matins frais

grand ciel
Ça y est, le confinement est suspendu après presque deux mois. Deux mois pour répéter une routine quotidienne sans sortir de chez soi, sauf pour marcher et prendre l'air une heure par jour, pour faire des courses ou se faire soigner. En bref, une vie au format miniature.
Nous sommes le lundi 11 mai, à vrai dire, un jour de liberté retrouvée par un temps superbement maussade. Voilà de quoi éprouver l'enthousiasme de tout ceux qui n'en pouvaient plus d'être enfermés chez eux en leur signifiant que ce jour là on est pas si mal sous son toit.
On a eu de la chance avec la promenade de 7 heures du matin. Une bande de ciel assez claire à l'ouest se profilait dans le ciel rempli, par ailleurs, de nuages bas et chargés de pluie. Il ne pleuvait que quelques gouttes et le coin de ciel bleu minuscule progressait dans notre direction. Comme on dit chez nous: la pluie du matin n'arrête pas le pèlerin.
Le 11 mai est aussi le premier jour des trois Saints de glace - Saint Mamert, Pancrace et Servais -  qu'on avait l'habitude de fêter avant qu'ils soient sortis du calendrier. Sortis du calendrier, peut-être mais pas de la mémoire des jardiniers parce que ces jours là le froid peut revenir subitement. Le gel peut ratatiner les plantes fraîchement plantées dans les jardins comme le résume le dicton qui suit:
  • le 11 mai, "Attention, le premier saint de glace, souvent tu en gardes la trace",
  • le 12 mai, "Saint Pancrace souvent apporte la glace",
  • le 13 mai, "Avant saint Servais point d'été, après saint Servais plus de gelée"
Heureusement cette fois-ci il n'a pas gelé, mais les matins ont été bien frais les 12 et 13 avec un vent nord-est glacial qui n'était pas sans rappeler les matins de mars quand le confinement a commencé. Quoiqu'il en soit, la promenade quotidienne de 7 heures du matin a été une solide alliée pour rendre très supportable le confinement, au point qu'elle va se poursuivre, sans attestation, le temps que je télé-travaillerai ici à la campagne.
champ et ciel
Chaque matin, le fait de traverser les champs à la fraîche en suivant la route, en contemplant l'horizon matérialisé par le végétal au sol et l'éther parfois ennuagé tout au dessus, me replonge sans coup férir dans les souvenirs de la marche à travers l'Europe en 2018, avec l'émotion de parcourir l'espace en goûtant la liberté sur ses propres jambes. On suivait certes un chemin, parce que l'on en avait décidé ainsi, à son rythme, au rythme de la météo, en traversant des paysages parfois monotones et parfois captivants au gré des lumières et des ombres.
paire de coquelicots
On dit que pour bien photographier un sujet il ne faut pas hésiter à le visiter souvent pour en saisir les meilleurs traits. C'est un peu l'impression que me donne la promenade de 7 heures.
Les matins se suivent et ne se ressemblent pas, la brume, les nuages, la rosée, le soleil levant, la végétation en croissance, le cycle de la vie se manifeste. On est saisit par l'esthétique d'un détail, une fleur, un éclairage, une poursuite d'animaux, le chant des oiseaux, la silhouette d'un arbre.
géométrie champêtre
Le décor change imperceptiblement, jour après jour. La répétition ouvre notre perception à l'imperceptible. On prend la mesure de la géométrie du paysage qui est soulignée à merveille par l'usage du noir et blanc qui met en évidence l'essentiel de la forme. Ici les champs et la route introduisent des lignes droites qui perturbent l'intuition bourgeonnante de la nature, belle illustration de la productivité face à la créativité. L'esthétique peut surgir des deux et de leur juxtaposition, un peu comme la tasse de café décorée ce jour là par une grappe de fleurs odorantes de seringa qui prolongea la promenade admirablement!

Bonne balade à tous!
café et seringa

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