Route de la Soie : Xinjiang d'Urumqi à Kashgar

le nouveau tourisme, Ghost City of World


Une douce musique nous réveille, ce pourrait être une musique d’ascenseur, mais en beaucoup plus dynamique. C’est l’heure de l’école et la cour de récréation fait le plein. C’est l’agitation mais pas exactement le chaos. Des ateliers sportifs sont organisés: des cordes à sauter sont tenues par deux élèves tandis qu’une ligne d’autres la traverse. 

Notre chambre donne sur la cour d’une école primaire. Les murs sont couleur vert d’eau et sur l’un d’eux figure la silhouette noire d’un arbre muni d’une paire d’yeux tandis qu’un gros oiseau rouge, qui empiète sur plafond, plonge vers lui. Nous nous réveillons à Urumqi, capitale du Xinjiang. Cela faisait longtemps que j’avais envie de ce voyage sur une autre partie de la Route de la Soie. Le premier épisode était il y a six ans entre Pékin et Xian. Hier nous sommes arrivés à Pékin avec une correspondance pour Urumqi, à trois heures d'avion vers l’ouest. Le vol était l’occasion de découvrir, après une sieste au décollage, les méandres sablonneux du Fleuve Jaune qui permet l’irrigation et l’agriculture le long de ses berges et sert de rempart temporaire au désert que nous vîmes bientôt s’étaler à perte de vue. Des sommets enneigés sont apparus coiffés de quelques nuages ouatés, le massif du Tian Shan, la Montagne Céleste. C’est dans ce massif que les rivières naissent pour donner vie de la plaine qui l’entoure et dont le sol est un patchwork ininterrompu de champs dessinés au cordeau. Entre les sommets et la plaine se dessine une masse de montagnes intermédiaires et arides allant de l’ocre au rouge. La hauteur des montagnes s’amenuisent à l’approche d’Urumqi et font place à des usines, des centrales. Une brume d’après-midi enveloppait la ville, amplifiée par les rayons du soleil à contre-jour. Il faisait encore chaud dehors.

Dans la cour de l’école, la matinée est rythmée par des annonces musicales pour marquer le début et la fin des cours et les récréations. Le goudron de la cour est parsemé de points blancs qui serviront à la grande chorégraphie de midi. Urumqi est dans le même fuseau horaire que Pékin. Peu avant midi les délégués de classe sont chargés de rapporter des seaux rouges contenant des petits pains cuits à la vapeur. Une fois, les estomacs remplis, il est temps de passer aux choses sérieuses. Mens sana in corpore sano, un esprit sain dans un corps sain: Après les études un peu de sport est nécessaire pour faire le plein d’énergie. Tous les élèves investissent la cour en bataillons, puis se dispersent sur les points blancs. Au bout de quelques minutes, les petits points blancs sont remplacés par des élèves, tout le monde regarde vers le mât au drapeau et fait face au balcon, d’où la chorégraphie sera dirigée. La musique commence alerte, deux fillettes sur le balcon montrent la chorégraphie à suivre. Chacun dans la cour est prié de suivre les modèles sous peine d’être remis dans le droit chemin par des professeurs à la main leste qui veillent aux faux mouvements. La danse se termine par un “présenter armes, porter  armes, reposer armes” pour enfant.


les Souris-Athlète, Urumqi


Urumqi est une ville moderne et vaste. Les bâtiments du centre ville sont tout en hauteur, ce qui protège du soleil encore chaud de septembre. Les rues sont plantées d’arbres et de grands parcs aèrent la ville qui s’est fait une toilette pour les Jeux Olympiques. Les grandes avenues sont plantées de pétunias en pots. Les mascottes des Jeux Olympiques ont la cote sur les rond-points. Des souris-athlète font du sport sur un autre rond-point. Taxis et bus sont abordables et la circulation assez dense.

Nous voulons acheter une carte SIM chinoise, il faut se rendre dans la rue spécialisée dans les télécoms, Zhongshan Lu, qui contient une série de magasins d’équipements électroniques, essentiellement des téléphones portables, des boutiques d’abonnements comme celle modeste de China Mobile que nous trouvons par hasard. Il y a aussi les inévitables chaînes de restaurants qui peuvent se payer le loyer sur cette avenue qui grouille de monde.

Chez China Mobile, le personnel d’accueil se concerte pour trouver la perle rare qui parle anglais. L'heureuse élue nous explique avec patience ou plutôt persévérance qu’il faut choisir un numéro parmi ceux qui sont en vitrine. Il y a soit l’option « Xinjiang » ou l’option « Chine ». Dans les rues adjacentes à Zhongshan Lu, le marché de seconde main occupe les trottoirs. On y trouve de tout, des câbles d’alimentation, des batteries, des téléphones et curieusement des cartes SIM « Xinjiang ».

Nous dînons sur un trottoir devenu la terrasse improvisée d’un restaurant kazakh spécialisé dans les grillades avec un grand barbecue installé sur la rue. Un marchand de pain se tient à côté pour accompagner la viande. Le midi on sert du riz avec des légumes et des morceaux d’agneau. C’est le restaurant le moins cher que nous ayons rencontré.

En comparaison le marché de nuit  « wushi er shi » est un centre touristique avec des échoppes offrant plus ou moins la même chose les unes que les autres. On y trouve des crustacés, du poisson d’eau douce, du mouton en brochettes (viande, intestin, foie...) ou cuit avec de riz. La préférence locale semble pour le poisson et les crustacés. La clientèle est essentiellement chinoise Han, on y croise peu d’Ouïghour, peut-être à cause des prix. Le jus de grenade fraîchement pressé est proposé par des remorques spécialement équipées dans lesquelles sont empilées les grenades, une presse et quelques flûtes à champagne en plastique.


les ombrelles, Ghost City of World

Urumqi – Bu'erjin - 13 septembre 2008


Départ vers le lac Kanas. Nous avons opté pour un voyage organisé afin de simplifier le temps de trajet et puis de nous mettre dans la peau de vrais touristes chinois. Il s’agit d’un séjour de quatre jours en compagnie d’une trentaine de Chinois qui viennent d’un peu partout dans le pays et forment un groupe assez hétérogène avec des retraités, des couples, des copains, des copines. Une femme est en charge de l’animation du voyage. Armée d’un micro, elle nous explique dans les moindres détails (je présume) ce que nous allons voir, combien il en coûtera pour les nombreuses excursions en option. Sa voix et sa façon de parler me rappelle un animateur de foire dont le débit est constant et rapide et un volume destiné à tout le monde dans les environs. Elle ne doit pas manquer d’humour à en juger par les rires des passagers du bus. Elle entonne même une chansonnette pour mettre un peu d’ambiance.

Yao, un ingénieur qui travaille dans l’assistance client pour une entreprise internationale, est le seul qui parle anglais. Il devient de fait notre ange gardien, celui vers qui on se tourne pour comprendre de quoi il s'agit, pour avoir des explications succinctes sur les animations proposées et tout aussi important pour déchiffrer la carte des restaurants. Il faut souvent payer les plats au moment de la commande, ce qui implique de mûrir son choix rapidement. 

Les pauses toilettes, toutes les une ou deux heures sont des moments de convivialité souvent peu poétiques, quand la sophistication des toilettes se résume à une fosse surmontée de planches espacées pour pouvoir s’accroupir et faire ses besoins par-dessus ceux des prédécesseurs. 

A chaque halte, la précipitation règne pour sortir du bus, c'est une sorte de course contre la montre. Si le paysage s’y prête, les appareils photos crépitent pour s'immortaliser dans toutes les positions imaginables d’enthousiasme. La pause esthétique est un art qui se cultive. Un groupe de quatre copines, plutôt jolies, s’en donne à cœur joie: déhanchements, sourires, bras victorieux, tout y passe à répétition et dans le plus grand amusement. C’est d’ailleurs dans cet esprit que je suggère à Yao de proposer une photo de groupe, ce qui plaît instantanément et rapidement le groupe se trouve massé pour la photo, seul le chauffeur du bus s’y refuse. L’exercice dure un moment parce que chacun veut une photo sur son propre appareil. J’ai résisté à l’idée de suggérer une photo chorégraphique, on aurait pu distribuer à chacun une feuille de papier toilette colorée à agiter vigoureusement comme pour la chorégraphie dans la cour d’école d’Urumqi. 

Les voyages organisés chinois sont standardisés, les bus se suivent et déversent leurs flots de touristes sur les sites d’attractions. Les activités ludiques y sont garantes d’un succès nécessaire.

Notre première expérience du genre se déroule au « Ghost City of World », une zone désertique ou la roche friable couleur ocre est ciselée par le vent ce qui donne des formes telles que le profil du Sphinx.  Comme le site est vaste, on s’y déplace en bus entre deux points remarquables. A chaque arrêt de bus, c’est la même routine: jubilation, départ en trombe, caméra à la main, séance de pause. Désormais le numérique a fait une solide percée ce qui décuple l'appétit photographique des touristes qui en sont équipés. Chacun peut jouer au chasseur d’images trépied et réflex à la main. Le soleil ajoute une dimension supplémentaire de comédie musicale grâce à l’apparition des parapluies ombrelles que beaucoup de femmes utilisent pour ne pas gâter leur teint.

Le site de « Ghost City of Wold » est en bordure d’un champs pétrolier. Il y a même quelques pompes à l’intérieur du parc. Le Xinjiang abrite la plus grande réserve de pétrole de Chine. Sur des kilomètres et des kilomètres, ont poussé des forêts de puits matérialisés par d’infatigables pompes rouges. Ce bassin pétrolier est au cœur de la plaine désertique qui s’étend au Nord d’Urumqi. Nous avons mis plus d’une heure à la traverser en bus. 

A une centaine de kilomètres au Sud de Bu’erjin, le désert fait place à des montagnes qui abritent encore des bergers. Une caravane passe menée par des chameaux de Bactriane, suivie de chevaux et du reste du troupeau. Les chameaux sont utilisés pour porter des charges lourdes comme la yourte démontée. De nos jours certains bergers s’équipent davantage, ils ont souvent une moto, une antenne satellite et la télévision. Cela rend les déménagements plus compliqués et justifie parfois l’usage de camions. Pour le moment, le bétail se déplace toujours en caravane lente et majestueuse à travers l’espace dénudé des grandes plaines pendant l’hiver et sur les pentes raides de la montagne durant l’été.


roches colorées près de Bu'erjin

Bu’erjin est une ville champignon grossie par la nécessité du tourisme local. C’est la ville étape vers le lac Kanas, avec ses hôtels aux façades colorées rehaussées de stuc  « Chantilly ». La ville s’étend le long d'une rivière. En amont un site naturel a été aménagé en attraction touristique. Les roches, relativement friables, ont des tons ocres et rouges. L'érosion a mis à jour des couches de différentes couleurs qui s'enflamment au coucher du soleil. Un déambulatoire en bois mi-caillebotis mi-escalier a été créé pour que la foule puisse satisfaire sa soif de portraits joyeux sur fond de jolis paysages. Des surveillants en costume cravate, prêts à siffler à la moindre sortie de piste, sont postés à des endroits stratégiques. Il faut dire que le sol est fragile et que l’envie d’enjamber les barrières est immense pour tenter d’avoir une meilleure prise de vue. Les fautifs surpris, par un coup de sifflet, en flagrant délit de franchissement de barrière repassent docilement la barrière sans insister davantage.


collections de pains, marché nocturne de Bu'erjin

Le centre ville de Bu’erjin, la nuit, a des allures de mini Las Vegas avec ses façades d’hôtel enjolivées de néons de toutes couleurs. L'établissement le plus « mythique », si l’on peut dire, est le « Mystic Lake Grand hôtel ». Le marché nocturne regroupe des commerces de souvenirs touristiques: de nombreuses pierres taillées, des fourrures (peau de mouton, renard d’élevage mais aussi sauvage et d’autres encore plus rares et à coup sûr interdits). On trouve aussi des châles faits en Inde ou au Pakistan. Et puis il y a les restaurants d’extérieurs où la viande de mouton est servie sous formes variées (brochettes, mandi, rôti à la broche). On trouve aussi des poissons d’eau douce bourrés d’arêtes minuscules et traîtresses que les Chinois semblent avaler comme si de rien n’était.


la rivière bleue, Lac Kanas

Le lac Kanas - 14 septembre 2008


Petit déjeuner chinois, pour bien commencer la journée: soupe de semoule brûlante, pain à la vapeur et légumes marinés (dont des algues au goût extrêmement prononcé pour un matin) et en supplément un œuf dur.

Il fait encore nuit quand nous montons dans le bus. Le petit déjeuner a requinqué nos amis même si certains somnolent en attendant la première pause pour se dégourdir les jambes et les doigts en appuyant sur le déclencheur de leur appareil photo. La pause ne tarde pas à arriver; au programme toilettes et shopping. J’achète mes premiers bracelets, en perles de pierre, avec l'aide bienveillante de notre Ange Gardien, Yao. L'une des pierres est d'un jaune doré, on la nomme oeil du tigre. 

Nous longeons une vallée verte et cultivée. Plus on remonte vers le Nord, plus les montagnes s’affirment rondes et pentues, vertes et boisées par endroit. C’est le début de l’automne, les arbres ont des couleurs allant du jaune vif au rouge profond en passant par un orange lumineux. Les troupeaux commencent leur transhumance vers la vallée; moutons, chèvres blanches à longs poils, chevaux et chameaux avancent au rythme d’une lente mélopée.

La vallée du lac Kanas est peuplée par les Tuvas, une tribu en voie de disparition, vu qu’il n’en reste que quelques milliers sous le joug du développement touristique. Le concept du chalet suisse est à la mode dans les environs. On a construit des centaines de maisons sensées rappeler les villages suisses, mais qui en réalité sont plus proches des maisons préfabriquées que l’on trouve en banlieue de Washington DC.

Il ne faut pas oublier la touche indispensable à un vrai “village suisse”, le clocher des églises qui est ici transposé en une tour carrée évidée, et quelque peu esseulée, dont l’ossature supporte un toit pointu. Parmi les magasins poussés avec le village on trouve des restaurants ainsi que des boutiques de souvenirs et d’alimentation. L’ouverture récente d’un aéroport au lac Kanas va sans doute générer d’autres constructions plus audacieuses, peut-être des complexes de luxe suisse en référence à l’imaginaire local, pour faire écho au caractère alpin du paysage! Les familles qui habitent les dernières yourtes de la prairie n’ont qu’à bien se tenir, ou plutôt devraient penser à se reconvertir en famille d’accueil traditionnel si elles souhaitent subsister.


yourtes et feuillages d'automne

Les Tuvas sont logés dans des maisons construites en rondins de bois, semblables aux chalets russes que l'on trouve de l’autre côté de la frontière avec la Russie. Un nouveau village a été construit pour pouvoir convertir le vieux, qui est mieux situé, en site touristique. Nous profitons de cette journée pour nous soustraire à la distrayante compagnie de nos collègues-voyageurs et partons visiter le parc à pieds, notamment l’ascension vers le Guan Yu Ting, point de vue qui domine le lac et laisse apercevoir le pic de l’Amitié, sommet de 4300 m l'altitude sur la frontière entre la Chine, la Russie et la Mongolie. Son glacier alimente les eaux bleu-turquoise du lac Kanas et de la rivière qui serpente au creux de la vallée.
Des bus circulent en permanence pour permettre aux touristes de s’arrêter aux plus beaux endroits de la rivière. Comme il se doit, une hôtesse explique un tas de choses au micro ou parfois quand elle n’a plus rien à dire, la musique prend le relais, des chansons mièvres, de longs slows etc… En fait l’intérieur du bus avec son animation est une sorte de No Man’s Land chauffé avec un joli fond d’écran pseudo-alpin. On y oublie les Tuvas et le fait que l’on voyage dans une zone frontalière du Nord de la Chine.


vallée de Hemu

La vallée de Hemu - 15 septembre 2008


Levés de bonne heure, montés dans le bus avant l’aurore, nous roulons vers la vallée de Hemu, une autre zone protégée. Au lever du jour, nous découvrons les couleurs d’automne qui tapissent le flanc de la montagne. Pause photo obligatoire pour dissiper l’énergie matinale. Le groupe des quatre copines se dépasse en déhanchements et joyeuses exclamations les bras vers le ciel. Puis nous nous arrêtons dans un village Kazakh qui s’éveille paisiblement tandis que nos camarades déferlent dans l’espace qui sépare les maisons en bois et les enclos pour le bétail afin d'admirer de jeunes veaux dans la lumière matinale dorée.

C’est une belle journée qui s’annonce avec un ciel sans nuage. La visite de la vallée se poursuit en bus, entrecoupée de pauses rapides, dix minutes maximum pour pouvoir s’émerveiller. L’énergie du soleil sur les feuilles d’automne semble directement corrélée avec l’énergie du groupe. Notre guide doit batailler ferme pour faire remonter tout le monde dans le bus, soutenue par les coups de klaxon du chauffeur qui semble modérément apprécier les touristes chinois.  C'est du moins la façon dont j'interprète le clin d’œil qu’il me fait quand je remonte dans le bus.

On s’arrête finalement, auprès de vingt autres bus, sur un parking de la ville de Hemu, une agglomération de maisons en bois située le long de la rivière aux flots bleus. Le programme touristique : marche à pieds ou balade à cheval. Nous choisissons la seconde option parce que c'est le pays des cavaliers. Le parcours au pas nous conduit sur une esplanade qui surplombe la rivière et la ville et d’où l’on peut contempler toute la vallée aux couleurs chaudes. Les chevaux longent les caillebotis qui transportent un flux ininterrompu de touristes munis d’appareils photos. La ville, avec ses baraques en bois et ses rues poussiéreuses en terre battue, a des allures de Far West à la Lucky Luke. Les hommes de la campagne circulent à cheval, coiffés de feutres ou de bérets. Le moteur a bien entendu fait irruption ici aussi. Le cowboy moderne, enfourche sa moto, clope au bec, fier de son blouson en cuir Yamaha.


transport individuel traditionnel, Hemu


les nouveaux chevaux, Hemu

Retour à Urumqi  - 16 septembre 2008


Le trajet de Bu’erjin à Urumqi est fatiguant et monotone. Le voyage organisé touche à sa fin, aussi le départ est-il prévu de bonne heure pour arriver en fin d’après-midi à Urumqi. Peu de choses à noter si ce n’est la traversée d’une réserve de chevaux sauvages réintroduits récemment dans son habitat naturel. C’est un cheval à la robe baie et à la crinière marron foncé dans les tons du cheval de Przewalski mais avec une crinière flottante et non en brosse.

Il y aussi la pause toilette au milieu de rochers colorés à proximité de la plus grande mine de charbon à ciel ouvert de Chine. Sylvie raconte que côté femme, c’est à dire de l’autre côté de la route que pour les hommes, la pause pipi à peine terminée une séance photo débute sur place avec le plus grand naturel. Les pierres sont multicolores dans les tons de vert, rouge et jaune.


Le lac Tianchi - 17 septembre 2008


Seconde excursion depuis Urumqi : Le lac de Tianchi situé à 2000 mètres d’altitude au cœur du massif de Tian Shan ( Montagne Céleste) au pied du mont Bogda qui culmine à 5400m. Nous nous rendons sur place dans un bus touristique qui met quatre heures pour parcourir cent kilomètres. Nous retrouvons d’ailleurs quelques compagnons du voyage au Lac Kanas. Nous avons prévu de passer une nuit dans une yourte Kazakh, celle d’un nommé Rashit qui nous accueille sur le parking en blouson beige et lunettes de soleil style Ray Ban, le teint halé (on dirait un Indien d’Amérique). Sa femme nous mène à la yourte et nous y prépare, pour déjeuner, des pâtes épicées à la mode Xinjiang. Le sentier pour atteindre la yourte longe la rive du lac au paysage digne d’un poster, couronné par les neiges du mont Bogda et encadré par les pentes des montagnes qui bordent la vallée.


temple taoïste, Tianchi


L’après-midi, nous entreprenons le tour du lac, sans nous rendre compte qu’il faut plus de quatre heures pour en venir à bout. Peu importe, la nature superbe nous entraîne. Nous faisons une halte au temple taoïste qui surplombe le lac, un endroit superbe, hors du temps. Un groupe de pèlerins, apparemment malades, vient le visiter. Une cérémonie étrange se déroule devant l’autel dont l’une des protagonistes ressort chancelante. De retour au campement nous dînons d’une variante de pâtes faites maison. Un peu plus tard la pleine lune illumine le lac et la statue blanche de Guanyin qui a fière allure dans ce paysage alpin planté de conifères élancés.


Le lac Tianchi - 18 septembre 2008


Notre yourte est circulaire avec une porte rectangulaire qui ouvre sur un petit carré de terre battue, au centre duquel est installé un poêle dont la cheminée traverse la toile du toit. Elément fort appréciable pour réchauffer efficacement la yourte. Le reste de l’espace est surélevé par rapport au sol et recouvert de tapis colorés en feutre. Une table basse rectangulaire constitue le seul mobilier de notre yourte, mais j’ai observé un coffre en bois peint dans la yourte de Rashit où sa femme range l’argent et sans doute quelques objets de valeur.

Rashit nous dit qu’il ne jeûne pas pendant le Ramadan. La religion est une affaire discrète et personnelle. Sa femme n'est pas voilée, ni sa fille qui est plutôt joli brin et dont les jambes arquées pourrait être un signe de l’omniprésence des chevaux dans la vie quotidienne ici.


Tianchi et le Mont Bogda


Le petit déjeuner est composé porridge et de beignets. Nous avons prévu de faire une petite randonnée à cheval. Nous attendons le retour des hommes qui sont partis dans la montagne pour ramener les chevaux qui sont allés paître là où l’herbe est à leur goût. Ces chevaux sont habitués à la montagne, ils ont le pied aussi sûr que les ânes du Yémen. De fait, les bords du lac n’offrent pas de surfaces planes, seulement des pentes assez rudes. Les chevaux nous transportent avec aisance jusqu’à un point de vue au dessus du lac. De là, nous continuons à pied car la pente est trop forte. Nous passons à proximité du chantier d’une route qui monte en lacet vers les sommets, construite par des Hans. On observe la présence des travailleurs aux feuilles de papier de toilette et aux serviettes hygiéniques qui jonchent l’herbe verte. Les travaux publics sont mixtes. Il n’y a pas d’uniformes de travail. Certains sont en pantalon et veste, d’autre en t-shirt et jean. Jeunes ou vieux, tout le monde travaille. Ce sont peut-être des conscrits.

Nous retournons à Urumqi en taxi collectif. C’est une lente descente vers l’enfer de la plaine: les beautés de la montagne verte et de ses rivières font place peu à peu au désert et à l’industrie. Les usines poussent à des kilomètres d’Urumqi avec des barres d’immeubles pour loger les ouvriers. En dépit du soleil qui brille, la banlieue est sinistre, l’air empeste. Rien à voir avec le centre ville manucuré d’Urumqi.


le train pour Kashgar


En train vers Kashgar - 19 septembre 2008


Vingt cinq heures de train pour rejoindre Kashgar en train rapide.

La gare d’Urumqi est dimensionnée pour la foule, l’entrée est entourée de barrières pour prévenir les attaques terroristes des indépendantistes Ouïghours qui ont perpétré plusieurs attentats contre l’armée et les forces de police au début des Jeux Olympiques de Pékin, en espérant recueillir le soutien de la communauté internationale. 

Il est vrai que les Hans, de la tribu dominante de la Chine, ont mis la main sur les affaires de la province qui est riche en ressources naturelles et offre des débouchés touristiques intéressants.

De retour à la gare avec ses immenses salles d’attentes, chaque étage correspond à une classe différente et des places sont assignées aux différents trains, avec une barrière du côté de l’accès au train pour contenir la foule en laissant passer les voyageurs, un par un. Les bagages sont scannés comme à l’aéroport. Nos couchettes sont en coucher dur, soit l’équivalent de la seconde classe. Elles sont néanmoins assez confortables. Il y en a quatre par compartiment.

Deux jeunes, un garçon et une fille occupent les couchettes inférieures. Lui semble de bonne famille et passe sagement son temps allongé à dormir ou à lire un livre en chinois. Ce doit être un roman et c’est le premier que je remarque. Il vient d’Urumqi et sa femme est à Kashgar, je ne comprends pas s’il est déjà marié et s’il travaille à Urumqi ou Kashgar. Sa voisine occupe son temps à dormir, manger des pommes, boire de l’eau chaude souvent refroidie et à consulter son téléphone portable qui émet une collection de sons en réponse. La propreté est régulièrement assurée par des agents qui collectent les déchets et font le ménage avec un balai-plumeau.

Je suis ravi de ma dernière acquisition: un thermos avec une passoire pour filtrer les feuilles de thé. On peut donc faire le plein d’eau chaude en libre service dans le train et siroter son thé tranquillement, puisqu’il reste chaud dans le thermos.


plateau d'altitude entre Turpan et Baotou


Le train passe à Turpan puis bifurque vers l’Est. Les paysages sont variés, allant du désert bordé de montagnes ocres et rouges aux plateaux d’altitude  près des sommets enneigés avec des torrents de montagnes et de vastes prairies jaunies qui ondulent au gré du relief. On aperçoit quelques yourtes et du bétail. Il ne semble pas y avoir de route car les hommes se déplacent à cheval. Un yack blanc taché de noir, suit la ligne de chemin de fer, il semble déjà avoir son pelage d’hiver à long poils.

Après Baotou, on aperçoit des champs de coton et des peupliers dans la plaine qui doit border le désert du Taklamakan. Sur la droite de la voie ferrée des montagnes de faible hauteur servent de collecteurs d’eau. La plaine est sous un couvercle de brume grise sinistre et enveloppante.


mosquée Etigar, Kashgar


Kashgar - 20 septembre 2008


Le train arrive en gare de Kashgar après avoir traversé la campagne, les champs de fruits (raisin, grenade, pomme, pêche, pastèque, melon) et légumes (pomme de terre, chou, tomate, ail, oignon) dont les parcelles sont délimitées par des haies de peupliers. Les fermes sont construites en briques de terre cuite. Nous prenons congé de ,nos compagnons de compartiment et tâchons de prendre un taxi et, qui plus est, de lui expliquer où se trouve notre hôtel. Le constat est simple: il parle à peine mandarin et pas du tout anglais, simplement ouïghour. Notre adresse est en chinois et le gérant chinois de l’hôtel ne semble pas très bien parler ouïghour. Finalement, c’est par l’intermédiaire d’un client de l’hôtel que nous obtenons les indications suffisamment claires pour arriver. Nous sommes content de l’achat de notre carte SIM locale.

La ville de Kashgar est relativement moderne avec la partie chinoise qui mord peu à peu sur la vieille ville ouïghoure en pisé. De grandes avenues arborées, bordées d’immeubles à plusieurs étages, des centres commerciaux tentaculaires, des résidences de luxe en construction avec, imprimée sur la palissade qui délimite les travaux, une série de photos incarnant le bien-être civilisé: un occidental buvant un verre de vin ou une jolie chinoise sur un sofa au 23ème étage...

L’essentiel c’est que le commerce prospère! Des animations de rue, par des Pom-Pom Girls chinoises qui dansent sur une musique à plein volume, incitent les badauds à consommer. La suprématie chinoise passe avant tout aujourd’hui par le contrôle de l’argent, du commerce et des ressources. Le discours est toujours à la « civilisation », suivre le modèle chinois c’est être cultivé. Peu de chinois apprendront à parler ouïghour, en revanche les Ouïghours qui veulent prospérer ont intérêt à apprendre le mandarin. Une grande partie de la population ouïghoure est paysanne ou artisane, l’école n’est pas forcément une priorité pour les enfants qui pourraient aussi aider leur parents à travailler.


kebabs attendant la nuit


La vieille ville est pittoresque, tout en couleur avec le ton des briques rouges qui donne à l’ensemble une teinte de vieux tableau de maître tout en clair obscur pour les scènes d’intérieur. La mosquée Etigar, à la façade jaune et la cour plantée de peupliers, occupe une place de choix sur l’esplanade circulaire qui coupe la vieille ville en deux. C’est le mois de Ramadan aussi à la tombée de la nuit, après la prière, les restaurants et étals de rue du marché de nuit, font le plein de clients pour la rupture du jeûne. On y trouve des kébabs, du pain frais et parfois des morceaux de mouton, sous forme de petits cubes de viande et de graisse, cuits avec le pain. Le gras du mouton a un goût assez doux qui se marie très bien avec le goût du pain salé. Il y a aussi des crêpes, des nougats aux noix, aux noisettes et bien d’autres choses encore…

Une grande roue est installée en bordure de la vieille ville près du parc Donghu qui s’articule autour d’une grande étendue d’eau avec des attractions dispersées dans la verdure telles que des représentations en béton de Blanche-neige et les Sept Nains, de moutons et d’autres animaux.

Kashgar bien plus qu'Urumqi incarne le fossé civilisationnel entre les Ouighours et les Hans.


marché aux légumes, Kashgar

 

Le marché de Kashgar - 21 septembre 2008


Le marché du dimanche de Kashgar est célèbre dans toute la région, les gens viennent pour vendre et acheter fruits, légumes, viandes, bétail et toutes sortes d’articles (tissus, vaisselle, etc…). C’est l’occasion pour les gens de la campagne de venir à la ville en carrioles tirées par des ânes ou en motos-taxi qui ont une remorque intégrée pour faciliter le transport de plusieurs personnes ou de moutons ou de chèvres.

Le marché au bétail est à l’extérieur de la ville, sur un grand terrain poussiéreux. Il est organisé par type d’animaux : les vaches, les yacks et quelques rares chameaux d’un côté, les moutons et les chèvres de l’autre et puis plus loin les ânes et les chevaux.

Un monde fou s’agite, sous le soleil, pour discuter affaires. Beaucoup d’hommes en chapeaux qui indiquent leur provenance et quelques femmes en chaussures à talon, jupe et veste à paillettes, foulard de rigueur qui n’ont pas l’air gênées par la poussière qui se dépose sur leur tenue. Il y a aussi la partie plus touristique du marché avec des couteaux aux manches décorés, des fourrures qui servent beaucoup pour les chapeaux et pleins d’autres articles.

Nous passons la soirée au marché de nuit, impatients de partir pour les hauts-plateaux du Karakorum le lendemain.


veau insoumis, marché aux animaux de Kashgar


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