mont blanc

le massif du Mont Blanc depuis le Creux aux Marmottes

Le train rouge s'arrête en gare de Chamonix Mont-Blanc. Deux minutes d'arrêt, sans doute, avant de poursuivre son itinéraire vers le bout de la vallée. C'est la fin de l'été, un dimanche soir de début septembre. Il fait presque nuit et le ciel est empli de nuages qui collent aux deux versants de la vallée séparés par l'Arve qui coule fougueusement au milieu de la ville. Les terrasses extérieures sont ouvertes et couvertes pour certaines. Malgré la fraîcheur du soir, des courageux en polaire sont attablés à boire des bières. Au moins la pluie a cessé. Nous trouvons le chemin de notre hébergement.

Mon seul souvenir de Chamonix était la traversée du tunnel du Mont Blanc dans les années 90. Un jour de pluie qui rendait la vallée laidement grise et partiellement cachée par les nuages bas. Impossible d'imaginer qu'au dessus de nos têtes se trouvait la haute montagne, ses sommets et ses glaciers, peut-être eux aussi engloutis dans une épaisse couche de nuage: bref, un vrai temps de chien!

Autant dire que cette fois-ci, nous espérions bien l'apercevoir cette fameuse montagne dominée par le Mont Blanc. Nous avions une semaine pour cela.

la Mer de Glace

1/ la Mer de Glace

On avait rendez-vous de bonne heure avec la Mer de Glace. Nous avions pris le premier train à crémaillère du Montenvers pour la découvrir en primeur. La matinée promettait d'être plutôt belle, sans pluie. Les sommets étaient encore dissimulés par les nuages. Cependant certains révélaient de manière fugace des portions de leur anatomie à la façon d'un expert en l'art d'en montrer peu pour inspirer beaucoup. Les yeux ne voulaient se détacher de ce paysage, par moment et par endroit pudiquement dévoilé, afin de tenter d'en reconstituer les contours en imagination. On tournait la tête ou on passait derrière un arbre et puis en un instant ce que l'on espérait acquis avait disparu au profit d'une autre partie dévoilée et d'un autre éclairage. C'était une émouvante prise de contact qui ne nous laissait pas de glace. Le "S" du glacier était encore dans l'ombre, souligné en son arête centrale par la glace d'un blanc sale, qui contrastait avec le gris des pierres arrachées aux flancs de la montagne. C'était comme une traînée de poudre, comme un chemin qui menait par delà les nuages quelque part derrière les montagnes du premier plan. Quand nous l'avons vue la première fois, les nuages, qui cachaient les sommets, laissaient filtrer la lumière jaune du soleil tel un réservoir d'espoir au niveau du glacier de Leschaux. Il n'y avait plus qu'à s'en remettre à la providence, car qui commande aux nuages? Peu à peu, ceux-ci s'effilochèrent laissant le paysage se compléter, on aperçut brièvement les Grandes Jorasses. 

Au niveau du Montenvers, le glacier perd environ cinq mètres d'épaisseur chaque année. Un groupe d'alpinistes s'engagea sur les échelles fixées à flanc de montagne sur plus d'une centaine de mètres de dénivelé. C'était notre première visite à la montagne cette année. La perspective des échelles ne nous enchantait guère. On se contenta de prendre les escaliers pour aller voir la grotte de glace située au niveau du glacier. La vue d'en bas est moins impressionnante car on perd la perspective de profondeur du glacier. Mieux vaut prendre de la hauteur. Par exemple en se rendant au point de vue du Signal, d'où commence le sentier du balcon Nord qui rejoint la station intermédiaire de l'Aiguille du Midi. A mesure que l'on s'élève, le nombre de visiteurs diminue, la nature reprend ses droits et sa majesté, on se rapproche du ciel. La végétation cède peu à peu la place au minéral, aux rochers, aux pierriers. On se sentait plus en communion avec les sommets que l'on devinait à défaut de les apercevoir tout entiers.

La Mer de Glace est devenue célèbre il y a plus d'un siècle avec la construction du chemin de fer à crémaillère pour desservir l'hôtel du Montenvers construit en 1880. Ce fut le début du tourisme, de luxe à l'époque, dans le massif du Mont Blanc, auparavant réservé aux alpinistes. Des photos de l'époque, exposées sur le site, montraient des promeneurs en tenue de ville qui posaient sur le glacier tout proche de l'hôtel.

2/ le massif des Aiguilles Rouges

Le matin suivant la ville de Chamonix était ensevelie dans un brouillard de ras du sol. Par hasard je regardais par la fenêtre de notre chambre et vis des sommets enneigés qui transparaissaient. C'était un signe de bonne augure! 

Nous arrivons à la gare toujours dans un voile de brume qui devient diaphane et laisse appréhender le bleu du ciel au dessus. Le train aux voitures rouges entre en gare, on ajuste nos masques pour y pénétrer. Il démarre et l'on voit défiler le paysage, les chalets qui tapissent le fond de la vallée, interrompus seulement de temps à autres par des bois et puis on s'engage dans le tunnel qui sépare l'Argentière du Buet. De l'autre côté le ciel est clair et le soleil illumine les montagnes. C'est le début de notre tour des Aiguilles Rouges. On commence gentiment sur un sentier assez plat avant de rejoindre le col des Montets d'où part un sentier plus pentu qui mène au Lac Blanc, notre point de chute pour le soir. Le soleil fait resplendir le paysage avec de vives couleurs chaudes qui tranchent avec le bleu du ciel. Les nuages font lentement leur apparition cotonneuse. On aperçoit les glaciers du massif du Mont Blanc sur la partie supérieure du versant d'en face. Hormis sa beauté sauvage intrinsèque, la qualité du massif des Aiguilles Rouges est d'offrir une vue exceptionnelle sur la chaîne du Mont Blanc. Entre 2000 et 3000 mètres d'altitude, on est à la mi-hauteur du Mont Blanc. Plus on s'élève, plus on prend conscience de la taille du Mont Blanc car il se trouve toujours au dessus, malgré son allure bonhomme toute en rondeur du fait de l'épaisse couche de neige et de glace qui le recouvre.

de l'utilité d'avoir de grandes cornes

On croisent deux bouquetins mâles qui broutent paisiblement, apparemment assez peu concernés par les randonneurs qui passent à quelques dizaines de mètres d'eux. C'est le moment de savourer l'herbe au soleil. Autour de midi nous atteignons les nuages et une vue particulières s'offre à nous: le massif du Mont Blanc apparaît au milieu d'un écrin de nuage, à la manière d'un decolleté. Ragaillardis par ce spectacle qui nous fait dire que nous ne sommes pas venus pour rien, nous poursuivons l'ascension par les échelles-escalier qui mènent au refuge du Lac Blanc. Il fait froid et humide. La perspective de se restaurer au chaud n'est pas pour déplaire. On se remasque le temps de traverser l'entrée du refuge et de s'installer à l'une des tables en bois réservées aux clients qui consomment. Je prends un verre de rouge vu que l'on a terminé notre route pour la journée et puis une quiche poireau-lardon sans autre mérite que de remplir l'estomac. Pendant ce temps, la vue s'améliore sur la mer de glace et de manière générale les sommets d'en face.

le Lac Blanc

Nous sortons réchauffés du restaurant et allons voir la vue de la vallée d'un petit promontoire où un homme debout devant le trépied qui porte son réflex prend vue sur vue avec une télécommande dans l'espoir de voir le Mont Blanc apparaître. Nous perdons patience et décidons d'aller voir le Lac de la Persévérance assez proche. Le temps d'y arriver et le soleil fait timidement son entrée en dissolvant les nuages et réchauffant l'atmosphère. Les choses prennent une tournure plus agréable! Il y a moins de monde aussi. Il faut dire que le lac est assez austère avec ses eaux sombres au fond d'une cuvette formée par des morceaux de rochers aux arêtes saillantes empilés pêle-mêle les uns contre les autres. Et en cette fin d'après-midi ne restent que ceux qui dorment au refuge où les places sont limitées du fait des normes sanitaires. Le coucher de soleil est grandiose. Les nuages virent à l'or et les derniers rayons du soleil colorent les neiges éternelles d'un halo d'oranger teinté de rose.

Le lendemain matin de bonne heure, il y a encore un peu de glace dans les endroits à l'ombre. L'air est calme et la surface du Lac Blanc comme un miroir. Les bivouaqueurs ont dû avoir frais pendant la nuit. Confirmation de deux filles qui petit déjeunent à côté de leur tente, encore humide de la rosée du matin, dans la lumière dorée auprès d'une petite étendue d'eau au bord du ravin. Aujourd'hui nous devons rejoindre le refuge de Bel Lachat, pile en face du Mont Blanc, fier de sa terrasse panoramique au sens propre. Nous prenons le sentier qui passent par le Lac Cornu près des Aiguilles de la Glière. 

ma sorcière au col de la Glière

Au col de la Glière se trouve un rocher dont la tête ressemble à un visage de sorcière pétrifiée. Puis il nous faut descendre vers Planpraz ou nous déjeunons d'un sandwich. Soudain une roulement de tonnerre traverse la vallée. C'est en fait une avalanche au dessus du glacier des Bossons qui déclenche un nuage de neige blanc qui finit par s'évanouir. De Planpraz nous empruntons le sentier en lacet qui rejoint Chamonix en deux heures de marche et permet de se rendre compte de rudesse de la pente. Puis on bifurque sur un autre sentier étroit, bordé de framboisiers, qui remonte vers Bel Lachat. Ça monte sec mais on finit par arriver sur la terrasse du refuge qui n'accueille que dix personnes pour préserver les distances. Le résultat est que la place ne manque pas au dortoir pour étaler ses affaires. Le temps est beau et pourtant un rideau de nuages blancs dissimule le Mont Blanc. On se concentre sur le dîner copieux: omelette champignon et pâtes sauce tomate!

Au matin, l'air est sec et frais, le soleil fait son entrée sur un ciel dégagé. La gérante du refuge, une dame élancée d'un certain âge scrute l'horizon et prédit un temps au beau pour plusieurs jours. Elle est aidée par un Népalais qui est guide de montagne. Nous faisons nos adieux au refuge vers huit heures pour profiter de la lumière et de l'absence de nuage et partons en direction du Brévent. On découvre le massif des Fiz avec son versant de Passy qui évoque le Far West dans mon imagination. 

marmotte au soleil matinal

Nous observons une marmotte en plein bain de soleil près du "creux aux marmottes" où de petites mares reflètent les montagnes alentour. On est au pied du Brévent qui est en plein flirt avec un nuage qui se fait et se défait et enveloppe la tête du télécabine dans une ouate lumineuse chargée de mystère. C'est une matinée magnifique. Peu à peu le massif du Mont Blanc s'éclaire à mesure que le soleil monte dans le ciel. Nous le perdons de vue pendant un moment car nous passons derrière le Brévent vers le col éponyme. Et puis on le retrouve avec un curieux chapeau, un nuage assez fin aux allures de soucoupe volante qui épouse l'arrondi de son sommet. 

le chapeau du Mont Blanc

Le nuage se dédouble progressivement et nous le perdons de nouveau de vue en descendant vers le Pont d'Arlevé au milieu des myrtilles qui tapissent le sol. On déjeune à l'abri des regards d'éventuels randonneurs sur un rocher près des chalets d'Arlevé avec une superbe vue sur les Fiz. L'eau du torrent coule à flot au Pont d'Arlevé, la température chute sur le pont à cause de l'eau froide. Nous parvenons au sympathique refuge de Moëde Anterne qui a le privilège d'être accessible par un sentier carrossable ce qui en améliore l'approvisionnement. 

le lac de Pormenaz et les Fiz

A une vingtaine de minute de là se trouve le lac de Pormenaz dont l'eau est rafraîchissante, c'est l'occasion d'un bain sans entrave avec les Fiz en arrière plan. On découvre la Mondeuse, un raisin local qui donne un vin rouge plutôt agréable. Le soir est sans nuage et du refuge on aperçoit au loin la chaîne du Mont Blanc avec une grande netteté. Ce soir est nuit de pleine lune. Je me lève vers une heure du matin pour aller aux toilettes, il fait presque jour dehors.

Voici venu le dernier jour du tour des Aiguilles Rouges. On commence par un ballade herbeuse sur le plateau de Moëde en direction du Mont Buet. On hésite à en faire l'ascension en arrivant au col de Salenton un peu essoufflé par la montée abrupte et le panneau Mont qui mentionne 2h30 de plus pour arriver au sommet, sachant que nous devons retourner à Buet en fin de journée 1500 mètres plus bas dans la vallée. Bref on oublie le Mont Buet et ainsi commence la descente vers la Pierre Bérard sur des roches polies sans doute il y a longtemps par un glacier. La fin d'une randonnée est toujours un peu triste, surtout en retournant vers la vallée, en laissant la beauté brute des sommets derrière nous. Le voyage se termine le long du torrent, l'eau de Bérard, dans une forêt. Le soir nous dormons à Chamonix.

3/ l'Aiguille du Midi

l'Aiguille du Midi

Il est des endroits qui impressionnent inconditionnellement. L'Aiguille du Midi en fait partie à mes yeux. Presque 3000 mètres au-dessus de la ville de Chamonix, on peut y monter par deux téléphériques successifs qui collent au flanc de la vallée et ce en une vingtaine de minutes. Cela permet d'apprécier l'inclinaison abrupte des falaises en particulier l'arrivée au pied de l'Aiguille quand la cabine s'accole à la paroi comme par miracle toujours en suspension au dessus de plus de mille mètres de vide. On se demande alors comment la construction qui entoure la partie basse de l'Aiguille a pu voir le jour au milieu de la glace, du vent et d'une météo changeante à la merci des nuages et des caprices de la montagne.

On descend de la cabine et tout de suite le paysage des pics et des glaciers, du Mont Blanc et de ses congénères apparaît majestueux et détaché des activités humaines. Enfin presque. L'Aiguille du Midi est sans aucun doute la plus grande attraction touristique de Chamonix. Pas besoin d'être en forme pour y monter. Le tout a été pensé pour que les touristes puissent se divertir, manger, apprendre des choses sur la montagne et surtout pouvoir se faire photographier flottant au dessus du vide dans une cage en plexigas: hélas difficile de faire un selfie, il faut demander à quelqu'un de prendre la photo pour être dessus de pied en cape. Et, bien sûr, il faut faire la queue pour avoir son moment de gloire flottante. Deux restaurants panoramiques et un grand magasin de souvenirs permettent de se réchauffer un moment. Tout est pensé pour que l'on puisse passer la journée là-haut. Même chose en bas à Chamonix, la vue en moins. Quoiqu'il en soit toutes ces activités sont dissimulées gracieusement à l'intérieur de la structure de l'Aiguille et ne polluent pas trop le paysage magique des sommets.

les sommets depuis l'Aiguille de Midi

Le temps splendide invite des cordées d'alpinistes à arpenter la Vallée Blanche dont certains rejoignent l'Aiguille sans doute pour redescendre vers Chamonix. D'autres en partent pour redescendre par la Vallée Blanche, le glacier du Tacul et la Mer de Glace. En hiver, on peut faire la descente à ski. Des parapentes s'apprêtent à décoller avec leurs ailes colorées. Les marcheurs en cordées apparaissent comme des points noirs qui suivent les voies établies par leurs prédécesseurs. On dirait de petites routes de campagne dans une plaine recouverte de neige. La vitesse à laquelle les hommes se déplacent suggère que tout n'est peut-être pas aussi plat qu'en apparence. Il y a aussi l'altitude et la difficulté d'avancer sur la neige glacée dans des traces plus ou moins profondes. La clarté de l'air rapetisse les distances, tout paraît à portée de main, seule l'échelle humaine nous rappelle qu'il n'en est rien.

Le Mont Blanc 1000 mètres plus haut apparaît paisible dans sa blancheur éblouissante. Les nuages sont encore petits en attendant de croître au fil de la journée et donnent le sentiment que le ciel et les pics appartiennent au même univers. C'est bien cela qui rend cet endroit si particulier, c'est le domaine des dieux anciens et des éléments. Un bruit de tonnerre se fait entendre, une avalanche quelque part sur le massif. L'apparence paisible ne doit pas faire oublier que la montagne est aussi soumise à des forces brutes devant lesquelles l'humain n'a d'autre choix que l'humilité. Les nuages mouchettent la neige de leurs ombres et soulignent des détails du paysage que l'on n'aurait pas remarqués autrement. Sur une terrasse adjacente à l'un des restaurants, des choucas viennent effrontément quémander des morceaux de sandwich, des miettes ou autres. C'est étonnant de voir ces oiseaux vivre à si haute altitude. Je me demande s'ils pourraient survivre sans les humains dans cet endroit.

le visage du Géant endormi, Mont Blanc du Tacul

Devant nous le visage enneigé d'un géant se reposant sur une pente du Mont Blanc du Tacul fait partie de ces éléments éphémères qui font que l'on ne se lassent pas de regarder ce panorama et surtout d'y revenir. Le glacier des Bossons dont les crevasses lui donnent l'allure rugueuse d'une peau d'éléphant est une autre facette de la panoplie de la montagne. De l'Aiguille on voit toute la masse du glacier qui se déverse immobile et vertigineux vers le fond de la vallée de Chamonix, qu'il atteignait il y a quelques dizaine d'années. 

le glacier des Bossons

Voilà une visite qui termine notre séjour comme une apothéose. 

Au revoir Mont Blanc






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