le ciel est bleu, la Seine est belle: carpe diem
| L'île de la Cité, là où tout a commencé |
10 octobre 2021
César et Paulo venait d'ouvrir pour ses premiers clients à neuf heures pétantes en ce dimanche matin. Ce café au carrefour de la rue Didot et de la rue du Chateau est le chouchou, le point de ralliement, de la communauté portugaise du quartier, pour le café, le vinho verde et les matches de foot. En semaine, les habitués viennent prendre leur café et échanger les premières nouvelles du jour dès sept heures du matin. Le ciel vers l'Est est d'un blanc-gris lumineux, annonciateur d'une belle journée et de l'arrivée du soleil prochaine par dessus les toits. La rue Daguerre prend vie en couleurs tamisées tandis que les rayons rasants donnent du relief aux façades en découpant des ombres. La lumière est belle, presque palpable quand les rayons obliques du soleil, balayent les rues parisiennes d'Est en Ouest et donnent à l'air, à contre-jour, la qualité d'une substance palpable. Je me dis que cette matinée dominicale est propice à une marche plus longue que d'habitude. Pourquoi ne pas revoir la Seine, qui plus est, sans masque, même si l'on croise encore quelques passants qui en portent. Je pense à la boulangerie Dossemont au coin de la rue Boulard, en particulier à ses éclairs au chocolat qui ne laissent pas insensible, mais ce n'est pas au programme à ce moment précis, je les laissent s'échapper de mon esprit.
| Ney, Maréchal à 35 ans |
Je tourne dans la rue Gassendi, qui devient Emile Richard pour traverser le cimetière Montparnasse et qui est bordée, de part et d'autre, de majestueux platanes qui lui donnent des allures d'allée forestière. La rue débouche sur la statue angulaire d'Ossip Zadkine à l'extrémité du boulevard Quinet côté boulevard Raspail avec le café Edgar aux jolies chaises de terrasse en tressage à dominante noir et vert amande. La terrasse, encore à l'ombre, n'a que peu de clients. Je me dirige vers le boulevard du Montparnasse pour rejoindre Port Royal et le Maréchal Ney, perché sur son socle en pierre blanche sur lequel sont gravées les dates des nombreuses batailles napoléoniennes auxquelles il a pris part et qui lui ont permis de devenir maréchal en seulement quelques années. Il se tient debout, coiffé de son bicorne, sabre fendant le ciel, et pour preuve une fine rayure blanche marque une déchirure dans l'azur du ciel, un avion est passé par là au dessus des platanes aux feuilles couleurs d'automne.
| Le Crépuscule, teinté d'ennui |
Par delà les toits du Sénat on distingue les coupoles du Sacré Coeur de Montmartre dans un voile de brume léger. La fontaine Carpeaux, représentant les quatre parties du monde, est en marche avec ses chevaux ruisselants sous l'assaut des jets d'eau en compagnie de dauphins et de tortues. Dans le jardin des Grands Explorateurs, plusieurs statues néo-classiques ponctuent la pelouse. Elle représentent différents moments de la journée: l'Aurore, le Jour, le Crépuscule et la Nuit. Le Jour fait sans doute allusion au coureur de Marathon qui est abreuvé par une femme tenant une amphore sur son épaule. L'Aurore montre une femme à la coiffure étoilée se tenant fièrement debout à côté de son amant las, assis à ses pieds. Le Crépuscule m'évoque la mélancolie d'un couple Nouvelle Vague, lui debout et pensant regardant au loin en se tenant la tête d'une main tandis qu'elle, assise adossée contre une jambe de l'homme, regarde vers le ciel d'un air blasé.
| Les grilles emballées du Luxembourg |
D'un élan Christo-alisateur les grilles du jardin du Luxembourg ont été recouvertes d'une bâche en plastique blanc le temps qu'on leur refasse une beauté. Les amateurs de jogging courent obstinément le long de la grille côté jardin tandis que chaque recoin a trouvé son occupation: sur la grande pelouse c'est gymnastique, sur le grand bassin un petit voilier se détache en blanc sur la surface de l'eau et sous les marronniers côté Saint Sulpice on pratique les arts martiaux, tai-chi etc... Une fois n'est pas coutume, au lieu de repartir vers la rue de Fleurus, je me dirige rue Soufflot vers le Panthéon qui se dessine à contre-jour au bout de la rue. La rue Saint Jacques est presque encore dans l'ombre sauf la tour et les cheminées de la Sorbonne qui se détachent sur le ciel. Le Comptoir Soufflot affiche la couleur, perpendiculairement à sa devanture, sur un panneau de verre, les huîtres fines de claires numéro 3. Encore un peu tôt, mais efficacement mises en valeur. Près de l'église Saint Etienne du Mont, place Sainte Geneviève, les promeneurs sont encore rares et les étudiants dorment encore.
| bains de soleil pour les Grands Hommes |
En haut de la rue de la Montagne Sainte-Geneviève, les blanches tours de Notre Dame s'élèvent au dessus des toits. Deux balayeurs municipaux, en uniforme vert et jaune fluo, ont fort à faire devant le Violon Dingue dont le trottoir et la chaussée sont parsemés de bris de verre, résultat putatif d'une soirée agitée. Rue de Bièvre, l'étroitesse de la rue rappelle qu'on est dans le vieux Paris. On abouti sur les quais qui dissimulent, derrière les peupliers, les travaux de Notre Dame partiellement cachée par les échafaudages et les Algeco sur plusieurs étages utilisés par les ingénieurs et ouvriers qui la restaurent. Passage rapide sur l'île Saint-Louis afin de passer rive droite et de descendre sur les voies sur berge abandonnées aux piétons, aux cyclistes et aux voitures municipales. Désormais on peut emprunter à pied les berges sur les deux rives de la Seine. Un peu avant le Pont des Arts, face à l'Institut de France, l'eau de la Seine laisse transparaître une trottinette Lime qui a sans doute atterri là par accident. Une autre a subi le même sort un peu plus loin.
| courir n'est pas sans danger |
Ce dimanche matin est sous le signe de la course avec les 20km de Paris qui empruntent les quais Seine en la traversant sur le Pont Royal. Une fanfare joue près du pont de la Concorde pour donner du coeur aux coureurs. Je longe les berges jusqu'au pont Alexandre III en regardant distraitement les nombreuses péniches amarrées, voilà un bel endroit ensoleillé avec une vue imprenable sur la plus belle partie de la ville. Je me dirige ensuite vers les Invalides qui ont attiré un rassemblement de voitures de collection. L'occasion pour elles de prendre le soleil sous l'oeil admiratif des passants et expert des amateurs dont certains semblent se connaître. Sur la pelouse de l'avenue de Breteuil un couple avec deux enfants et une coach sportive font de l'exercice avec une montagne d'accessoires. Ils sont venus préparés! Paris s'est mis au sport de façon manifeste depuis le Covid et c'est l'été indien, Carpe Diem!
| vieille dame aux Invalides |
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