en demi-teinte

le Louvre masqué

Dimanche 31 janvier 2021, Paris rime avec gris.

Certes ce n'est pas brillant, mais la situation n'est pas désespérée. Elle est plutôt en demi-teinte. Les nuages cachent le sommet des tours mais pour autant il ne pleut pas à verse comme les jours précédents. C'est un curieux mélange de vie et de prudence. Un mélange de masques et d'aspiration à une vie normale. Les joggeurs, indicateurs de vitalité, courent comme ils le faisaient il y a un an, quand tout était normal, quand la vie parisienne était encore insouciante et hivernale: les joggeurs et les cyclistes sont les seuls à ne pas devoir être masqués

le Luxembourg d'un autre temps

L'air est doux. Les jonquilles et les narcisses pointent fièrement le bout de leur feuilles en attendant de fleurir dans plusieurs semaines. Les oiseaux chantent comme s'ils attendaient déjà la promesse du printemps. Nous allons peut-être échapper à un troisième confinement. Ainsi en aurait décidé notre président avant hier. Ce n'est peut-être que partie remise. Même si le couvre-feu de 18h doit perdurer, il est tout de même plus agréable qu'un confinement durant lequel il vaut mieux avoir un chien pour avoir une bonne raison de sortir dehors sans complication. 

Le virus a muté. Des variants "nationaux" sont à l'assaut du monde. Ils sont pour le moment le privilège des Sud-Africains, des Brésiliens et des Anglais fraîchement sortis de l'Europe. Heureusement, les vaccins commencent à faire leur apparition. J'ai adoré le revirement de l'opinion publique gauloise qui n'était pour ainsi dire pas pressée de se faire vacciner jusqu'à ce qu'une pénurie annoncée et  réelle ne fasse se raviser les indécis pour qui maintenant la priorité est de pouvoir être vaccinés. La fameuse théorie de la rareté qui augmente infailliblement la valeur des choses.

Vulpian masqué

Certaines statues ont été masquées, comme celle de Vulpian à côté de la faculté de médecine d'Odéon et dont le masque à pris une couleur grisâtre qui fait écho à celle de la pierre. C'est comme si le masque s'était pétrifié. Je suis d'humeur alerte avec mes nouvelles chaussures de marche que j'ai acheté rapidement la veille en prévision d'un confinement qui pourrait finir par se matérialiser. Le jardin du Luxembourg est en mode hiver. Les chaises en métal ont été empilées dans une allée formant une haie de pieds de chaises aux allures contemporaines. C'est à n'en pas douter une mesure anti-covid. Si l'on ne peut plus s'assoir, on passe son chemin ou l'on s'assoit sur ses talons comme les scouts en tenue de d'Artagnan sous le regard imperturbable des Reines de France à l'ombre, absente aujourd'hui, de la ramure des arbres.

banc les pieds dans l'eau, quai du Louvre


La Seine est terreuse et en crue avec toutes les pluies des derniers jours. Une partie des quais est inondée avec des bancs de pierre qui ont les pieds dans l'eau. Sous le Pont Neuf, un clochard emmitouflé dans plusieurs couches de duvets trône en lisant au milieu d'une vaste étendue de livres qui sont disposés en petite piles comme une sorte librairie en plein air. Le quai devient inaccessible près du Pont des Arts qui est débarrassé des cadenas de touristes qui menaçaient sa structure. Il en reste juste une rangée attachée sur un câble qui est accessible depuis les escaliers qui relient les quais au Pont. 

aux Tuileries

Il ne reste plus loin à marcher pour pénétrer dans la cour du Louvre dépourvue de sa foule habituelle. La pyramide de verre parait bien sage dans la grisaille. Vers les Tuileries partiellement en travaux les promeneurs du dimanche matin font concurrence aux joggeurs tandis que la pluie d'un nuage gris ne réussit pas à vraiment entamer l'envie de prendre l'air. Je rentre à la maison par la rue de Beaune avec ses boutiques d'antiquaires puis la rue du Bac, le boulevard Raspail et son marché bio, la rue de Rennes où les commerces sont ouverts avec quelques clients déjà. 

la vie en rose rue de la Gaieté

Rue de la Gaieté, les ours du Backstage sont toujours festivement figés en vitrine, lunettes roses et guirlandes à l'appui, sans savoir quand ils pourront de nouveau respirer l'air en terrasse. En effet les bars et les restaurants vont sans doute devoir prendre leur mal en patience avant de pouvoir réouvrir. J'entends dans la rue deux femmes qui discutent de l'endroit où elles vont aller chercher un plat à emporter " il y a le libanais ou dans la rue derrière une pizzeria excellente" dit celle qui doit habiter dans le quartier. Pour ma part, je me dirige d'un pas résolu vers un magret de canard à la plancha, sur place, pour célébrer ma sortie assez réussie.

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