les couleurs de ma nouvelle année

le dos de Sainte Clotilde et sa couronne de feuilles illuminées


C’est un soir de canard au petits-pois que j’ai frappé à la porte de ce monde, vers minuit moins le quart. J’étais visiblement pressé de respirer à l’air libre car ce fut le branle-bas de combat, tout le monde monta vite fait en voiture jusqu’à la maternité et dans la confusion Ulla, la bergère allemande de mes parents se retrouva en salle d’accouchement pour m’accueillir, elle aussi. Elle s’octroya par la suite, à la maison, le rôle de gardienne de berceau en se couchant dessous et quand un visiteur non assermenté à son goût venait me rendre visite elle le tirait par la patte de pantalon pour lui signifier que les visites étaient terminées pour ce jour là. C’est du moins le récit qui m’est parvenu de ma naissance un jour de début novembre.

Je me souviens qu’enfant, quelques années plus tard, en cette même période de l’année pour fêter mon anniversaire, le froid et l’humidité n’étaient jamais bien loin pour ternir le plaisir de jouer dehors. L'été indien était toujours terminé et on se préparait à entrer dans l'hiver. Et puis, surtout, la nuit tombait de bonne heure suite au passage à l’heure d’hiver fraîchement accompli. Il valait mieux prévoir des jeux d’intérieur, au cas où. 


Matin calme au Luxembourg


Aujourd’hui les jeux d’intérieur sont remplacés par un dîner avec autant de convives qu’il peut en tenir autour de la table, compte-tenu du Covid, qui continue à nous casser les pieds avec le retour de l'automne et malgré les vaccinations qui ont tout de même bien aidé à apaiser les choses durant l’été.  Ce samedi soir, l’un d’entre nous raconte comment son groupe d’immeubles près de la Porte de Vanves est devenu un repère de dealers qui payent cinquante euros par jour des gamins de dix ans pour faire le gué. Aussi pourquoi devraient-ils se soucier de l’école quand on vit dans un monde où les voies de la richesse ne semblent pas passer par là? Le crime n’est pas forcément bien loin quand un chantage tourne mal où qu’un type se venge d’avoir été entourloupé par un autre. Faut-il retirer les aides sociales aux parents des enfants délinquants afin de les responsabiliser? Faut-il légaliser le commerce de la drogue pour endiguer cette économie souterraine florissante qui ne semble pas manquer de client. Si l'on en juge par les ventes de cigarettes à la sauvette en plein jour à Paris, le trafic ne disparaîtra pas spontanément. Je me souviens d'un reportage à la télé sur une filière de cigarettes de contrebande fabriquées en Belgique et vendues à moitié prix dans la rue. Le journaliste précisait que les ouvriers n'avaient pas le droit de fumer les cigarettes qu'ils fabriquaient et dans lesquelles des traces de mercure et de crottes de souris avaient été détectées.  Heureusement le vin et la bonne chaire font virer la conversation sur des sujets plus drôles comme la décision de l’actuelle mairesse de Paris à se lancer dans la campagne présidentielle, rose rouge au point. Réussira t-elle à convaincre les Parisiens qui ont vu leurs rues se transformer en cours de récréation le temps d’un été avec une floraison de terrasses improvisées à cheval sur la chaussée et les trottoirs. Le concept n’était pas désagréable, à vrai dire, permettant à tout le monde de prendre l’air en société sans trop risquer de se contaminer. Et puis il faut aussi ajouter la transformation des voies de circulation au profit des mobilités douces avec ou sans pédales et le ralentissement des voitures presqu’à la vitesse des trottinettes électriques. De fil en aiguille, on dévie sur le climat où l’électrique est sensé sauver le monde sans trop réfléchir aux conséquences de la prolifération des engins et objets électriques dont il faut recharger la batterie régulièrement pour s’en servir et qu’il faudra pouvoir recycler une fois hors-service. Quoiqu’il en soit, un kilowatt non consommé est toujours plus efficace pour lutter contre l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Je reste donc fidèle tant que possible à mon vélo “musculaire” qui, le cas échéant, me tient en forme grâce à l’exercice physique qu’il demande. Le Mont d’Or s’achèvent sans crier gare et la tarte tatin ne rencontre pas d’obstacle à sa disparition. Ainsi cette journée superbe arrive à son terme. 

Ce matin, le Jardin du Luxembourg resplendissait de jaune et d’or avec les coupes de chrysanthèmes en grosses boules d’un jaune citron pétant qui décorent la balustrade autour du jardin central. Le soleil y était doux et mettait en valeur les feuillages d’automne aux couleurs chaudes. Il faisait bon s’y attarder pour goûter la tiédeur du soleil avant de poursuivre son chemin. J'aurais rêvé un jour d’anniversaire comme ça quand j'étais enfant.


De la Liberté à la Gaieté


Le reste du weekend se poursuit lentement le lendemain par un tour à pied dans la grisaille suivi d’une bonne corvée de vaisselle, peine que je  m’inflige en connaissance de cause, ayant sacrifié l’emplacement du lave-vaisselle pour stocker des cartons de vin, au motif que d’ordinaire il y a trop peu de vaisselle pour faire tourner la machine. En fin d’après-midi, après une petite sieste bien méritée, je sors faire un tour du côté d’Edgar Quinet au marché d’art installé sur le terre-plein central de l’avenue. J’ai envie de terminer le weekend en couleur. Les stands sont très divers et l’ont sent une certaine effervescence suite à l’approche des fêtes de fin d’année. La lumière du soir tombant, à la fois bleue et rosée, par réflection du soleil sur les nuages, apporte une touche joyeuse au crépuscule. La fontaine Wallace est toujours en place: il paraîtrait que ces fontaines sont dans le collimateur de la mairie qui modernise le mobilier urbain en vue des Jeux Olympiques de 2024. Rue de la Gaité, la succession de bars, de restaurants et de théâtres tous éclairés, et les terrasses pleines renforcent la sensation d’un bouillonnement de vie joyeux baigné dans les lumières rouges des néons: La Liberté, Le Bar de Gaieté. Seul clin d’oeil un peu tristounet, l’ours de la terrasse du Backstage, un flacon de gel hydro-alcoolique à portée de main contemple fixement la devanture de l’Odyssex en attendant d’être servi.


Ours dînant en solitaire


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