sur les traces d'Igricheff au Yémen

Shihab, Mudir, le propriétaire des ânes, Mohamed et Raïs (de g. à dr.)
Shihab, Mudir, le propriétaire des ânes, Mohamed et Raïs (de g. à dr.)
"Menant de nouveau la petite troupe, il sortit de Manakha. C'est à ce point que commence la partie vraiment auguste de ce chemin des titans qui mène des plateaux volcaniques de Sana'a aux rives brûlées de la mer Rouge... Tout s'oublie dès que le voyageur a dépassé la ville des djébels [Manakha]. Car il découvre alors une grandeur tellement surhumaine qu'elle ferait invinciblement lever dans son âme le sens de la terre et de l'éternité." 
Joseph Kessel écrivit ces lignes dans son roman Fortune Carrée qui relate le trajet d'Igricheff, héros mi-Russe mi-Kirghize, allant de Sana'a, la capitale du Yémen, à la mer Rouge avant de poursuivre dans la Corne d'Afrique. Ce sont ces lignes qui m'ont inspiré le voyage que nous avons entrepris à pied en 2008, cinq humains et deux ânes, entre Manakha, capitale des montagnes du Harraz et Bajil dans la plaine de la Tihama qui s'étend jusqu'à la mer Rouge.
Ce trajet avait mûri, tel un rêve inassouvi, dans mon inconscient, depuis mon départ du Yémen en 2006. Heureusement, mes contacts avec le Yémen étaient toujours vivants et mes amis Mabkhood et Shihab, deux de mes acolytes de marche en montagne, avaient pu se libérer pour faire ce parcours et en faciliter l'organisation et l'exécution avec leur inébranlable enthousiasme et leur insatiable passion à fouler le sol de leur propre pays afin d'en goûter aussi souvent que possible la beauté sauvage.

Les préparatifs

Je viens d'atterrir à Sana’a. Je rejoins Sylvie dans sa maison traditionnelle décorée de motifs peints à la chaux et dont les deux façades, avant et arrière, donnaient sur des jardins communaux. Après un an et demi, la vieille ville n’a pas pris une ride, à ceci près que les voitures y sont désormais autorisées à circuler. A onze heures du matin, le souk regorge de monde, les femmes sont de sortie, enveloppées de grandes toiles de coton colorées et peintes à la main ou plus sobrement effacées dans une abaya et un hijab noirs complétés d'un voile synthétique noir derrière lequel nombre d'entre elles dissimulent leurs yeux. Les enfants animent les rues étroites de leurs jeux. On discute à plein volume des dernières nouvelles. Un chameau prend le soleil devant la maison dont le sombre rez de sous-sol est occupé par un moulin à grain fait d’une grande pierre circulaire aux bords relevés et percée d’un axe qui entraîne une autre pierre plus petite et dont le poids réduits les grains en farine. En dehors de ces scéances de repos au soleil, notre chameau est la force motrice du moulin.

Je vais acheter des kudams, des petits pains ronds et plats, pour le déjeuner avant notre départ pour Manakha. Mabkhood et Shihab nous accompagnent, Sylvie et moi. A treize heures trente, un taxi nous dépose avec tous nos bagages à la gare routière. Nous trouvons un taxi longue distance, une 404 Peugeot toujours en service. C’est le modèle classique pour ce genre de trajet. Nous nous mettons d’accord avec le conducteur pour voyager à neuf passagers au lieu de douze habituellement. Un homme est affalé sur la banquette avant, la joue copieusement gonflée de feuilles de qat mâchonnées. Il profite de l’ombre des cartons pare-soleil judicieusement disposés sur le pare-brise. Au bout d'un moment les neuf passagers ont pris place sur les trois rangées de siège. Nous pouvons partir. Le trajet se déroule sans histoire. Nous apprécions que le chauffeur se soit contenté d’une vitesse raisonnable. Celui-ci accepte même de nous déposer au centre de Manakha, qui est située sur la crête d'un col à quelques kilomètres de la route principale Sana’a - Al Hodeidah. 

Il est trop tard pour commencer notre randonnée cet après-midi. Nous allons passer la nuit dans un petit hôtel familial du pittoresque village d'Al Hajjarah. Notre chambre surplombe les terrasses cultivées qui habillent le flanc de la montagne du fond de la vallée jusqu’aux pieds de la ville. Le soleil pénètre largement dans la pièce. Une couverture étendue à même le sol sert de point de rencontre pour boire le thé que l'on accompagne de divers morceaux de pain et de la galette apportée par Shihab. Vers dix-sept heures, le soleil est moins fort. Nous sortons faire une promenade en ville avec Mohamed Saif qui sera notre guide jusqu’à Bajil et mènera l’âne qui portera nos bagages. Les façades sont embrasées par les rayons dorés du soleil déclinant. 

Seule la route principale de Manakha est goudronnée. La plupart des maisons sont accessibles par des rues adjacentes en terre battue ou par de petits sentiers. Les détritus s’amoncellent dans l’indifférence générale; des effluves d’eau usées et d’excréments prennent le nez par endroits. Les enfants sont les rois de la rue. Les fillettes rivalisent de couleurs vives dans leurs robes de princesse synthétiques.

Le grand terre-plein à l’entrée de la ville accueille le marché le matin et se transforme en terrain de football le soir. Le vieux souk est peu à peu désaffecté, à en juger par les rangées d’échoppes fermées par des portes métalliques décorées de motifs de ferronnerie, au profit de commerces le long de la route goudronnée. Seuls les artisans les plus pauvres restent au vieux souk.

Manakha était par le passé une étape importante pour les caravanes qui reliaient Sana’a à Hodeidah, comme Igricheff a pu le constater lors de son passage à marche forcée, en chevauchant Chaïtane, l'étalon noir de l'Imam. Aujourd’hui ce n’est plus qu’un centre administratif local, où les paysans des environs viennent acheter et vendre leur production, à l’écart de la grande route.

Le soir, à l’hôtel, le dîner est servi dans un grand mafrage au sous-sol. Un groupe de musiciens, tous apparemment issus de la famille qui tient l'hôtel, commence à jouer. Le chanteur joue du oud et trois percussionnistes l’accompagnent. Ce sont des chansons de mariage. Les spectateurs sont peu nombreux: un couple Russe; deux Français, dont un homme qui semble avoir participé à une sérieuse scéance de qat l’après-midi et qui pour l'occasion s'est vêtu comme son guide Yéménite; et puis nous quatre. L’amplification du son est redoutable avec un écho qui rend la voix omniprésente. Dommage que l’on ne puisse entendre la version acoustique. La soirée est animée par des danses de mariage et se termine par un jeu d’adresse qui consiste à attrapper avec sa bouche une bouteille d’eau posée sur le sol en étant en équilibre sur une seule jambe.

près de Manakha

Deux ânes valent mieux qu'un.


Au matin, réveillés un peu avant l’aube par l’appel à la prière et des aboiements de chiens, nous nous préparons succinctement à partir. Mohamed Saif, attend devant l’hôtel avec un âne gris clair que nous surnommons Mudir, ce qui veut dire Chef en arabe. C’est lui qui doit porter les bagages pendant les quatre prochains jours de marche vers Bajil.

Une cuisinière nous prépare du kishr, une infusion d’écorce de grains de café. Mudir est assez maigre. Shihab estime qu’il doit avoir deux ans après avoir examiné ses dents. Alors commence le laborieux empilage des sacs sur la selle de Mudir. Les sacs glissent sur la selle de cuir et nous n’avons pas fait cent mètres que l’on s’arrête déjà pour trouver une nouvelle configuration. Nous repartons malgré la précarité visible de l’empilement des sacs. 

C’est jour de marché à Manakha. Les commerçants s’installent sur le terre-plein. Les motos taxi caparaçonnées y amènent leur passagers tout comme les camions chargés de passagers qui voyagent debout à l’arrière où assis en tailleur sur le toit. Un coin du marché est consacré à la vente des veaux, un autre aux volailles, un autre aux légumes, etc… la rue est encombrée par un bruyant mélange d’hommes, de bêtes et de véhicules qui se frayent avec peine un chemin dans la cohue. Les restaurants sont pleins de clients venus prendre leur petit-déjeuner. Je les envie à ce moment précis. Dans l’immédiat un problème plus urgent doit être réglé: comment faire en sorte que les bagages tiennent sur le dos de Mudir, sans compter le pack d’eau que nous venons d’acheter. Mudir supporte stoïquement les aménagements infructueux sur son dos, tout en marquant son mécontentement en couchant les oreilles en arrière. Au bout de la troisième tentative de chargement, et de discussions animées entre les protagonistes, dont certains s’expriment avec l’assurance de consultants chevronnés en chargement d’âne, le propriétaire de Mudir finit par apparaître avec une ânesse noire que je surnomme Raïs, pour Président en arabe. 


Raïs a une selle qui semble plus propice au chargement de nos sacs à dos. Nous laissons à Mohamed Saif et au propriétaire le soin de terminer le chargement et partons petit-déjeuner dans un restaurant tout proche, devant lequel stationne une moto luisant de tout ses chromes et recouverte d’une confortable peau de mouton à longs poils et parée plume d’autruche pour parachever le style. Le propriétaire accepte de poser fièrement devant son engin pour être photographié.

Une fois notre thé avalé, nous rattrappons Mudir, Raïs et Mohamed qui avaient pris le chemin d’Al Hajjarah pour échapper à la cohue du marché. Mudir a gagné au change, il porte désormais la charge la plus légère. On bifurque  sur la droite pour emprunter un sentier qui passe sous la partie basse du village jadis construit pour les Juifs en dehors de la partie fortitiée au sommet d’un rocher. Un garçon m’appelle pour me montrer un ânon noir qui vient de naître et qui, paré de ruban blancs servant à soutenir ses articulations, suit les tétines de sa mère comme aimanté par elles. Il semble déjà capable de voir car il baisse les oreilles en arrière à l’approche de tout intrus. Il est né un jour splendide de mars sur un minuscule terre-plein de pierre et d’épines. En réalité les ânes ne craignent pas trop les épines et ils se délectent des chardons et des cactus.

paysage depuis Al Hajjarah

Le paysage du Harraz est célèbre pour ses montagnes aux pentes vertigineuses aménagées en terrasses et pour ses villages fortifiés sur des pitons rocheux, où la place pour construire est limitée. Pour cette raison, les maisons de pierre des villages sont pressées les unes contre les autres n'ont eu d'autre choix que de s'élever en étages, parfois jusqu'à huit. L’idée de restreindre l'empreinte au sol des maisons tient aussi à la volonté de préserver le plus de place possible pour l’agriculture. Aujourd’hui avec la migration amorcée des villages vers la ville a fait qu'une partie de la surface cultivable n'est plus utilisée. Le qat occupe une place de choix dans les culture vu qu'il constitue une source majeure de revenus pour les paysans. Pour la subsistance il y a aussi le maïs, la luzerne pour les animaux, et les vignes pour produire les célèbres raisins secs.

Nous parvenons au village de Bait Shiham, logé sur une crête. On a l’impression en entrant dans le village qu’il s’agit d’un cul de sac. Des hommes et des enfants sont attroupés devant l’épicerie et nous accueillent avec une foule de questions: d’où venez-vous? où allez-vous? De quelle nationalité? Vous allez à pieds? Avec des ânes?

On nous indique la direction à suivre pour se rendre au prochain village. Il faut bifurquer entre deux maisons séparées d'un espace juste assez grand pour Mudir et Raïs avec leur chargement. On passe ensuite à côté d’un réservoir empli d’algues et presque à sec. Le chemin se poursuit tout jonché de déchets comme aux abords des villages de montagne. Il fait place à un sentier étroit, abrupt par endroit, et semé de pierres. Mudir et Raïs semblent peu inspirés, ils se font prier pour avancer. Mohamed s’escrime derrière Raïs tandis que Mabkhood et Shihab canalisent Mudir. La progression est lente mais nous finissons par atteindre les hauteurs qui dominent Sahfan, notre bivouac du jour. Le paysage est grandiose. Sahfan est un groupement de villages étonnamment grand pour un endroit sans route goudronnée. Tel un nid d'aigle, une vieille maison abandonnée surplombe les vallées alentour depuis un monticule aménagé en terrasses désaffectées et couvertes d’herbes sèches. C’est un endroit parfait pour planter nos tentes à distance raisonnable les unes des autres et pour faire brouter les ânes. Chacun son pré et les vaches seront bien gardées! Notre arrivée a été vite remarquée. Mudir et Raïs ne sont pas encore déharnachés qu’une troupe d’enfants curieux s'approche. L’un des enfants aide à décharger les ânes et les emmène boire au réservoir de son hameau situé en contrebas. Ainsi le voilà parti sur le sentier abrupte qui a tant fait renâcler Mudir et Raïs en montant vers notre point de chute chargés de nos bagages. Il faut dire que certains passages sont étroits entre des haies de cactus prêts à se délester de leurs épines. Pendant que les ânes boivent, nous mangeons un morceau assis à l’ombre d’une terrasse.

Mudir, Raïs et les enfants sont de retour avec un thermos de thé bien sucré. Les ânes se repaissent de foin même s’ils semblent préférer les chardons. Shihab et Sylvie décide de se reposer tandis que Mabkhood et moi partons avec Mohamed pour visiter Sahfan. C'est l'heure du qat ou du repos, ce qui revient sensiblement au même: la plupart des échoppes du souk sont fermées. Seules de rares portes sont ouvertes, quelques épiceries, un café qui peut le cas échéant préparer à manger. Nous abrégeons la visite de ce village endormi à l’ombre des hautes et étroites maisons qui en bordent les ruelles. Des femmes voilées traversent la rue rapidement, d’autres reviennent des environs avec un fagot du bois ou un bidon d’eau chargé en équilibre sur la tête ou sur le dos d’un âne. Il y a aussi quelques enfants qui jouent devant les maisons dans les rues empierrées.

Au crépuscule le soleil se perd dans la brume et laisse notre nid d’aigle dans un pénombre grandissante. Sahfan, à nos pieds, commence à s’éclairer de quelques lumières blanches. Des bruits de voix montent jusqu’à nous, un âne braie. Mudir et Raïs sont, eux, fort occupés à brouter. Sylvie prépare du riz à la tomate que nous partageons devant la tente. Nos amis yéménites disent ne pas avoir très faim mais finissent malgré tout leur portion à la main - ils n’avaient pas prévu d’assiette et mangent à même le plat. Shihab a demandé qu’on lui apporte de l’eau du village pour faire ses ablutions et un thermos de qishr. Mabkhood racontent des histoires tandis que Sylvie s’apprête à aller dormir. Elle s’installe dans son duvet. Shihab part dans sa tente pour masser avec du baume son genou douloureux. Il y a l’histoire de l’homme qui a une femme sourde et qu’il a habitué à faire l’amour en étendant une couverture sur le lit. Or un jour un incendie se déclare et l'homme étend la couverture sur pour ramasser ses biens à la hâte. La femme soumise s'étend sur la couverture en attendant que son mari fasse son devoir comme d'habitude. Y'a pas le feu, couverture oblige.
Je leur raconte celle de l’homme qui a demandé qu’à son enterrement ses proches jettent de l’argent sur son cercueil. Le jour de l'enterrement venu, son cousin s'assure d'être le dernier de la file des endeuillés qui viennent déposer de l'argent liquide sur le cercueil. Lorsque vient son tour il ramasse l’argent liquide, le compte, l'empoche et fait un chèque de même montant qu’il dépose religieusement sur le cercueil.

Sahfan au lever du soleil

Protection rapprochée


La pleine lune éclaire vigoureusement les montagnes. Nous nous couchons vers 21 heures. Peu après, nous entendons des voix qui s’approchent de notre tente. “Hallo!”. Sylvie et moi faisons semblant de dormir. Personnellement, avec mes boyaux qui me tortillent, je n’ai aucune envie de bouger de la tente. Je dis à voix basse à Sylvie, qu'il faudra me tirer par les pieds pour me sortir de la tente. Mabkhood et Mohamed répondent à l’appel des soldats qui apprend-on sont venus monter la garde pour que rien ne nous arrive. “ Pourquoi n’êtes-vous pas à l’hôtel?’’. “ Y a t-il un hotel au juste, à Sahfan?”. “Pourquoi vous déplacez-vous à pieds, pourquoi avec des ânes? Qui est responsable de l’expédition?”. La police mène bruyamment l’enquête et demande aux Yéménites de les suivre au poste. Shihab réussit à négocier de rester avec nous. “Que penseraient les étrangers s’ils se retrouvent seuls avec des soldats?”. Il a gain de cause. Mabkhood et Mohamed partent au poste de police avec les soldats pour un interrogatoire en règle. Ils reviennent au petit matin, ils ont dormi quatre heures. Tout comme nous car les soldats chargés de notre protection ont discuté jusqu’à deux heure du matin pour se tenir éveillés. On aperçoit devant notre tente une masse enveloppée dans une couverture qui s’anime peu à peu aux bruits qui émanent de notre tente. Nous ne tardons pas à en voir émerger trois soldats tout habillés, dont un blond frisé aux yeux bleus et un brun qui s’est servi de sa Kalashnikov comme oreiller. “Good Morning!” nous lance le blond avant de se lever. C’est le seul qui parle quelques mots d’anglais. Les trois lèvent le camp. Mabkhood nous raconte qu’au poste de police tout le monde mâchait du qat, ce qui ne rendait pas la communication plus aisée. 

Nous sommes maintenant prêts à partir, les ânes sont harnachés et chargés. Sylvie insiste pour que nous passions par le poste de police pour une visite de courtoisie et par la même occasion se plaindre qu’elle s’est réveillée en sursaut à cause du bruit des soldats qui nous ont ensuite empêchés de dormir avec leurs bavardages pour se tenir éveillés. Apparaît le chef de police, avec son visage dépourvu de méchanceté, maigre dans sa tunique d’une blancheur terreuse et sa veste bleu-marine. Ses yeux sont encore tout injectés de sang suite à la scéance de qat de la veille. Il semble que 7 heure du matin soit encore l’aurore pour lui. Il s’excuse du bruit qu’on pu faire les soldats et souhaite que nous comprenions le bien-fondé des mesures de sécurité prises à notre égard suite de la fusillade d’il y a quelques semaines en Hadramaout avec des touristes belges. Nous partons prendre un petit déjeuner que je goûte du bout des lèvres. Nous levons le camp avec Mohamed.

Mabkhood doit retourné au poste, il nous racontera plus tard que le chef de police s'est alors souvenu qu’il souhaitait voir nos papiers: hélas nous étions déjà partis!


La soif


Mudir et Raïs ont pris de l’avance sous la conduite de Mohamed. Le chemin, plus large, les inspire davantage et la nuit de repos les a peut-être revigorés vu qu'ils n'étaient pas concernés par la visite des soldats. Le chemin descend à flanc de montagne vers un wadi, une vallée verte et arborée. A l'exception d’une voiture, on ne croise que des piétons et des ânes sur la route empierrée. Nous sommes entourés de cultures de café, de qat et de maïs (dhurra). Nous atteignons le village d’Adrub où un homme nous adresse la parole avec les questions d’usages. En entendant que je viens de France il mentionne le nom de Sarkozy et de Zidane. En voilà un qui semble connaître l’actualité internationale. Je note néanmoins que Carla Bruni n’intéresse encore personne dans les campagnes yéménites. Bonne nouvelle, l’homme veut que nous photographions son village typiquement montagnard avec ses mille deux cents habitants et ses rues chargées de détritus. 

visage ensoleillé

Le village suivant est plus grand et plus sophistiqué puisqu’on peut y accéder en 4x4. On en profite pour se rafraîchir devant l’épicerie sur la place principale. Je fais le portrait d’un garçon barbu qui porte un chapeau recouvert de simili-cuir, ce qui lui confère une allure un peu clownesque. La photo fait sensation parmi la foule qui nous entoure. Chacun insiste ensuite pour être photographié à son tour. 

Nous rejoignons Mohamed qui s’occupe d’abreuver les ânes qui boivent avec avidité. Il fait chaud. Les enfants du village nous accompagnent en cortège bientôt rejoints par une troupe d’écoliers venant d’un village voisin. C’est donc en grande pompe et en bonne compagnie que notre procession fortuite s’ébranle en soulevant la poussière fine du chemin jusqu'à ce chacun finisse par arriver à sa destination ou fasse demi-tour. 

terrasses lignes de niveau

Nous sommes proches d'une vallée qui mène à la plaine de la Tihama. Une série de villages perchés entourent une cuvette parfaitement terrassée. On croirait voir du ciel une maquette avec des lignes de niveau en relief. Mohamed mène ses ânes grand train. Heureusement que nous avons convenu d’une pause vers une heure de l’après-midi à l'extrémité d’un wadi qui débouche sur une route goudronnée qui mène à Bajil. 
Les terrasses s’amenuisent comme l'eau que nous portons dans notre sac. La réserve d'eau est sur le dos de Mudir mais il est hors de portée. La chaleur du midi se fait écrasante au moment où nous entrons dans le wadi dont le sol est tapissé de galets arrondis et parfaitement polis ce qui rend notre progression d'autant plus pénible. L’air est résolument sec. La transpiration, qui sèche instantanément, laisse de grandes auréoles blanches sur les vêtements. La végétation se fait plus épineuse. On aperçoit des babouins sur les contreforts du wadi. Un groupe occupe une maison-tour abandonnée, tandis que de l’autre côté du wadi, un autre groupe aboie dans les cactus chargés de figues violettes. Celles-ci contiennent des graines juteuses d’une intense couleur fuchsia.

Au bout d’une heure de marche sans eau et sous un soleil de plomb, nous apercevons au loin une maison en pierre peinte en noir et blanc à la manière d’un échiquier. Mohamed nous y attend. Nous le maudissons intérieurement de ne pas nous avoir attendu. Chaque pas nous coûte un effort de plus en plus prononcé, nous sommes exténués. Il devient pénible de mettre un pied devant l'autre. J'ai l'impression de faire du sur-place. Je me demande si je vais réussir à faire les quelques centaines de mètre qu'il reste encore à parcourir. Finalement nous finissons par arriver, abrutis par la chaleur et la déshydratation. Nous nous jetons sur les bouteilles d’eau. La maison fait partie d’un petit hameau. Il s'agit d’un bâtiment rectangulaire, d’environ six mètres par trois, qui sert de mafrage communal. Le sol est recouvert d’une moquette d’un rose passé qui porte les stigmates de nombreux repas et scéances de qat. Ici les habitants ont la peau noire. Les hommes viennent s’asseoir avec nous dans le mafrage tandis que les femmes habillées de vêtements colorés rassasient, en regardant par les minces ouvertures du bâtiment, leur curiosité au sujet des étrangers et en particulier Sylvie dont les cheveux clairs ne sont pas voilés. Une collation est servie avec du pain fait maison, des galettes ocres et d’autres brunes, plus petites. Le tout est accompagné de miel, dont un morceau avec les alvéoles de cire, d’une purée de tomate et de thé chaud et sucré. Voilà qui est réparateur! Je sens mes forces revenir au bout d’une demi-heure après m’être gorgé de pain et de thé. Mes intestins me conseillent de laisser la purée de tomate tranquille. Les habitants du hameau vivent de leurs cultures et de la récolte du miel. Nous nous accordons une petite sieste avant de repartir. 

Dehors, Raïs et Mudir profitent de l’ombre d’un arbre, au feuillage vert tendre et aux fleurs jaune-vif, pour manger du foin

Le départ est fixé à trois heures. Les ânes ne sont pas très motivés à la perspective de repartir, chargés de bagages, à l’assaut de la montagne que nous devons gravir. Ils ont besoin d’encouragements et aussi parfois de persuasion. Le terrain est pierreux et souvent glissant. Nous pénétrons dans une vallée qui se resserre en un cirque tapissé de cactus. Le chemin paraît peu fréquenté. Il est parfois si étroit qu’il faut faire attention pour ne pas se piquer aux nombreuses épines qui n’attendent qu’à se fixer sur nous. L’ascension est pénible et soudain Raïs s’immobilise, il refuse de faire un pas de plus. Il n’a pas confiance et doit douter de pouvoir avancer avec les deux sacs à dos qui sont attachés de part et d’autre de sa selle. On réussit à faire passer Mudir en premier par le passage étroit qui est, de plus, partiellement bloqué par une grosse pierre. Raïs finit par accepter de le suivre. Il nous reste encore à parcourir une serpentine abrupte au milieu des cactus pour atteindre le plateau où nous devons camper. Sur les bords du plateau les singes nous observent en signalant notre présence par des hurlements. 

Ça y est, nous sommes sur le plateau! Des villages apparaissent, en pierre claire, avec de petites ouvertures et des terrasses dont la terre est infestée de pierres. Quelques silhouettes d’arbres dénudés ponctuent le paysage épuré. Ici aussi, les villageois nous considèrent avec une grande curiosité. 

les visiteurs de Bait Hamata

Nous parvenons à Bait Hamata, le village natal de Mohamed. On discute de l’endroit où installer nos tentes et nous nous décidons pour une plateforme qui surplombe la vallée de la Tihama, quelques centaines de mètres plus bas. Nous sommes à présent secondés par une cinquantaine d’hommes et d’enfants qui nous accompagnent jusqu’au bord de la falaise et nous regardent avec curiosité monter nos tentes. C’est l’heure d’une scéance de photo de groupe. Puis le chef du village demande à tout le monde de rentrer au village car c’est l’heure de la prière. L’appel est suivi avec un enthousiasme modéré. Une poignée d’entre eux restent comme hypnotisés et n’arrivent pas à se résoudre à quitter le spectacle que nous leur offrons. Mohamed va dîner chez sa mère tandis que nous préparons des pâtes à la lueur de nos lampes frontales. Un bidon de dix litres d’eau nous permet de nous rafraîchir après cette journée torride, marquée par la soif et le manque de sommeil. La lune, plus tout à fait pleine, suffit à éclairer notre campement. Avant de dormir, il faut enlever les centaines d’épines de cactus plantées dans nos bagages. C’est une opération fastidieuse à faire à la pince à épiler mais nécessaire pour ne pas se piquer à chaque fois que l'on touche nos sacs. La nuit est calme, si ce n'est pour Raïs qui décide d’aller voir si l’herbe a meilleur goût dans la ferme voisine et se fait courser par des chiens qui le ramènent en aboyant.


Présumés contrebandiers


Nous nous levons à l’aube et nous préparons à partir sous l’oeil attentif des enfants déjà debouts et de quelques hommes venus assister à notre petit déjeuner et au chargement des ânes. Nous quittons le plateau en empruntant un chemin qui permet de descendre le versant ouest en passant près d’une ancienne citadelle turque qui contient plus de trois cent cinquante citernes. A mi-chemin nous devons faire demi-tour car le chemin n’est plus entretenu et il serait périlleux d’y faire passer les ânes tels qu’ils sont chargés.

Après quelques discussions sur la meilleure direction à prendre, à droite, à gauche, devant, derrière, un chemin est choisi, qui nous conduit effectivement dans la plaine et nous permet de rejoindre l’ancienne route de l’Imam qui relie cette partie du Harraz à la Tihama. Nous nous arrêtons dans le premier village que nous croisons pour faire boire les ânes. Seul Mudir accepte l'eau qui lui est presentée. Un grand dromadaire chargé de fagots de joncs fait son entrée dans le village accompagné de son petit au poil encore tout frisé. Un homme est entrain de tresser un sommier de lit, avec une sorte de jonc particulier de la région, sur un cadre en bois. Ce genre de lit peut durer une quinzaine d’années s’il est à l’intérieur d’une maison. L’homme nous offre du thé et nous apprend qu’une pompe à eau a récemment été installée par une association d’aide au développement. Alors ici on aime bien les étrangers.

Notre chemin se poursuit à travers une plaine sablonneuse, plantée ça et là d’arbustes épineux et d’acacias qui fournissent au bétail et aux hommes une ombre bienfaitrice à l'heure de midi. La plupart des champs ne sont pas encore cultivés car la pluie de la mousson n’est pas encore arrivée. Seuls les villages qui disposent d’une pompe à eau peuvent irriguer leurs champs en cette saison. Des empilements de fourrage de trois ou quatre mètres de haut, en forme de cône, servent de réserve de nourriture pour le bétail durant la saison sèche. Ici les hommes portent la futah, une pièce de tissu que l’on enroule autour de sa taille comme un pagne long, et puis une chemise ou un t-shirt par dessus et un foulard sur la tête. Les femmes complètent souvent leur tenue colorée par un large chapeau rond de paille beige. On en voit souvent se déplacer à dos d’âne pour aller chercher de l’eau aux puits des environs.

picnic à l'ombre d'un acacia

On s’arrête pour déjeuner à l’ombre d’un acacia qui nous invite tout de suite après à une petite sieste. Il faut pourtant se méfier des épines puissantes de l’arbre qui sont tombées sur le sol. Nous reprenons la piste qui part, pour une raison curieuse, dans une direction inattendue. Nous faisons boire les ânes dans une ferme et poursuivons sur une piste poussiéreuse. Au bout de deux heures de marche, deux hommes à motos nous accostent. L’un deux, assez jeune, gesticule et nous salut à peine. Il semble s’intéresser aux bagages de Mudir. Après traduction, il s’avèrent qu’ils sont de la police locale et nous soupçonnent de transporter des antiquités en contrebande dans nos sacs. Logiquement la route à dos d’âne se veut discrète mais, à vrai dire, il y a sans doute moins de complications à emprunter la route principale en voiture. Le jeune commence à se saisir des deux sacs à dos. Sylvie, le voyant faire, élève la voix de façon inattendue et lui dit sur un ton qui n’invite pas à la contestation: "vous ne touchez pas à nos sacs ici! Si vous voulez voir ce qu’ils contiennent allons au poste de police". Le jeune, pris de cours qu’une femme blanche s’adresse à lui sur ce ton, s’interrompt et une discussion commence avec le deuxième homme, plus vieux et au profil busqué, qui s’avère être le chef. Lui est en uniforme. Nous nous demandons s’il ne s’agit pas simplement d’une intimidation dans le but d’obtenir un bakchich. Les discussions n’ont pas manqué d’attirer des curieux. 

en route pour le commissariat de police en bonne compagnie 

Même si nous sommes perdus au milieu des champs, nous nous retrouvons rapidement entourés de vingt ou trente spectateurs curieux d'en s’avoir plus sur ce qui se passe. Il est négocié que nos sacs seront inspectés au bureau de police du prochain village à quelques kilomètres de là. Voilà une situation qui semble suffisamment savoureuse pour que la plupart des badauds décident de nous accompagner et c’est donc en cortège que nous nous dirigeons vers le poste de police. Le jeune est reparti en moto tandis que le plus vieux marche avec nous. Pendant le trajet Mabkhood, Shihab et Mohamed lui parlent tour à tour et comme c’est souvent le cas au Yémen les mots finissent par assouplir les situations tendues. Alors on se tape dans le dos et l’on trouve un arrangement. Mohamed connaît le chef du village où nous nous rendons et l’argument permet d’éviter de faire la fouille de nos sacs quand nous arrivons au village. Les badauds montent dans un camion pour retourner où ils nous ont rencontrés. Nous marchons ensuite tout droit vers la route Dhamar-Bajil. A quelques centaines de mètres de la route quatre motos et huit policiers en civil barrent le chemin. C’est l’heure de la revanche, les policiers fouillent en détail les sacs des Yéménites. Shihab les abreuvent de récriminations fort peu aimables. La fouille est vaine, les policiers repartent bredouilles sur leur motos matelassées de peaux de mouton.

Le trafic d’antiquité existe et il semble qu'il reste encore de nombreux sites sabéens où hymiarites à découvrir. Hier, Mohamed nous a montré une pièce de monnaie en argent avec une tête qui ressemble à un hibou avec de gros yeux et un A imprimé en relief. Il confie à Mabkhood qu’il en a encore trois cent autres et qu’apparemment elles se vendent cinquante dollars pièce au marché noir à Sana’a. Il raconte aussi en arabe que des gens ont récemment découvert un trésor composé de pièces de monnaie et de bijoux en or. Cela corrobore l’histoire rapportée par des scientifiques sur la découverte d’un site hymiarite dont les pièces ont disparues en quelques jours afin d'être écoulées par des circuits de connaisseurs en relations avec les marchés internationaux.  Comme souvent, le prix du marché noir est plus attractif que ce que peut proposer l'état pour alimenter sa collection d'antiquités dans un musée. Alors pour les paysans découvreurs qui vivent la plupart du temps avec peu de moyens, il est facile de se tourner vers le plus offrant.

En conclusion, le contrôle qui nous est tombé dessus était sans doute une initiative justifiée par l'existence réelle d'un réseau de contrebande d'antiquités. Néanmoins le ciblage n'en avait malheureusement pas été très perspicace.

 

La fin est proche


Il est cinq heures du soir et la nuit est proche. Il nous faut donc trouver un endroit pour camper. Dans quelle direction faut-il aller? Immuable choix entre les points cardinaux. Comme nous avons besoin d’eau nous décidons de suivre la route principale en direction de Bajil. Nous avons la chance de trouver un Dukan ouvert, une petite épicerie, à proximité d’une plantation de manguiers. Le magasin à l’allure d’un vieux hangar pas très ragoutant, mais il a le mérite de nous procurer des boissons fraîches après cette journée chaude et riche en événements. Le propriétaire nous autorise à camper dans sa plantation. Nous nous installons en retrait de la route dans un champ de vieux manguiers où le sol n’est pas vraiment plat. Shihab se procure une pelle pour égaliser le sol à l’endroit où l’on veut monter nos tentes. La plantation n’existe que grâce à une pompe à eau qui en permet l’irrigation. Pour nous c’est synonyme de douche. L’eau est tiède, un vrai délice. Pour Sylvie nous attendons que la nuit soit venue pour se doucher. Elle se contentera de laver ses cheveux vu que quelques hommes sont présents autour du bâtiment de la pompe. En fait, ils détournent le regard quand ils nous voient arriver.

Au dîner, on discute du chemin à suivre pour rejoindre Bajil. D'après la carte, il reste 18 kilomètres pour atteindre la route Sana’a - Bajil et douze de plus pour arriver à Bajil où nous avons rendez-vous avec des amis de Sylvie. Le plus court consisterait à suivre la route goudronnée en compagnie des camions et des voitures qui passent à toute allure en klaxonnant. C'est risqué surtout avec les ânes qui pourraient décider faire un écart où d'avoir envie de marcher au milieu de la route. Le propriétaire de la plantation nous indique qu’il y aurait, à un kilomètre d’où nous sommes, une bifurcation sur la droite qui après environ huit kilomètres deviendrait parallèle à la route goudronnée jusqu’à un lieu appelé Mafraq. En réalité mafraq veut dire croisement. Le propriétaire parle donc du croisement entre les routes Dhamar- Bajil et Sana’a - Hodeidah. Nous sommes donc sur une fausse piste comme nous le vérifions le lendemain. Pour l’heure, la lune brille plus que jamais et il est temps d’aller faire le plein d’eau pour le lendemain. Shihab délègue la tâche à Mohamed qui part dans la nuit sur le dos de Mudir. Raïs, qui est en fait une ânesse, n’est pas contente d’être laissée seule et se met à braire et à tirer sur sa longe. Mohamed revient avec l’eau une demi heure plus tard. Il dit s’être égaré plusieurs fois dans la plantation. Le propriétaire nous apporte gentiment du thé et des galettes. 

 

les derniers kilomètres avant Bajil

A l’aube du quatrième jour de marche, nous sommes prêts à partir. On petit-déjeunera en route. La chaleur et le frottement de la croupière ont abîmé les fesses de Mudir. Elles sont sanguinolantes. C’est sans doute une des raisons de ses sautes d’humeur. Raïs a aussi l’entre-cuisse à vif. Nous rejoignons la route et comme pressenti la bifurcation à un kilomètre n’existe pas. C’est une nouvelle fois la bourse aux idées les plus saugrenues. Sylvie et moi sommes partisans de suivre la route jusqu’à trouver une vraie alternative. Mohamed nous a confirmé qu’à sa connaissance il n’y a que la route goudronnée. Mabkhood propose d’aller jusqu’à la montagne et de la suivre. Shihab propose de suivre la route à une bonne distance en traversant les champs. Tout le monde est de mauvaise humeur et Shihab finit par dire qu’il ne faut pas se fier aux indications fournies par des Yéménites qui n’hésitent pas à inventer des détails qu’ils ne connaissent pas. Le compromis est donc de s'éloigner de la route et de la longer à travers champs qui sont sans végétation à cette époque de l'année, à l'exception de quelques payayers plantés près des huttes aux toits de joncs. On voit un champs de maïs et un homme en robe tunique blanche qui laboure avec une charrue tirée par un boeuf.

Nous arrivons près de la route qui mène à Bajil. Les amis de Sylvie nous y rejoignent en voiture. C'est le moment de se séparer. Les adieux sont toujours particuliers après quatre jours passés loin de l'agitation du monde moderne, dans les grands espaces. Nous n'avons peut-être pas échanger beaucoup de paroles mais nous avons partager beaucoup de moments magiques et inoubliables par leur simplicité, leur naturel et parfois leur parfum d'absurdité. Je suis triste de voir les ânes avec leurs plaies. Mohamed ne semble pas s'en alarmer outre-mesure et repart avec eux dans un petit camion. Mabkhood et Shihab montent dans une 404 pour rentrer à Sana'a. Nous montons dans la voiture de nos amis.

En une seconde, notre caravane se dissipe tel un mirage!

Mudir content de faire une pause à l'ombre d'un arbre


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