15 mars 2020, printemps contre peur du virus: 1-0

un virus invisible rôde
"le voyage fut d'abord collectif: migrations, guerres, pèlerinages, exodes, transferts, etc..." écrivait Paul Morand en 1927, avant de poursuivre "Le voici qui revient à ses origines, le déplacement par masses" pour faire référence aux vacanciers. Les choses se sont accélérées depuis avec les déplacements professionnels, les week-ends facilités par la rapidité et la baisse relative des prix de l'avion et du train. Les gens ne voyagent jamais seuls, ils emportent toujours leurs idées, leurs croyances et leurs maladies avec eux.
Jeudi 12 mars 2020, Emmanuel Macron prononce dans son allocution présidentielle qu'en raison de la forte progression du dernier virus planétaire, le Covid 19, tous les établissements scolaires seront fermés jusqu'à nouvel ordre à partir du lundi suivant. C'est le premier train de mesures pour ralentir la progression du virus qui s'est bien ancré en France et ainsi de préserver la capacité des hôpitaux à pouvoir traiter tous les malades. Au-delà de 50 ans, la mortalité du virus augmente exponentiellement. Il faut donc aller vers "l'isolement social". Les réunions de plus de 100 personnes sont interdites. Les entreprises encouragent le télétravail autant que faire se peut pour éviter de prendre les transports en commun. En fait, on est déjà habitué au télétravail et à faire sans les transports en commun suite aux six semaines de grève pour protester contre la réforme des pensions de retraite en décembre dernier. Mais cette fois mes collègues, qui ont des enfants et vont devoir les garder à la maison, font la grimace car le télétravail avec des enfants en bas âge dans les parages c'est mission impossible.
Depuis quelques semaines, suite au premier cas de Covid 19 découvert en France, on ne se salue plus que de loin au bureau, fini les embrassades et les poignées de main. Il est recommandé de garder une zone sanitaire de sécurité d'au moins un mètre autour de soi. Evidemment c'est compliqué dans les salles de réunion et au restaurant d'entreprise.
Samedi 14 mars, dans la soirée, le premier ministre annonce la fermeture à partir de minuit de tous les restaurants, bars et commerces non liés à l'alimentation. Deuxième coup de semonce. Nous voilà avec 4500 malades dont 91 morts. Les dernières 24 heures, 839 nouveaux cas et 12 décès ont été enregistrés. Tout semble s'accélérer.
Ce matin, dimanche 15 mars, un radieux soleil illumine la ville, il fait doux, le printemps frappe à la porte en avance. Les marronniers affichent leur premieres feuilles de ce vert chlorophylle intense qu'ont les jeunes pousses. On repère au sol les fientes molles des oiseaux qui marquent l'époque des bourgeons pleins de sève. Il vaut mieux éviter de passer sous les nids sous peine de se faire repeindre le couvre-chef. C'est le matin du premier tour des élections municipales qui ont été maintenues avec le conseil de se munir de son propre crayon pour émarger dans le registre des votants. Apparemment les experts ont estimé qu'il n'était pas dangereux d'aller voter.
La Seine est toujours en crue, les quais sont submergés par endroit. Ce matin les joggeurs couraient le long des  cabanes fermées des bouquinistes. En passant rue de la Gaieté, je constate que tous les cafés sont fermés. Seuls quelques personnes, dans certains d'entre-eux sont attablés à l'intérieur à une table alors que dans le reste de la salle les chaises sont empilées sur les tables. Ce sont sans doute les employés qui découvrent en arrivant sur leur lieu de travail l'ordre de fermeture prononcé la veille au soir.
ambiance de déjeuner sur l'herbe
Les fleurs et le soleil énergisent l'atmosphère, il fait bon sortir prendre l'air. A tel point que cet après-midi, les trottoirs de la ville sont pleins de promeneurs qui n'ont ni cafés ni bars ni restaurant pour s'attabler, il ne reste donc plus qu'à se promener. Des promeneurs en t-shirt, pas mal pour un 15 mars. Sans doute que le proverbe d'avril "en avril ne te découvre pas d'un fil, en mai fais ce qu'il te plaît" s'applique à fortiori déjà en mars. Il y aura sans doute des rhumes demain. Néanmoins l'euphorie printanière est affichée sans modération. C'est sans doute une façon d'oublier pour un instant la menace du virus qui ne manquera pas de faire de plus en plus parler de lui dans les jours à venir. Carpe Diem. Le bois de Vincennes ressemblent à un champ de foire, les chemins sont surchargés de promeneurs, poussettes, vélos à roulettes et vélos normaux, de patins à roulettes. Les pelouses sont prises d'assaut pour des picnics. Le grand air est le meilleur rempart contre le virus, pense t-on.
le 15 mars, journée d'élection, de printemps et de COVID 19

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