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| comme dans un livre, on bouquine |
Gambader, joyeusement et sans précipitation, gambader à deux, côte à côte sur un tapis de verdure, sous les rayons du soleil matinal qui réchauffe les corps et les âmes. Il s'agit de l'ivresse amoureuse d'un couple de lièvres qui se déroule sous nos yeux. C'est la saison du "bouquinage" selon le terme consacré pour la saison de reproduction des lièvres. Le mâle s'appelle le bouquin et la femelle la hase. Les deux amants courent dans notre direction visiblement oublieux de notre présence qui d'ordinaire les auraient conduit à s'éloigner à toute allure après nous avoir repérés. Ce matin, il semble que le Cupidon des lièvres s'en donne à coeur joie avec ses flèches. Au point qu'arrivés sur la route pour la traverser, le couple s'arrête, se regarde pour se consulter sur la suite. Puis à l'initiative de l'un d'eux, ils se remettent à courir sur la route dans notre direction. Nous nous figeons incrédules de voir ce couple de lièvre galoper droit vers nous. Jusqu'où ira leur myopie? Le temps semble suspendu. La lenteur de leur galop y est peut-être pour quelque chose.
C'est la première fois que nous voyons des lièvres de si près. Ils ont l'oeil couleur d'or, proéminent. Ils font penser à des kangourous quand ils s'assoient sur leur pattes de derrière. Il ne leur manque que la puissante queue sur laquelle le kangourou s'appuie pour se redresser et se tenir presque vertical. Les lièvres gardent leur oreilles, dont la pointe est marquée de noir sur la face arrière, toujours à la verticale quand ils se déplacent. Le museau est busqué et le chanfrein plat. Ils ont une allure beaucoup plus sauvage que celle des lapins.
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| prenant la poudre d'escampette |
Leur prudence semble refaire surface à une quinzaine de mètres de nous. Ils s'arrêtent de nouveau, et celui qui occupe le milieu de la route, consulte l'autre du regard et marche lentement vers lui. Le philtre d'insouciance hormonale semble être perméable à notre présence. On réalise que l'on est pas du même monde et que notre face à face est quelque peu incongru. Ça y est, le premier lièvre se remet à courir à grandes foulées en entraînant l'autre à sa suite vers le milieu du champ d'où ils étaient venus afin de poursuivre leur batifolage. Nous reprenons notre marche encore sous le coup de cette rencontre à la proximité inattendue.
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| coquelicot passion |
Les coquelicots distillent leur rouge vibrant sur le bord de la route contrastant remarquablement avec le vert des blés et des colzas défleuris. Et puis à contre-jour, ils offrent un dégradé de rouges plus complexe du fait de la transparence relative des pétales qui se superposent par endroit. Ils ont l'allure de petites appliques lumineuses en papier de riz coloré avec intensité. Près du cimetière, au sommet d'un monceau de terre colonisé par la végétation, un pavot blanc affiche ses fleurs surdimensionnées par rapport aux coquelicots voisins. Les abeilles, devenues si rares dans notre région d'agriculture intensive, s'en délectent. Ça fait plaisir de les voir, preuve que Dame Nature fait toujours de la résistance. Pourvu que ça dure!
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| pavot et abeilles |
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