bas les masques: Paris recommence à vivre

circulation douce, quai de la Mégisserie

Les rayons du soleil de ce début de soirée de juillet dorent les quais de la Seine et font resplendir le pont au change orné de "N" napoléoniens cerclés. A l'ombre des platanes centenaires, il fait bon s'asseoir, un verre à la main en regardant défiler la vie parisienne et profiter de la brise qui rafraîchit et fait circuler l'énergie vitale qui anime le fleuve et ses abords. Désormais l'asphalte des quais n'est plus foulé que par des piétons, des cyclistes, des trottineurs et autres moyens de transport sans moteur à combustion. C'est aussi un concentré de mode urbaine et estivale. Le mot d'ordre est de profiter de l'été enfin arrivé, loin des mémoires enfermées du confinement. La Seine est le rendez-vous incontournable des picnics avec vues. On vient y profiter des longues soirées. Une foule bigarrée de tous les âges (ou presque) et de toutes les couleurs vient s'y promener, s'y montrer, discuter. Les péniches circulent toujours et l'on voit apparaître des plus petits bateaux qui offrent des apéritifs flottants à quelques privilégiés.

ronde de pizzas au pont de la Tournelle

Le coronavirus aura eu le bon goût de s'effacer pour un moment afin de rendre la vie plus supportable. Même si la menace plane toujours, l'idée s'est imposée dans les consciences que l'on ne craint rien à l'air libre. Alors on profite des espaces extérieurs pour faire tomber les masques, les ranger dans ses poches, pour boire un coup ou manger un morceau pour se retrouver entre amis avec des scènes rigolotes comme cette ronde de mangeurs de pizza qui vue du ciel donne presque l'impression d'une réunion de travail décontractée du fait des boites de pizza posée devant chacun comme le sont les bouteilles d'eau dans les conférences. Juste au dessus, au niveau du pont de la Tournelle qui relie l'Ile Saint-Louis, la Rôtisserie d'Argent a installé sur le trottoir en créant un espace avec des plantes et des caisses vides de grands crus pour donner le ton. C'est l'endroit on l'on peut déguster un excellent canard rôti.

terrasse improvisée de la Rôtisserie d'Argent célèbre pour son canard rôti

Dans les magasins c'est une autre histoire on continue dans l'ensemble à porter le masque. C'est même obligatoires dans les grands magasins comme ça l'est dans les transports en commun. On observe une nouvelle race de porteurs de masque: élastiques aux oreilles et masque sous le menton. 
Cette année, Paris est sans touristes, on se croirait par moment en plein mois d'août. Pour accompagner la réouverture des bars et des restaurants, les terrasses ont été agrandies sur la chaussée et certaines rues sont fermées à la circulation, ce qui n'est certes pas désagréable. Les automobilistes doivent s'en accommoder et ronger leur frein en attendant. 
Au milieu de l'euphorie estivale retrouvée, le second tour des élections municipales a eu lieu fin juin, livrant les plus grandes villes françaises aux mains des écologistes directement ou indirectement. A Paris, la mairesse socialiste, Anne Hidalgo, a été réélue, ce qui fut fêté tard dans la soirée près de l'hôtel de ville par une danse à deux sur les pavés des quais de Seine dans une atmosphère de bal populaire. La mairesse avait eu la probité de mettre de petites chaussures claires à faibles talons pour affronter les pavés en tournoyant. Un reportage à la télévision montrait les effusions sans masques, les embrassades des partisans victorieux. Tout était pour le mieux. Pour ainsi dire, ce n'était pas les seuls à avoir eu l'idée d'écouter de la musique et de faire la fête en plein air. La veille, deux mille jeunes s'étaient donnés rendez-vous sur le Champ de Mars pour une fête impromptue ou chacun avait apporté ses boissons et ses enceintes portables pour le son. L'histoire c'est apparemment terminée avec la police venue disperser ce rassemblement d'envergure sans autorisation préalable. Le reportage télé se terminait par une scène en lumière bleue avec un énergumène à plat-ventre dans le caniveau entouré de trois policiers dont un qui lui suggérait de se tenir tranquille avec sa matraque. Des jeunes avaient été interrogés plus tôt dans la soirée. Ils affichaient leur détermination à ne pas laisser le virus les empêcher de vivre. Au diable les masques et la distanciation sociale. Cela me rappela une scène impromptue de mes promenades matinales de début mars de cette année, dix jours avant l'annonce du confinement. Cela se passait rue Daguerre, autour de 7h30, par un matin gris mais sans pluie.

"Bonjour, on est dans la rue Liancourt?", me demande en sortant d'une supérette un jeune homme élancé au teint pâle et vêtu d’un manteau en laine gris avec un mini-concombre à la main.

"Non, ici c’est la rue Daguerre.", lui réponds-je.

"Où se trouve la rue Liancourt, s’il vous plaît?"

"Elle est parallèle à la rue Daguerre, prenez la première à gauche puis ensuite à gauche ou à droite suivant où vous voulez aller."

Il marche à côté de moi, et me demande ce que je pense du coronavirus en tenant son mini-concombre comme un micro. Je n’avais pas remarqué le concombre au premier abord.

"Je pense que le virus existe", réponds-je. " Et vous qu’en pensez-vous?"

"Oh moi j’ai 25 ans, je fais la fête et je baise des gonzesses."

"Très beau programme effectivement. C’est ici qu’il faut tourner pour la rue Liancourt.", lui dis-je pour ramener sa douce vie à la réalité.

Il bifurque et me remercie en ajoutant "que Dieu vous garde".

Ma transition de la campagne à la ville, pour le retour à la capitale, a été une histoire de démasquage: la buée sur les lunettes dans le TVG assis à côté d'un voisin du hasard. Le siège 24 qui figurait sur mon billet n'existait pas. Peut-être aurait-il dû s'agir d'une autre rame train. 24 n'est pourtant pas un nombre porte-malheur. Je garde mon masque dans la gare et jusqu'à la maison. Peu de gens en porte à l'extérieur. Je décide de garder le mien en tissus blanc aussi visible que le pare-choc chromé bien astiqué d'une voiture des années 50. Je fends l'air, insouciant du virus, avec cette barrière pour protéger les autres en les mettant à l'abri de mes éventuels éternuements ou postillons. Finalement l'ajustement au sans-masque n'est pas très difficile. A la campagne je n'en portais pas non plus. 

Marie Stuart veille sur le Luxembourg

Je retrouve mes habitudes matinales dès sept heures du matin. Les rues sont libres. C'est plutôt les livreurs, et les camions-poubelles que l'on croise à cette heure-là ou ceux qui nettoient les rues ou encore les premiers clients des cafés. Le jour se lève tôt, le jardin du Luxembourg ouvre à 7h30, enfin presque car le temps d'en faire le tour le portier a bien besoin d'un quart d'heure. Mais au moins si l'on est pas trop pressé de commencer à travailler tôt, il est possible d'y faire un tour, de rendre visite aux reines de France dont j'ai fini par mémoriser une partie des noms: Valentine de Milan, Marguerite d'Angoulème très coquette, Marie de Médicis, Laure de Noves qui pose tristement, Marguerite d'Anjou et son fils que j'appelle chouchou ou cachou pour rimer avec Anjou, Louise de Savoie à la mine sévére, Anne Marie Louise d'Orléans alias la duchesse de Montpensier, Clémence Isaure qui n'a pas de particule mais ne manque pas de charme 
malgré une ostensible tristesse,  Jeanne d'Albret, Marie Stuart avec sa cape a collerette et sa couronne qui en imposent, Sainte Geneviève la patronne de Paris, Mathilde, Berthe, Bathilde etc... Désormais les palmiers, les grenadiers et les lauriers-roses ont été sortis des serres du jardin. Les joggeurs sont les premiers visiteurs inconditionnels du jardin. On ne les croise qu'en sa périphérie parce que ce qui compte pour eux c'est la distance parcourue dans la verdure, donc mieux vaut longer la clôture.


palmiers au jardin du Luxembourg

C'est aujourd'hui la fête nationale. Cette année, seuls les avions de la patrouille de France défileront pour le 14 juillet avec des fumigènes colorés sous les yeux du président de la République et peut-être de son nouveau premier ministre, Jean Castex dont le président se sera assuré qu'il n'était pas chinois. Il n'aurait pas voulu d'un vrai Castex chinois!


Commentaires

  1. Merci pour cette ballade parisienne rafraîchissante 👍😀et vive la France sans Castex chinois 🍾🇫🇷

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