Névasica
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| Névasica et moi au premier rang |
J'en fis une fois l'expérience cuisante. Par un gris après-midi de novembre 1989, nous étions sortis du lycée, le Bahut, pour faire une promenade sur les coteaux boisés de La Flèche. Nous étions quatre ou cinq. Nous galopions sur une allée quand un des chevaux fit un écart, désarçonna sa cavalière et détala dans la perspective de rentrer au plus vite à l'écurie. Névasica se mit à allonger la foulée, ces fers faisant des étincelles sur le goudron. La machine était lancée, inarrêtable, fonçant sans égard pour les branches basses. Je me demandais bien comment la freiner, les rennes n'étaient d'aucun secours. Soudain mon visage fut fouetté de plein par une ronce qui mis mon visage en feu. Je ne sais plus à quel moment, ni pourquoi mais je me retrouvais bientôt à terre contraint à regarder Névasica s'éloigner à foulées géantes. Avec ceux qui étaient aussi tombés, je rentrais penaud et à pieds à l'écurie. Je ne m'étais pas vraiment aperçu que mon visage saignait jusqu'au moment où j'épongeais la sueur de mon front sur le revers de ma manche de chemise qui rougit. Les ronces m'avaient bien lacéré du cou au front. Nous parvînmes à l'écurie, soulagés d'apprendre que les chevaux avaient bien retrouvé le chemin de l'écurie.
Il ne restait plus qu'à faire un tour à l'infirmerie pour une scéance de nettoyage et désinfection de mes égratignures. Le week-end suivant le bal de l'école avait lieu à Paris. Cela tombait un 11 novembre. Il était réservé aux élèves de classes prépa. Cependant les membres de la fanfare du lycée, surnommée la Ouaâ, dont je faisais partie en qualité de saxophoniste débutant avaient eu la permission d'y assister s'ils pouvaient se loger sur Paris. En effet la fanfare avait été conviées à jouer sous l'Arc de Triomphe en milieu d'après-midi en l'honneur du soldat inconnu. Le jour venu, un vent glacial s'engouffrait sous l'Arc, qui transissait nos doigts et augmentait d'autant la probabilité de faire des fausses notes. Par bonheur, les plus proches passants étaient suffisamment éloignés pour que nos fausses notes ne puissent être remarquées pas leurs oreilles distantes. J'espère simplement que le soldat inconnu aura eu suffisamment de compassion pour ne pas nous en tenir rigueur. J'étais un peu préoccupé par mes égratignures pour le bal. Quelqu'un me rassura en disant que ça faisait viril! La soirée ce passa sans encombres, je me souviens simplement à la suite de plusieurs rock endiablés de la sueur qui coulait sur les cicatrices et produisait une sensation de brûlure.
De retour à La Flèche, la vie repris son cours routinier au bahut. Quelques semaines plus tard, l'adjudant de S. me demanda de monter Névasica pour un entraînement d'obstacles. Je n'avais pas oublié le dernier épisode. Je m'étais donc, durant le pansage, préparer psychologiquement à ne pas la laisser s'emballer au galop. C'était encore un après-midi gris mais doux et humide cette fois. Un parcours d'obstacle était monté dans la carrière. La détente se passa bien. Je sentais néanmoins que la jument, comme à son habitude ne demander qu'à s'élancer et mettre en route la machine à vapeur qui lui échaufferait l'esprit. Il fallait donc la retenir mais sans créer de tension dans les rennes. Un jeu constant de "reprise et lâcher" de contact en bouche était nécessaire, à la fois pour éviter trop de vitesse et s'assurer que le centre de gravité de la jument soit davantage sur l'arrière train afin de faciliter le saut des obstacles. Concentré, je réussis à passer tous les obstacles du parcours sans faire tomber de barre. L'adjudant me félicita en me disant qu'en dépit de mon style pas très académique (coudes trop écartés et fesses trop en arrière) j'avais réussi à atteindre mon but en amenant la jument à faire un sans faute. Je le remerciais, pas encore tout à fait conscient de la profondeur de ses paroles qui m'accompagne chaque minute depuis. Il n'y a pas qu'un chemin pour arriver à Rome. J'avais aussi pris conscience de l'à-propos de la devise du lycée: "en avant, calme et droit".

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