sur les rives ensoleillées de la Seine

rendez-vous avec les mouettes

Samedi 21 janvier, saison des soldes, saison de nouvel an lunaire pour les Asiatiques, début de saison de ski pour ceux qui ont la chance de trouver de la neige, saison des premières manifestations contre le relèvement de l'âge de la retraite. Paris, comme le reste du pays, est en proie au stress social. Il fait froid mais heureusement les réserves de gaz pour l'hiver seront amplement suffisantes pour attendre le retour du printemps et du relèvement des températures. Le mot Covid a pour ainsi dire perdu son pouvoir de terreur, on recommence à vivre comme avant. Reste l'inflation qui est dans toutes les bouches et contribue vider toutes les bourses un peu plus vite. 

Au milieu de ce mélange de bonnes et de moins bonnes nouvelles, les touristes sont de retour à Paris. On les croise dans les magasins et les sites culturels à la découverte de la vie parisienne. Les quais de la Seine, désormais piétons, sont une destination de choix pour qui veut fuir le vacarme de la circulation et flâner au gré du fleuve en observant le Paris magique des cartes postales, celui des bateaux-mouches, des péniches et des monuments historiques. Le goudron des anciennes voies sur berges, entre Bastille et le tunnel menant à la Concorde, fait place, en poursuivant vers le Louvre et les Tuileries, aux pavés anciens de la partie plus étroite et plantée d'arbres dont les racines déforment occasionnellement le sol avec de belles bosses inconfortables pour les marcheurs et joggers de tout poil.

Par ce bel après-midi ensoleillé, le froid se fait même un peu oublier, les quais étant en partie à l'abri du vent et réchauffés par la réverbération des rayons sur la pierre et sur l'eau. Les aficionados du bronzage ne s'y trompent pas, on les retrouve en rang d'oignons assis sur le bord du quai, pour ainsi dire les pieds dans l'eau. Comme ceux qui viennent avec une bouteille de rosé pour fêter ce joyeux moment, un peu hors du temps, en buvant dans des flûtes à champagne. Ou d'autres qui viennent pour causer, lire ou simplement vivre le moment présent en observant les canards, les mouettes et les pigeons qui comptent sur la solidarité des passants pour quémander en désordre quelques miettes.

Vuitton et Kusama à la Madeleine

Un autre monde cohabite perpendiculairement au monde des quais, celui des ponts qui s'enchaînent et ne se ressemblent pas: chacun a son histoire et son style. En passant facilement du premier monde au second et inversement on a sous les yeux deux points de vue différents d'une même expérience. Le Pont des Arts, à la silhouette ajourée et légère comme le permet un pont piéton, offre un point de vue incomparable sur la Seine de par sa situation entre la pointe de l'île Saint Louis d'une part et d'autre part des musées du Louvre et d'Orsay sur lequel Vuitton affiche sa collaboration avec Yayoi Kusama dont les oeuvres marquées par des tâches de couleurs, ont été reprises sur la nouvelle collection Vuitton. Ce n'est pas le seul endroit car l'église de la Madeleine, judicieusement en travaux, a été placardée avec la même campagne en format XXL, visible depuis le pont qui relie l'Assemblée Nationale à la Concorde. De jolis mannequins féminins en noir et blanc allongés et agrémentés des tâches de couleurs reprises sur les sacs de la collection. L'emplacement est idéal, prisé des clients Vuitton venus d'Asie.


Kusama à Mexico, 2014

Je me souviens d'avoir vu une exposition de Yayoi Kusama à Mexico en 2014, en même temps qu'une autre de Sophie Calle sur les correspondances amoureuses. Dans les oeuvres de Kusama exposées alors, la thématique des tâches, plus précisément des pois, était centrale. Il y avait une salle au sol entièrement tapissé d'une multitude de pénis en tissu blanc tachetés de pois rouges avec un dispositif de miroirs infinis au mur dans lequel le visiteur se voyait reproduit à l'infini en fractale au milieu de cette masse blanche et rouge. Une autre salle était aménagée en séjour et éclairée de lumière noire augmentée d'une projection des fameux pois de couleurs - sans doute une référence aux hallucinations de l'artiste étant enfant qui après avoir regardé une nappe decorée de multiples fleurs rouges avait vu toute la pièce tapissée de fleurs rouges du même motif. On passait ensuite dans un espace obscur delimité de miroirs disposés en labyrinthe pour reproduire leur reflet à l'infini et dont on prenait conscience à l'allumage de LED de différentes couleurs, créant ainsi une sorte de chaos pointilliste électrique visant à ôter le sens de l'orientation. Une autre partie de l'exposition était consacrée à des archives, notamment un film de Jud Yalkut nommé "Kusama's self-obliteration" qui fut créé dans les années soixante en noir et blanc avec une esthétique sombre et psychédélique, tel un songe mêlant orgies et cheminement initiatique par le biais d'un cheval blanc tacheté de noir qui passait et repassait sur une route à intervalle irrégulier comme un messager ponctuant deux scènes de luxure, qui était extraites de actions (performances) dans l'espace public organisées par Kusama à New York, telles que les Body Festivals, Naked Demonstration/Anatomic Explosion, Grand Orgy to awaken the Dead. Self-obliteration étant le concept obsessionnel de Kusama selon lequel elle considérait sa vie comme un pois perdu parmi des milliers d'autres pois. 


sur le Pont des Arts, radieux

Mais revenons un instant au pont des Arts en cette fin d'après-midi froid et ensoleillé de janvier. On peut y observer deux jeunes gens en kimono rouge et blanc qui se font photographier dans leurs costumes de cérémonie. Elle dans un tissu rouge brodé de motifs floraux dorés et lui dans un dégradé allant du rouge vers le blanc. Sans aucun doute des fiancés, pour ainsi des amants du pont des Arts, qui viennent immortaliser leur amour dans une ville dont ils ont déjà longuement rêvé. En les observant radieux tout en bravant le froid, je ne peux m'empêcher de les admirer vivre ce moment de bonheur peint sur leurs visages et leur corps. C'est la preuve que le cliché romantique est bien substantiel. Son charme communicatif invite à la rêverie et me transporte dans la chaleureuse lumière du soleil couchant vers le pont Alexandre III  dont les lampadaires travaillés enjolivent à contre jour la Tour Eiffel. Les ores du statuaire équestre des colonnes luisent doucement à la façon d'un adieu discret du monde des rives ensoleillées à mesure que je me dirige vers les Invalides et la Tour Montparnasse. 


Eiffel et Napoléon III

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