liberté conditionnelle au festival des jardins
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| à table! - le jardin du goût |
Voilà les questions qui me viennent aussitôt à l'esprit en voyant mon reflet dans une vitre sur le parking du château de Chaumont sur Loire. J'ai la tenue idéale pour un cambriolage même si une cagoule noire ferait peut-être plus professionnel. Mon masque a un côté anonymisant qui pourrait faire merveille dans les champs en tant qu'épouvantail à oiseau (avec un chapeau et un balai bien sûr). Un autre bénéfice insoupçonné du masque est qu'il filtre relativement bien les pollens qui, en cette période, ne laissent aucun répit à mon nez et à mes yeux. Voilà qui contribue à mieux faire accepter cet accessoire de la vie d'après (le confinement NDLR) au format liberté conditionnelle. En effet le masque s'est fait une nouvelle place de choix dans notre vie pour protéger les autres et se protéger soi selon les sources officielles qui ont récemment adoubé le masque comme étant d'utilité publique, peut importe la couleur de sa fibre. Révélation importante à l'heure où la planète a oublié la peur du virus au profit de la colère après l'assassinat d'un Noir-Américain mort asphyxié sous le genou d'un policier Blanc pour avoir payer avec un billet de vingt dollars que l'on soupçonnait faux. L'indignation à conduit à des manifestations sur tout les coins de la terre parfois loin des consignes de distanciation sociale.
Des lunettes de soleil noires, pour fendre l'éclat du jour, complètent mon attirail de déconfinement en lieu public qui se compose en sus d'un masque de coton blanc et d'un chapeau pour affronter l'ardeur estivale du soleil. Il s'agit d'un chapeau mexicain "lo original", avec son logo écureuil marron, fabriqué au Mexique à Oaxaca, cette ville d'altitude qui est célébrée pour sa gastronomie et ses champignons hallucinogènes cultivés dans les montagnes semi-arides des alentours. Je me souviens de cette ville riche en bâtiments coloniaux notamment le monastère Santo Domingo qui est aujourd'hui un des musées incontournables de la ville. Dans un café au petit matin, j'avais commandé, sous les yeux étonnés de la serveuse qui se demandait si je ne m'étais pas trompé, une omelette aux chapulines, des petits criquets séchés, servie enveloppée dans une grande feuille de verdure indigène sur une sauce au chocolat appelée mole. J'avoue que j'avais choisi ce plat classé "recommandation de cuisine locale" sans savoir vraiment de quoi il s'agissait, une sorte de défi matinal plus ou moins conscient au sortir d'un bus de nuit. Le résultat était relativement inoffensif, en particulier si l'on ne regardait pas en détail les bouchées avant de les avaler. Un français était assis à la table voisine. Il avait souri à la scène des chapulines. Il habitait la région depuis plusieurs années, dans l'un des petits villages indigènes et s'était spécialisé dans la culture des champignons. Il venait une fois par semaine à Oaxaca pour ses affaires et aussi pour prendre l'air en ville!
Nous sommes à présent dans les jardins du château de Chaumont qui surplombent la Loire et la rue principale du village en contrebas. Comme chaque année, le festival des jardins occupe une partie du domaine du château avec une vingtaine de petits jardins thématiques. Cette édition est consacrée aux "jardins de la terre, retour à la terre mère". En parallèle, une série d'installations contemporaines ponctuent le parc du château ainsi que ses dépendances avec, entre autres, des sculptures d'oiseaux en bois de Wang Keping, des tableaux faits de cristaux par Léa Barbazanges et une installation géante d'El Anatsui faite de morceaux d'aluminium récupérés sur des bouteilles d'alcool pour former une toile paysage, d'une cinquantaine de mètres de long, inspirée des étoffes du Ghana appelées kente. Et puis il y a les prés du Goualoup avec une série de jardins permanents forts charmants.
Parmi les jardins dont je me souviendrai, il y a le jardin du goût qui met en scène une grande variété de plantes comestibles dont certaines sont présentées au centre d'assiettes disposées comme pour un banquet autour d'une grande table circulaire. Des vignes sont plantées sur de petites terrasses délimitées par un empilement de bouteilles de vin vides. Il y a aussi le jardin "souvenirs" dont une moitié utilise des déchets plastiques ou métalliques colorés pour couvrir la surface du sol et rappeler les déchets humains qui s'accumulent dans la nature. Le résultat est surprenant, presque trop esthétique pour défendre le message de prise de conscience de l'impact de l'humanité sur le climat qui est l'autre crise en tâche de fond que de nombreuses voix relient à la crise sanitaire que nous traversons en disant l'expansion de notre activité va nous mettre en contact avec de nouveaux virus potentiellement plus redoutables que le Covid19. Peut-être que le Français cultivateur de champignons hallucinogènes aurait une solution à tous nos maux?
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| le plastique c'est fantastique - le jardin "souvenirs" |




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