déshydratée. Elle est présentée recroquevillée en position accroupie, les bras repliés au niveau des coudes de part et d’autre des jambes. Le haut du bras est attaché à la cuisse et les poignets sont attachés à l’aine. Wimontok Mabel semble somnoler, tête baissée, paré de ses atours: un bonnet tressé, une couronne de fourrure, des colliers amulettes ainsi que sa koteka. Une fois l’exhibition terminée l’homme reprend la momie dans ses bras et la rapporte à l’intérieur de sa hutte au toit de chaume. Notre visite s’achève par des remerciements et nos adieux aux petites filles qui nous attendent sur le parking à l’extérieur de l’enceinte.
A quelques kilomètres de là, perché au sommet de la tour de guet, Didimus scrute l'horizon à travers le masque de ses atours, qui font de lui une figure inhumaine et effrayante. Les motifs en pointillés blancs peints sur son visage et ses jambes tranchent avec sa couleur de peau sombre, tout comme les quatre incisives arrondies de cochon combinées en forme de huit renversé avec pour centre l'extrémité de son nez. Des feuilles de fougères séchées partent de la pointe de ses yeux vers les oreilles. Une coiffe de fourrure et de plumes, tel un feu d’artifice, augmente de moitié la taille de son personnage et, peu visible de loin, un exhubérant étuis pénien à la forme ondulante complète son allure extraordinaire. Didimus, donne l'alerte avec des cris de chouette, l'ennemi est en vue, les touristes aussi.
En éclaireur, Johannis, part en reconnaissance, traversant la prairie en zigzag tel un faune avec son diadème de plumes claires et courtes et son étuis pénien, à la courbure espiègle. Les voisins ennemis lancent l’attaque en poussant de grands cris aigus. Repli de Johannis poursuivi et bientôt soutenu par son propre camp qui contre-attaque. Plusieurs vagues d'intimidation où un camp poursuit l’autre en criant avec ses lances brandies en l’air et arcs bandés prêts à tirer leurs flèches jusqu’au territoire adverse avant de subir la contre-attaque réciproque du camp qui vient de se replier. Au bout d’un certain temps, quand l’ardeur de ces guerriers aux corps affutés par la course et le maniement des armes, commence à faiblir, le chef Didimus descend de son perchoir de vigie afin de prononcer la paix qui est scellée par des poignées de mains et des cris en signe de réconciliation des membres des deux clans.
Il est temps de rentrer au village en passant par l'ouverture du porche, à 80 cm au dessus du sol, en s'appuyant sur un marche-pied fait d'un morceau de bois en forme de Y de part et d'autre de la clôture. A l'intérieur de l’enclos, les huttes sont disposées autour de l’espace qui sert de terre-plein central, là où se déroule la vie publique du clan. Les femmes, vêtues de pagnes végétaux et de coiffes toutes différentes les unes des autres, entament une danse et des chants de bienvenue qui se terminent par une ronde à laquelle je suis invité à participer. Ce dont je m’acquitte sans grande élégance. Didimus s'avance au centre de l’esplanade, sous le regard attentif de tous les membres du clan, pour allumer un feu en créant une étincelle qui enflamme des brindilles d’herbe sèche. Une vieille femme est ensuite chargée de prendre soin de la transformation de ce début de combustion en flamme, en soufflant dessus au ras du sol. Savoir allumer le feu est un symbole de pouvoir qui mérite d’être théâtralisé.
| l'étincelle prend dans l'herbe sèche |
Une fois la flamme allumée, une équipe de femmes aidée de quelques hommes bâtissent un foyer délimité par des troncs d’arbres. Ils disposent une couche de pierres à même la terre et des branchages secs par dessus qui sont allumés avec la flamme (et sans doute un peu d’essence). Puis viennent des morceaux de bois plus conséquents pour produire de la braise et chauffer les pierres plus grosses qui sont posées sur le dessus du brasier. Une épaisse fumée blanche s’échappe du feu et envahit la cour à la guise du vent.
Je vais m’asseoir un moment avec les guerriers seniors du village, autrement dit les hommes adultes qui portent des décorations et dont le statut leur permet de ne pas s’impliquer dans les tâches ménagères de la cuisine. Ils sont assis en demi-cercle sur un peu d’herbe sèche pour éviter l’humidité de la terre battue de la cour. Difficile de communiquer avec eux si ce n’est par quelques gestes et quelques rares mots d’anglais. Brury est plus à l’aise en indonésien. Il s’entretient un moment avec Didimus et en vient à discuter d’Instagram. Didimus a un compte Instagram sur lequel il a publié quelques photos de lui en tenue traditionnelle en 2018. Il tient à défendre son identité culturelle et Instagram s’est avéré être une possibilité de la faire rayonner à l’échelle du monde. Vu de 2026, cette tentative n’a pas transformé Didimus en un influenceur avec des millions de fans. Ce serait sans doute plus facile pour un membre du clan, plus jeune et plus à l’aise avec les réseaux sociaux, mais cela suppose aussi de produire des contenus réguliers.
Pendant ce temps, un groupe de femmes s'active à construire le four proprement dit qui fonctionne en millefeuille. On dispose un lit d'herbes fraîches qui accueillera les grosses pierres chaudes qui seront recouvertes d’une autre couche d'herbe et de feuilles de bananier. Puis c’est le tour de la fougère qui parfumera les poulets, les légumes et la viande posés dessus. S'en suivent d'autres couches d'herbe et de feuilles à leur tour mélangées à des petites pierres chaudes qui sont manipulées avec de gigantesques pinces en bois de plus d'un mètre cinquante de long, en forme de pince à épiler. Le foyer qui a servi à chauffer les pierres est démantelé. Les troncs d’arbre sont mis de côté pour une prochaine fois.
| le poulet à la fougère est presque cuit |
Durant le temps de la cuisson, les habitants du village s'installent sur le terre-plein. Les hommes se regroupent, assis en arc de cercle sur le lit d’herbe sèche à proximité de leurs huttes tandis que les femmes s’assoient en deux rangées le long de leurs maisons des femmes respectives. Chacun déballe ses marchandises à vendre. Les hommes ont des colliers avec des dents et des os de cochons, des poignards, quelques étuis péniens, tandis que les femmes proposent des sacs en maille, des colliers et d'autres objets ornementaux. C’est aussi le moment où Didimus distribue notre cadeau de noix de bétel et de cigarettes à l’ensemble des adultes du village. Je présume que son statut de fils d’un des chefs du village lui donne la prérogative pour effectuer le partage.
Chacun récolte le revenu de ses ventes: autant dire qu’à nous quatre nous ne pourrons pas faire autant d'heureux qu'il y a de villageois! Le temps du shopping est terminé. Les gens se lèvent et, à cette occasion, on voit quelques couples se révéler, hommes et femmes qui doivent se raconter le fruit de leurs ventes ou peut être autre chose. Quoiqu’il en soit le poulet est cuit et l’on se prépare à l’exhumer du four d’herbes encore fumant.
| le festin des hommes |
Une femme apporte trois poulets du côté des hommes, livrés sur un peu de fougères cuite qui joue le rôle d’assiette comestible. Johannis se charge de découper les poulets en morceaux d’abord à la main puis avec un couteau. Je reprends ma place pour observer la découpe et en espérer un morceau. Asser, à qui j’ai acheté un poignard en os coiffé d’une tête en tressage végétal, me tend une belle cuisse de poulet avec un sot-l'y-laisse. Il s'assoit plus tard à côté de moi et nettoie les os avec un précision chirurgicale. La chair du poulet est admirablement parfumée d'un goût rappelant la citronnelle. Viennent ensuite quelques petits morceaux de taro. Le repas ne dure pas très longtemps, il aurait peut-être fallu apporter davantage de poulets! Je ne suis pas sûr que tout le monde ait mangé à sa faim.
C’est l’heure de ranger et pour certains de rentrer chez eux car tout le monde n’habite pas au village proprement dit. Il est convenu que Johannis nous accompagne pour une promenade dans la plaine. Il reparaît peu de temps après habillé en Papou moderne, en short et sweat-shirt, mais toujours pieds-nus et muni d’un lance-pierre au cas où il aurait un oiseau à viser. Nous quittons ainsi le village en suivant un sentier boueux dans les herbes hautes et abrasives. Je regrette un peu d’être en short. La progression n’est pas aisée car il faut sans cesse faire attention pour éviter les zones inondées en marchant sur les herbes que l’on couche à chaque enjambée. On arrive assez rapidement à une petite rivière qui a creusé son sillon assez profond et dont les bords sont boisés. La traversée s’effectue sur un tronc d’arbre un peu glissant. Tout le monde réussit à passer avec l’aide Johannis et de son compatriote qui ferme la marche. Un coin de l’horizon est sombre mais la pluie ne sera pas pour nous. Juste quelques gouttes et puis le soleil se montre à nouveau. Pas d’oiseau à portée de lance-pierre à la grande déception de Johannis qui finit par le remiser dans sa poche.
| Johannis traverse un cour d'eau |
Le paysage est sauvage et apaisant. Il nous faut encore affronter quelques traversées de cours d’eau et l’on termine par une mare qu’il faut franchir sur plusieurs troncs assemblés. Johannis et son compagnon en facilitent le passage bien heureusement. On arrive près d’une école, chaussures passablement boueuses et trempées. Qu’importe. La fin de l’après-midi approche et la lumière devient plus chaude. On attend sur le bord de la route que Nicky et le chauffeur viennent nous récupérer. L’un des guides, débarrassé de ses sandales s’assoie sur le goudron de la route et grille une cigarette. Nous sommes rejoint par un conducteur de moto qui porte des bottes en caoutchouc et vient taper la discute en satisfaisant sa curiosité de nous voir. Il fume lui aussi avec son casque jaune toujours sur la tête. Une dame s’approche également, pieds nus, jupe-culotte short brodée, t-shirt, veste de jogging et bonnet pointu pour rendre le port du noken plus agréable, et nous regarde sans rien dire.
Nous rentrons à Wamena pour une dernière nuit à l’hôtel Baliem Pilamo qui est complet les jours suivants.
6 août 2024, Jivika, Augustus guide poète
Nous avons rendez-vous avec Augustus. Nous l’attendons au milieu des champs près de Jivika. Une demi-heure, puis une heure passe. Nicky n’arrive pas à le joindre. On se dirige vers l’enceinte de son village où personne ne sait nous renseigner. Il finit par paraître. C’est un jeune homme robuste à la chevelure tressée sur le dessus de la tête. Nous partons en file indienne avec Brury qui ferme la marche sur un sentier un peu moins humide que la veille. Nous allons chercher le deuxième guide qui doit nous accompagner. Le sentier passe devant sa ferme. Il sort par le porche typique des villages danis, coiffé d’une grosse touffe de chaume. Toute la famille vient voir, piquée de curiosité, les touristes qui payent pour aller se promener sur les chemins boueux qu’eux empruntent pour aller aux champs, à l’école ou tout simplement en ville.
| Augustus et le chapeau de fougères et les fleurs jaunes |
Augustus est un poète. Il confectionne un chapeau avec des feuilles de fougère dont il réunit les tiges en les attachant avec de l’herbe, après avoir pris soin de les orienter en entonnoir. Il suffit de retourner l’ensemble pour avoir un chapeau sur la tête. Hugh est l’heureux destinataire de cette coiffure qui ne lui va pas si mal. Augustus a d’autres sources d’inspiration. Tout en mâchant des noix de bétel, il ramasse des fleurs d’un jaune vif qu’il assemble en les enfilant sur une tige d’herbe pour en faire une couronne. C’est le tour de Robin d’être décorée de ce joli bijou fleuri.
Nous progressons vers le Sud en direction de Wamena à travers les collines qui bordent de la vallée et qui offrent une vue panoramique sur l’herbe verte ponctuée de quelques arbres qui accentuent le relief du paysage.
| la vallée de Baliem au nord de Wamena |
On finit par apercevoir Wamena, dont on reconnaît la croix blanche qui domine la ville de quelques dizaines de mètres. Le bleu du ciel s’est émaillé de long nuages blancs qui complètent admirablement le paysage. On s’arrête pour déjeuner au pied d’un arbre au tronc torturé et retrouvons ensuite Nicky et le chauffeur qui nous attendent en contrebas.
La perspective de changer d’hôtel n’enchante personne. On demande à passer par le Baliem Valley Resort pour voir s’il n’y aurait pas des bungalows libres pour quelques jours. C’est un hôtel curieux, perché sur une colline, qui a été fondé par la famille Weinglein. Le propriétaire a rassemblé une impressionnante collection d’art Asmat qu’il expose dans l’immense salle de restaurant ouverte sur une vue panoramique.
On aperçoit au loin une nuée qui traverse la vallée en effaçant une partie du paysage sur lequel elle glisse avant de s’estomper. Le spectacle est superbe. Malheureusement il nous faut repartir car l’hôtel est complet.
Nous arrivons au Grand Sartika, où l’on nous installe dans des chambres muettes en rez-de-chaussée avec une collection de moustiques qui n’ont pas l’intention de m’ignorer la nuit durant.
Nous allons en voiture pour dîner dans un restaurant chinois assez proche. Les rues de ce quartier de Wamena sont peu éclairées et il n’est pas recommandé d’aller la nuit à pied d’autant que les trottoirs sont parfois inexistants. L’entrée du restaurant ressemble à un café à la décoration épurée au fond duquel un couloir débouche de façon inattendue sur un grand espace, une sorte de hangar aux accents de paradis artificiel avec des guirlandes de fleurs en plastique et des bassins, entourés de rambardes de bois peintes en rouge, où nagent des carpes koï. Une évocation contemporaine de la Chine impériale déclinée en jardin d’attraction. Le lieu est très apprécié de la communauté chinoise de Wamena. Nous dînons en compagnie de Brury, du chauffeur et de Nicky qui tâche de faire bonne figure.
7 août 2024, l’ouverture du festival de Baliem
Sans surprise, au creux de la nuit, les moustiques ont été au rendez-vous. Les draps en satin marron ont été le l’unique rempart: il fallait choisir entre servir de bar à sang aux assaillants infatigables ou suer à grosses gouttes sous le tissu synthétique. C’est donc avec les yeux gonflés par un sommeil intermittent que j’arrive au bar de l’hôtel où le buffet de petit déjeuner est servi et déjà bien entamé par tous les clients qui s’apprêtent à se rendre au festival de Baliem. Quelques Européens, des Indonésiens et un bon nombre de Chinois. Robin a fait connaissance avec deux photographes: Anges van der Logt et Ranar Pradipto. Nous assistons dans le lobby de l’hôtel à une fascinante chorégraphie executée par une dizaine d’employés de l’hôtel, à mi-chemin entre le team-building et routine de fitness. Une ronde sur une musique rythmée où l’on chante en boucle des paroles joyeuses en rythme avec les pas de danse enrichis d’une remarquable représentation d’oreilles de chat avec les mains ouvertes pouces contre tempes, un peu comme font les enfants pour accompagner une grimace. Les employés Indonésiens étaient manifestement plus enthousiastes que leurs collègues Papous.
C’est sur cette note légère que nous partons vers Wosilimo et la grande prairie où se déroule chaque année le festival de Baliem. Le long de la route, on peut déjà voir des villageois, qui vont participer à la première journée, s’entasser dans des minibus ou à l’arrière de camions-benne. A l’entrée de Wosilimo, des militaires en fatigue anti-émeute annonçent par leur présence que tout débordement sera traité avec fermeté. Pour autant, l’ambiance est bon enfant avec des groupes d’étudiants qui arrivent en marchant en peloton, en tenue traditionnelle. Les garçons, avec leur koteka, une coiffe de plumes marrons et une lance, précèdent les filles, également coiffées d’une couronne de plumes. Elle sont habillées d’un pagne en herbe et d’un haut en mailles aérées similaires à celles des noken. Certains soignent leur style en portant des lunettes de soleil miroir. Les uns vont pieds nus tandis que d’autres portent des flips-flops.
A la barrière d’entrée, Nicky se procure les tickets en discutant pendant un moment pour obtenir les billets valables trois jours au lieu du billet pour la journée. Nous pénétrons dans l’enceinte périphérique, là où se pressent les vendeurs de souvenirs, de nourriture, sans compter un stand de maquillage pour ceux qui veulent se faire peindre des motifs tribaux sur le visage. Il y a aussi un ou deux marchands de musique en format mp3. A posteriori je regrette de ne pas m’être intéressé davantage à ce sujet car la musique occupait une place prépondérante dans le divertissement des tribus qui dansaient, à l’ombre des arbres au fond de la prairie, au son d’une musique appelée Ragu.
| jeunes filles dani |
Comme pour tout festival sur une prairie régulièrement arrosée par des pluies d’orage quasi quotidien, on doit composer avec la boue et les ornières. Pieds-nus, avec des bottes ou des chaussures terreuses, il faut choisir sont camp. Pour ma part, le camp des sandales est un compromis forcé mais finalement pas si mauvais.
Nous prenons place dans la tribune adjacente à celle des officiels qui est abondamment décorée d’une Chantilly de rubans rouges et blancs; ce sont les couleurs de l’Indonésie. Notre tribune est suffisamment centrale pour permettre de suivre en détail les activités mises en scène par les tribus qui rejouent des épisodes classiques de leur culture, comme des vols de cochons, des enlèvements de jeunes filles entre autres motifs justifiant de se livrer bataille à coups de lances et de flèches comme nous avons pu le découvrir au village de Didimus. Ici le spectacle est de plus grande envergure de par la taille de la prairie et le nombre de figurants qui s’affrontent avant de sceller la paix qui est célébrée par une danse conjointe nourrie de cris d’oiseaux, tel un vortex horizontal dans le sens des aiguilles d’une montre.
| la danse de victoire et parfois aussi de réconciliation? |
Nicky me conseille d’aller faire un tour vers le fond du terrain bordé d’arbres, près de la tour de guet au pied de laquelle des hommes en grande tenue, véritables ambassadeurs de la culture de la vallée de Baliem, se sont déjà rassemblés et qui prennent la pause pour qui veut bien les rémunérer. C’est le coin des chasseurs d’images, prisé par les groupes de touristes asiatiques pour qui certains guides organisent de véritables séances de photos, qu’ils veulent privées, en mettant en scène les guerriers dans la nature en marge la prairie.
Certains Papous ont des dreadlocks, d’autres simplement une coupe de cheveux courts surmontées d’un bonnet sur lequel vient ce poser une coiffe avec, pour les plus élaborées, un oiseau du paradis empaillé dont les plumes de queue s’échappent vers le ciel en augmentant d’autant le prestige de son propriétaire. Selon les tribus ou les villages, les hommes décorent leur peau de motifs allant du noir intégral luisant à l’ocre en passant par le blanc, personnalisant ainsi leur style. La barbe peut aussi être peinte en blanc, en ocre ou même en bleu.
Les hommes se retrouvent visiblement avec plaisir, on discute en fumant des cigarettes dont les volutes accompagnent le temps qui passe. On se salue, on échange les dernières nouvelles. Les femmes participent parfois à la conversation quand elles accompagnent leur compagnon.
L’heure matinale fait que la prairie est encore relativement vide. Le soleil est déjà chaud. Un couple de backpackers Anglais est assis à l’ombre d’un pin. Elle parle un peu Indonésien avec les Papous et a déjà acheté quelques étuis péniens comme cadeau de noël pour les hommes de sa famille.
| échauffement musical |
Les tribus arrivent petit à petit et viennent prendre possession de leur base arrière sous les arbres, là où ils peuvent se reposer, se divertir et patienter en attendant leur entrée sur le terrain pour prendre part à l’action. Des femmes s’installent également sur l’herbe en étalant les objets qu’elles sont venues vendre: colliers, noken, koteka, etc… On retrouve les femmes du village de Didimus.
Les grandes manoeuvres débutent vers onze heure tandis que la foule de visiteurs et d’acteurs continue d’affluer. Derrière les tribunes sont installées des stands où l’on peut acheter des boissons et des en-cas. Il y a également un coin, que je n’avais pas remarqué près de l’entrée, avec des tentes où se déroulent des jeux d’argent.
| mélange des genres |
La tribune des étudiants, jointe à la notre a un certain succès auprès des touristes asiatiques qui viennent faire de multiples selfies avec les jeunes gens aux corps vigoureux mis en valeur par leur atours. Certains d’entre eux ont un téléphone portable et ne manquent jamais de demander la même faveur en retour. Finalement ce troc d’images est une bonne façon d’échanger quelque chose là où la parole s’avère limitée.
Le conseil de Nicky d’aller au fond de la prairie s’avère excellent. C’est là que l’on a l’occasion de vivre de l’intérieur les interactions entre les villageois. Je m’assois dans l’herbe et observe autour de moi pour m’imprégner des sons et des images.
En fin de matinée, les officiels du district font leur entrée en cortège. Le procureur arbore une coiffe brodée, dominée d’un diadème de plumes rouges.
| près de la tour du guet, observant les festivités |
C’est aussi l’heure où les musiciens arrivent avec leurs percussions et des sortes de mandolines dont les cordes, pas très ajustées, émettent un son de banjo désaccordé. La répétition et le rythme constituent les éléments fédérateurs de la danse qui met tout le groupe dans un mouvement circulaire, en sautillant d’un pied sur l’autre, sur un rythme binaire plus ou moins rapide, et en chantant avec entrain. Dans l’après-midi les groupes qui n’ont pas de musiciens utilisent une enceinte portable pour danser sur une sorte de techno joyeuse et minimaliste.
| Didimus prend la pause |
En fin de journée, le soleil doré refait son apparition accompagné de ciel bleu: le risque de pluie semble écarté pour la soirée. Les dernières représentations sont achevées et l’ambiance est décontractée, encore quelques danses, photoshoots plus privés. Les femmes rangent tranquillement leurs marchandises en fumant, tandis que les derniers touristes en profitent pour faire de derniers achats en déambulant vers les arbres du fond. Didimus est sollicité pour une séance photo en compagnie une danseuse indonésienne vêtue de noir du voile au pantalon avec une veste en satin rouge décorée de motifs d’oiseaux colorée. La juxtaposition organisée semble laisser Didimus perplexe et indifférent tandis que la danseuse esquisse un mouvement de danse classique sur une jambe, les bras ouverts vers le ciel et l’autre jambe lancée vers l'arrière.
| musicien entré dans la danse |
| les plumes font la différence |
| l'oiseau du paradis en coiffure |
| oiseau du paradis plus complet |
Les différents groupes de villageois se rassemblent et quittent le terrain au pas de course. Sans grand enthousiasme, nous retournons au Grand Sartika. Cette fois les toilettes sont bouchées. Cela peut arriver. Je contacte la réception qui envoie une équipe séance tenante pour constater le problème. Le remède est surprenant, mais peut-être guidé par l’expérience. Ils démontent entièrement la cuvette et s’attaquent à passer un furet directement dans la canalisation. En une petite demi-heure le problème est réglé!
8 août 2024, deuxième jour du festival de Baliem
Sur le bord de la route qui mène à l’entrée du festival, un camion benne s’est arrêté pour permettre à sa cargaison de débarquer. “Le magnifique camion du présent” en édition limitée couleur violette avec la devise “rien n’est impossible pour vous” a été affrété par les gens d’un village pour venir participer à ce deuxième jour du festival. Les hommes ont le corps peint de motifs en argile claire. La partie des genoux à la taille est entièrement recouverte, de loin on dirait un bermuda moulant. Une petite couronne de plumes rouge, une grande plume bicolore dressée sur le front et un une parure de plumes marron sur le haut du dos constituent quelques uns de leurs attribus communs.
| un Ibele stylé |
Ce deuxième jour de festival se déroule dans la continuité du premier avec de nouvelles tribus. De nouvelles rencontres dont celle de Dessy, de la tribu des Ibele. Un membre de la famille arbore un maillot de rugby “le Français”. Son groupe est installé à l’ombre d’un conifère. Un homme joue d’une guitare assez volumineuse peinte aux couleurs du mouvement indépendantiste papous. Il y a également un tambour peints aux mêmes couleurs dont un homme au style inoubliable s’empare pour accompagner le guitariste. Sa peau est noircie des pieds à la tête, il porte des lunettes de soleil, des brassards de fleurs rouges et un étui pénien qui donne à penser à un sexe en érection de part sa mobilité et sa position horizontale. Il complète sa parure par un collier en perle jaune et noir comme les serpents tricot-rayés auquel est suspendu un sifflet vert et une amulette. Il porte également en bandoulière une petite pochette en mailles noires rayée de jaune et de vert, utile pour porter son téléphone et des cigarettes. Une couronne de plumes noires encadre ses dreadlocks et dans son dos, telle une queue de cheval une parure de plume. On fait quelques photos tous ensemble et je me joins à eux pour jouer de la guitare en me contentant de frotter les cordes en rythme. Tout le monde rigole.
| entrez dans la danse |
Aux alentours plusieurs autres groupes d’hommes accompagnés de quelques femmes s’adonnent à la musique et à la danse avec beaucoup d’énergie et de joie, chacun avec son propre style.
| l'heure de la noix de bétel |
En fin de matinée on fume, on distribue les noix de bétel et la chaux. C’est une façon de poursuivre la fête sous l’ardeur du soleil en oubliant la fatigue et la chaleur.
| porcelet enlevé et tué par vengeance |
| à l'attaque |
| danse vortex |
Les représentations se succèdent dans la prairie. Enlèvement de porcelet, meurtre, revanche, danses, l’action est permanente. C’est néanmoins difficile d’en percevoir tous le relief depuis les tribunes.
L’après midi, je repère des femmes qui ont chacune un porcelet à leur côté. Elle les habituent à l’endroit en prévision de la course du lendemain.
9 août 2024, jour de clôture du festival de Baliem
| mise en place de la haie d'honneur pour le ministre du tourisme |
Pour ce jour de clôture, le ministre indonésien du tourisme a confirmé sa venue, accompagné d’une délégation assez large. C’est en son honneur que se met en place une gigantesque haie d’honneur constituée des guerriers des différentes tribus et de quelques femmes. Les leaders circulent plumes au vent pour organiser cet alignement d’hommes, tous sur leur 31 traditionnel, tous brillants de leur style propre, fiers de leurs parures, de leurs amulettes, de leurs lances, de leur maquillage. Un joyeux vacarme qui fleure une organisation un peu chaotique. La vue des centaines de guerriers côte à côte est une vue glorieuse et sans doute rare. Aujourd’hui, on met de côté ses vieilles rancoeurs pour former ce magnifique comité d’accueil pour le ministre du tourisme venu spécialement de Jakarta.
| tribu des Yali |
L’entrée du ministre est saluée par une vague de cris sauvages, qui s’apparentent à des cris d’oiseaux. Il arrive coiffé d’une couronne de plume et fait un discours de louanges pas trop long devant la tribune des officiels avant d’y prendre place. Pendant ce temps-là les fours à pierres chaudes sont en cours de préparation comme en témoignent les fumerolles blanches qui s’échappent des foyers à l’extrémité opposée des tribunes. S’en suit un épisode quelque peu similaire à celui auquel nous avons assisté dans le village de Didimus mais cette fois en présence des éminences grises du gouvernement à qui l’on confie l’auguste tâche d’exhumer les morceaux de viande à l’aide de longues pinces en bambou. Ainsi poulets et porcelets sont mis à jour des entrailles de la fougères qui les a parfumé. C’est maintenant l’heure d’un déjeuner sur l’herbe tribal, multi-tribal pour être précis. Les touristes se rassasient des images. Johannis est aux premières loges de l’exhumation dans son costume d’oiseau sur mesure.
Après le festin, les activités de la prairies reprennent. En particulier un moment que j’attends avec impatience: la course de porcelets - the pig race. Il s’agit de faire concourir des porcelets qui doivent suivre de leur plein gré leur maîtresse adoptive sur un aller et retour d’une cinquantaine de mètres.
| la course des porcelets |
Il y a huit candidats: des plus jeunes et des plus vieux. Les femmes s’attachent à gagner l’affection de leur cochonnet en le prenant dans les bras et en le serrant contre leur poitrine. Rien de mieux qu’un affectueux câlin bercer par le parfum de sa mère adoptive pour sceller un attachement qui reste malgré tout fugace puisqu’à la moindre distraction le cochonnet se laisse souvent aller à ses envies. Un tour d’entraînement, friandises à l’appui, n’est pas inutile pour stimuler l’appétit et se mettre en bonne disposition pour le moment de vérité: la course proprement dite avec quatre finalistes qui suivent leurs maîtresses avec plus ou moins de vélocité et de précision. Le gagnant est de taille modeste, mais il a été le plus fidèle dans la poursuite de sa maîtresse. L’une des participantes vient du village de Didimus.
Nicky nous a quitté la veille, son fils policier a été blessé et doit être opéré dans un hôpital de Jayapura et en tant que chef de famille, Nicky se doit d’être là.
| tout en couleurs |
| noir et blanc |
| la musique agrémente la fin de journée |
Brury nous a prévenu que nous devrions partir tôt aujourd’hui pour éviter l’ambiance de fin de festival quand les Papous, qui ne supportent pas très bien l’alcool, ont bu. J’en fais l’expérience sous la forme d’un magnifique coup de pied au cul de la part d’un type visiblement pas content que je fasse des photos sous les arbres là où les différentes tribus sont assemblées et chantent et dansent à tue-tête. Le type est mis à l’écart par un groupe d’hommes qui ont bien mesuré son action. De mon côté c’est un signal sans ambiguité qu’il est temps de s’en aller. Pour autant l’ambiance n’est pas agressive, il s’agit juste d’un incident isolé. Ainsi s’achève le festival qui aura été riche en expériences, une plongée dans un monde avec ses propres codes et règles. Un monde du passé qui peine à garder sa place face à l’assaut du monde moderne. Pour autant au festival, les jeunes et les enfants adoptent les codes vestimentaires traditionnels et s’accommodent visiblement parfaitement de la quasi nudité des hommes. Brury m’a dit en souriant la veille que ses voisines indonésiennes dans la tribune discutaient de leurs maris ou petits amis en observant tous les Papous aux testicules à l’air.
10 août 2024, le carnaval de Wamena
En contrepoint au festival de Baliem maintenant terminé, l'esplanade du Kantor Bupita Jayawijaya, le siège du gouvernement local de Wamena est en pleine effervescence ce matin. Des centaines d'écoliers sont regroupés par appartenance d’école ou de tribus. Tous, costumés ou en uniformes, attendent leur tour pour défiler sur l’avenue adjacente devant les officiels qui disposent d’une tribune enrubannée de blanc et rouge aux couleurs de l’Indonésie. La tribune pour les touristes est attenante à celle des officiels.
| avant le défilé |
Ici pas de drapeau West Papua, inspiré du drapeau cubain avec une étoile blanche sur un carré rouge juxtaposé avec un rectangle strié de bleu ciel et blanc. Durant le carnaval le drapeau indonésien est le seul visible. Le but évident est de montrer la réelle diversité culturelle présente en Indonésie dont celle d’Irian Jaya qui est un élément parmi d’autres.
Le défilé commence par les plus jeunes écoliers de maternelle puis le primaire jusqu’au collège et enfin le lycée à travers différents costumes. Des fanfares ponctuent les défilés. Chacun affiche son origine et son appartenance sous ses plus beaux atours.
| autre sorte d'oiseau du paradis |
Les riches couleurs des vêtements travaillés des autres îles tranchent avec la tenue des Papous sans vêtements autres que des parures de plume, des peintures corporelle et l’étui pénien pour les garçons ou un pagne pour les filles. Certains Papous portent des shorts, concession à la tradition sans doute dictée par l’école à laquelle ils appartiennent.
| prêts pour le coup de bambou enflammé |
Ensuite viennent des chars élaborés dont certains représentent l’oiseau du paradis, emblème de la Papouasie. Les locataires des tribunes couvertes ont droit à des boissons et une boite repas. Le défilé génère des impressions en crescendo en poursuivant avec un groupe qui pratique des arts martiaux et fait une démonstration de résistance corporelle. Certains affrontent stoïquement les coups d’une grande tige de bambou enflammée sur le dos. D’autres cassent des barres de pierre avec les mains ou d’un coup de tête, tandis que d’autres se font rouler dessus par une moto. Vient presque à la fin un groupe des Moluques habitué à résister au tranchant des lames qui ne les fait pas saigner, c’est très impressionnant et me rappelle l’histoire que m’avait raconté un gars au musée d’Ujung Pandang à Sulawesi vingt ans plus tôt. Il existe une tribu dont la spécialité est une cérémonie consistant à appuyer la pointe d’un criss, poignard indonésien très pointu contre la pomme d’Adam sans que celui-ci ne pénètre dans la peau. J’avais regretté à l’époque de ne pas avoir eu l’occasion d’en apprendre plus. Et voici les gens des Moluques qui pratiquent une discipline similaire.
Nous dînons de bonne heure dans au roof top Amu Nem que nous avons visité pour dîner en rentrant du festival la veille. Il est tenu par un couple d’Indonésien venu ouvrir à Wamena un restaurant et un café avec une boulangerie. Il nous raconte que l’activité économique à Wamena est en plein essor, en particulier avec l’extraction de ressources minières. Ils servent différents type de café cultivés localement dont un arabica.
11 août 2024, Sentani, dans l'oeil du Cyclope
De loin, la scène aurait pu passer pour un pantomime ou l'envers d'une scène du Ramayana pour un théâtre d'ombres en plein jour. Un homme cagoulé de noir en short et t-shirt sombres et délavés maniait une machette rouillée devant Hugh en l'agitant d'une main de façon menaçante tandis que de l'autre il signifiait vouloir de l'argent en faisant rouler le pouce sur l'index sans prononcer un mot. Robin était assise sur un rocher quelques mètres derrière Hugh surplombant la vallée et le lac Sentani au loin. Devant la menace, Hugh tendit l'argent qu'il avait en sa possession dans l'espoir que l'assaillant s'en contenterait. C'est à ce moment que j'aperçus la scène depuis le bord du torrent à l'eau si rafraîchissante et dans laquelle je venais de me baigner comme Adam sous le soleil tropical de midi. J'étais en train de m'habiller après m’être séché derrière un rocher. Sylvie s'était levée aussi et l'homme descendit prestement vers la rive toujours brandissant sa machette en signifiant qu'il voulait de l'argent tandis que je laçais mes chaussures à la hâte. Elle lui tendit un peu d'argent. Puis l'homme pointa vers son téléphone. S'en était trop, elle se mit à hurler, déterminée à ne pas se séparer de son téléphone, ce qui surpris le voleur. Je l'accompagnais dans les hurlements. L'homme prit le parti de s’enfuir. Il avait juste avant tenté de dérober de l’argent à quatre jeunes pilotes à la cascade du cyclope, un peu plus haut et devant leur réaction brutale avait pris la fuite. Les quatre hommes arrivèrent, munis de pierres, au moment où l'homme s'enfuyait. Plus de peur que de mal, heureusement. Nous étions maintenant un groupe de huit et nous redescendîmes en file indienne, par prudence, sur le sentier de jungle peuplée de quelques grands arbres et de lianes, de fougères et d'un fouillis d'autres plantes au milieu desquelles volaient de grands papillons colorés. Nous ne revîmes pas l'homme cagoulé qui avait gagné son dimanche tandis qu'une grande partie de la population rendait hommage à Dieu dans les nombreuses églises de Sentani. Nous étions sains et saufs, c’était l’essentiel.
| un peu en dessous de la cascade du cyclone |
Le matin même nous avions quitter Wamena, C'était un matin triste, la pluie tombait à cinq heures du matin, faisant luire l'éclairage de la rue sur la chaussée mouillée. Pas une voiture à cette heure. Brury avait oublié de nous dire que notre départ à 5h était décalé d'une demi heure car l'aéroport tout proche n'ouvrait pas avant 5h30. En pratique, l'officier de service arriva vers 6h, ainsi que les autres passagers mieux avisés. Un groupe de Chinois se fit remarquer. Ils ambitionnaient d'être les premiers à enregistrer leurs bagages. Néanmoins le cinéma fut peu efficace car ils durent attendre comme tout le monde en faisant la queue, même si, petite concession, une femme amena sa valise à roulettes à côté du comptoir pour ne pas avoir à la pousser en faisant la queue. La femme en question s'était déjà illustrée la veille à notre hôtel au petit déjeuner en réprimandant gratuitement un serveur venu éponger la tasse de café qu'elle venait de renverser car cela l'empêchait (probablement) d'emballer dans une serviette en papier des beignets pour son déjeuner. Une femme dragon.
Nous étions désormais dans la salle d'attente à observer les nuages flirter avec le haut des collines sur lesquelles quelques arbres se détachaient en silhouette. Un homme prit des centaines de photos des papillons collés aux vitres.
Le seul café n'était pas encore ouvert car l'eau chaude n'était pas encore prête quand notre avion à hélices arriva pour l’embarquement qui s’accomplit en quelques minutes. J'avais oublié mon appareil photo dans la salle d'attente et j'eus la chance qu'une femme s'en aperçoive en embarquant. Le vol pour Sentani fut sans histoire et nous retrouvâmes notre hôtel et décidâmes de partir à pied en direction de la cascade du cyclope.
Pour se remettre de notre épisode machette nous prenons le café à l'hôtel avec des gâteaux achetés à l'épicerie du coin, secs et croquant set allons dîner dans la soirée au Rumah Gunung, un restaurant en face du terrain militaire qui jouxte avec l'hôtel Grand Papua Sentani. C’est un excellent dîner avec des coquillages et du poisson grillé. Le restaurant vend également un très bon chocolat noir fait avec du cacao local. Les tablettes sont fines, propices à être consommées d’une traite, comme nous en faisons l’expérience à notre retour dans le lounge de l’hôtel.
Ainsi s’achève notre découverte de la Papouasie Occidentale et plus particulièrement de la vallée de Baliem et de ses traditions qui survivent en partie grâce au tourisme et à l’attachement que les tribus locales y portent en dépit de la forte pression du monde moderne pour les reléguer à l’état de curiosités culturelles. Je n’oublierai pas ces moments d’intimité joyeuse où les gens dansaient sous les arbres au bout de la prairie du festival.
Commentaires
Enregistrer un commentaire